Le commissaire européen aux Migrations, Magnus Brunner, a indiqué que la réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur de l'UE visait à apaiser les tensions avec l'Espagne, alors que la politique migratoire du Premier ministre Pedro Sánchez suscite de vives critiques en Europe.
L'Union européenne se dit "pleinement solidaire" de l'Espagne après la crise migratoire de Ceuta, a déclaré mardi le commissaire européen aux Migrations, Magnus Brunner, qualifiant cet épisode de "test pour notre résilience européenne".
Cette déclaration intervient après une réunion extraordinaire en visioconférence des ministres de l'Intérieur de l'UE, consacrée aux conséquences de l'arrivée massive de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc. Près de 70 000 ressortissants de pays non membres de l'Union européenne y seraient entrés en l'espace de 24 heures.
La réunion visait également à apaiser les tensions avec Madrid, alors que la gestion de la politique migratoire espagnole a suscité de vives réactions dans plusieurs pays européens.
"Ces derniers jours ont mis à l'épreuve notre résilience européenne, la sécurité de nos frontières extérieures", a déclaré Magnus Brunner, estimant que cette crise avait révélé l'existence "d'acteurs qui ne se soucient ni de la sécurité ni même de la vie de personnes innocentes".
Selon lui, l'Europe a toutefois "clairement passé ce test" : les personnes concernées ne sont pas entrées dans l'espace Schengen et la situation à la frontière a été rapidement maîtrisée. "L'essentiel, désormais, est que l'Union européenne agisse", a-t-il ajouté.
Les ministres européens de l'Intérieur ont également discuté de mesures destinées à éviter qu'une telle situation ne se reproduise. Un communiqué de la présidence irlandaise du Conseil de l'UE fait état d'un "accord général" sur la nécessité d'agir dans plusieurs domaines.
Parmi les pistes évoquées figurent la lutte contre les réseaux de passeurs, le renforcement des retours, la consolidation des frontières extérieures de l'UE, ainsi que le développement de partenariats avec les pays tiers. Les Vingt-Sept souhaitent également améliorer leurs capacités d'anticipation grâce à des systèmes d'alerte précoce, au renseignement en amont des frontières et à la surveillance des réseaux sociaux.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, s'est félicité de ces discussions, affirmant que l'UE avait "reconnu" les efforts de l'Espagne dans la lutte contre l'immigration irrégulière. "C'était une réunion nécessaire pour harmoniser les approches actuelles et futures", a-t-il déclaré, jugeant son résultat "satisfaisant".
Faire baisser la tension politique
Un diplomate européen a indiqué à Euronews que plusieurs États membres souhaitaient examiner les "mesures politiques" et les "incitations" qui auraient pu contribuer à cette vague migratoire, la plus importante traversée irrégulière de frontières jamais enregistrée en Europe sur une période aussi courte.
Parmi les éléments évoqués figure la décision prise par Madrid en janvier de régulariser près d'un demi-million de migrants sans papiers, en leur accordant des permis de séjour et de travail.
Cette approche contraste avec celle adoptée par plusieurs autres pays européens, qui misent davantage sur la réduction de l'accès à l'asile, le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne et l'accélération des retours.
La réaction contre l'Espagne a éclaté après l'arrivée massive de migrants à Ceuta. L'Italie a notamment annoncé la suspension temporaire de la libre circulation dans le cadre de Schengen avec l'Espagne, avant que 22 gouvernements de l'UE n'adressent, le lendemain, une lettre aux institutions européennes pour pointer du doigt la politique migratoire de Madrid.
Les États-Unis se sont également exprimés sur le sujet, alimentant les tensions déjà existantes entre le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le président américain Donald Trump.
Mardi, plusieurs responsables ont aussi souligné que le contexte électoral dans certains pays européens, notamment en Italie, pouvait influencer le ton adopté par les dirigeants face à la crise de Ceuta.
Selon un responsable de la Commission européenne cité par Euronews, l'objectif principal de la réunion était de faire retomber la "température politique" entre les États membres.