Juan Jesús Vivas accuse Rabat de mener une "politique de harcèlement" pour étouffer l'enclave, tandis que Madrid et l'UE voient encore en Rabat un partenaire clé contre l'immigration irrégulière.
Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a accusé le Maroc de mener une "politique de harcèlement" envers la ville et a exhorté l'Union européenne à adopter une position plus ferme. Il a appelé le Bloc à financer la sécurité aux frontières après l'entrée d'environ 80 000 migrants dans l'enclave le 30 juillet, se démarquant ainsi de l'approche coopérative de Madrid à l'égard de Rabat.
Juan Jesús Vivas a rencontré trois commissaires européens et plusieurs eurodéputés à Bruxelles, ce mardi 8 septembre, demandant une aide pour renvoyer les migrants en situation irrégulière et rétablir la normale dans l'enclave. Plusieurs semaines après l'entrée massives de migrants, des milliers de ressortissants de pays tiers, dont des mineurs non accompagnés, sont toujours présents. "Ceuta est au bord de l'effondrement", a-t-il déclaré.
Le dirigeant de l'enclave espagnole a pris ses distances avec le gouvernement central, accusant l'exécutif de Pedro Sánchez de ne pas avoir réagi de manière adéquate avant, pendant et après l'incident de juillet, qui a fait plus de 150 morts en mer.
"L'UE doit dire au Maroc que toute coopération fructueuse et mutuellement bénéfique commence par le respect de nos frontières", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au Parlement européen, où des députés et collaborateurs du PPE l'ont accueilli par des applaudissements.
"Politique de harcèlement"
L'Espagne n'a pas rendu le Maroc responsable de l'incident de Ceuta, tout en le qualifiant d'atteinte à son intégrité territoriale. Madrid a plutôt pointé du doigt les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux et a accusé les passeurs d'être les principaux moteurs de cet afflux massif, tout en continuant à présenter Rabat comme un "partenaire fiable" dans la lutte contre l'immigration irrégulière, une position reprise par la Commission européenne.
"Le gouvernement doit expliquer pourquoi il refuse de tenir le Maroc pour responsable, directement ou par son inaction, de cette invasion", a déclaré Juan Jesús Vivas, interrogé à propos d'un rapport de police ayant fuité et laissant entendre que les forces marocaines ont joué un rôle dans la crise.
Il a affirmé que Rabat maintient une "politique de harcèlement" à l'égard de la ville et que ses concitoyens vivent désormais dans la crainte qu'un nouvel afflux massif et soudain ne se produise.
Soutien financier demandé
Juan Jesús Vivas s'est toutefois gardé de demander la suspension des fonds européens destinés au Maroc, une requête formulée ces derniers jours par le parti d'extrême droite espagnol Vox. L'UE finance actuellement à hauteur de 160 millions d'euros, jusqu'en 2027, la stratégie de Rabat en matière de gestion des migrations.
Lors de ses échanges avec les commissaires, il a également réclamé un soutien financier pour construire des infrastructures frontalières et gérer la crise humanitaire déclenchée par cet afflux massif.
Selon Juan Jesús Vivas, les commissaires européens Andrius Kubilius, Magnus Brunner et Dubravka Šuica ont exprimé leur soutien à Ceuta, mais la Commission n'a pris aucun engagement concret.
Bruxelles doit désormais envoyer cette semaine une mission technique à Ceuta pour "évaluer la situation", a indiqué ce mardi un porte-parole de la Commission.
En tant que seule frontière terrestre de l'Europe avec l'Afrique, Ceuta, avec Melilla, devrait bénéficier d'un "statut spécial" au sein de l'UE, ainsi que de règles migratoires adaptées à leur situation, a estimé Juan Jesús Vivas. Ce dernier demande aussi une "présence permanente" à Ceuta de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) et de Frontex, l'agence chargée des frontières extérieures du bloc. "La situation est intenable. Nous avons besoin du soutien de l'UE pour rétablir la normale. Si Ceuta tombe, l'Europe tombe", a-t-il conclu.