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Tambours, danse et aucune larme : pourquoi il faut vivre le festival Sa: Paru au Népal

Le festival Sa: Paru au Népal est célébré chaque année en août ou septembre dans toute la vallée de Katmandou
Au Népal, le festival Sa: Paru est célébré chaque année en août ou septembre dans toute la vallée de Katmandou Tous droits réservés  Dianne Apen-Sadler
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Par Dianne Apen-Sadler
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Dianne Apen-Sadler, de Euronews Travel, se rend à Bhaktapur, au Népal, pour le festival Sa: Paru en hommage aux morts de l'année écoulée

Le son que j’associe le plus à la mort, c’est le silence. Pas seulement au sens évident, celui où le défunt ne parlera plus, ne criera plus, ne pleurera plus, ne rira plus jamais.

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Des silences plus discrets, comme après les funérailles, quand le dernier invité est parti et qu’il ne reste que vos pensées et une quantité démesurée de nourriture apportée par ceux venus vous soutenir. Ou quand, quelques semaines plus tard, vous vous apprêtez à les appeler ou à leur envoyer un message pour leur raconter votre journée avant de vous interrompre, parce que ce n’est plus possible.

Même des années plus tard, il subsiste dans ce moment de pause gênante, quand vous révélez que quelqu’un de proche est mort et que votre interlocuteur ne sait pas très bien quoi répondre.

Ce ne sont ni les tambours ni les cloches. La musique, en dehors des morceaux choisis pour la cérémonie, semble déplacée. L’énergie bruyante et chaotique d’un festival ? Jamais.

Et pourtant, c’est précisément de cela qu’il s’agit avec Sa: Paru, un festival annuel en l’honneur de ceux qui sont morts dans l’année écoulée, comme je l’ai découvert lors de mon récent voyage à Bhaktapur, au Népal.

Célébré dans toute la vallée de Katmandou par le peuple newar, ce festival renverse la conception occidentale du deuil et offre aux morts un adieu joyeux alors qu’ils cheminent vers le salut.

"Quand des gens meurent dans les sociétés occidentales, on porte du noir. On fait son deuil en silence, c’est un moment très solennel", explique Ajay Bahadur Pradhanang. "Mais au Népal, tout le monde se rassemble et cela devient un carnaval, un vrai moment de joie pour dire adieu."

Des structures en bambou, appelées taha: sa, sont créées pour la procession à travers la villeDes structures en bambou, appelées taha: sa, sont créées pour la procession à travers la ville

Une communauté qui se rassemble

Si le festival a également lieu dans d’autres villes comme Lalitpur, ainsi que dans la capitale Katmandou, située à environ 13 kilomètres, la célébration à Bhaktapur prend une forme bien particulière.

Avant le jour principal du festival, qui se déroule après la pleine lune du 10e mois du calendrier lunisolaire du pays, en août ou en septembre, les voisins, qu’ils aient perdu quelqu’un ou non, se réunissent pour fabriquer les taha: sa.

Ces structures en bambou, qui ont remplacé les vaches traditionnellement utilisées dans la procession, sont enveloppées de tissu avant qu’une peinture de l’animal sacré ne soit placée au sommet.

Il faut du savoir-faire et des bras pour mener toute l’opération à bien. Une fois le tissu ajouté (généralement rouge pour les femmes et blanc pour les hommes) et le portrait de la vache fixé, viennent différentes décorations, comme une photographie du défunt, des représentations de Shiva et, enfin, une ombrelle pour le protéger du soleil et de la pluie, signe de respect.

"Pour Sa: Paru, nous devons accomplir certains rituels, et ce serait impossible si je devais le faire seul, ou uniquement avec ma famille, sans l’aide de la communauté au sens large", note Ajay.

On dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant, mais la célébration de Bhaktapur montre qu’il faut aussi une communauté entière pour marquer l’autre extrémité de la vie de quelqu’un.

Je suis ici à l’invitation de The Nanee, un hôtel boutique situé près du centre-ville. Ajay, le président de l’hôtel, a perdu sa mère cette année, ce qui signifie que je peux observer le travail en cours dans la cour voisine, mais tout visiteur de la ville pourra facilement trouver des taha: sa en construction tout au long de la journée.

Au fil de la journée, la ville devient de plus en plus animéeAu fil de la journée, la ville devient de plus en plus animée

Le festival commence tôt le lendemain matin, avec un flot continu de taha: sa qui parcourent les rues, accompagnés de musique, de tambours, de cloches et du bruit des bâtons qui s’entrechoquent lorsque des couples exécutent la danse Ghintang Ghisi.

La procession suit un itinéraire précis, et au début, on a l’impression que chaque groupe avance à son propre rythme : certains se précipitent, faisant osciller les structures, ce qui donne l’impression qu’une vache ivre passe devant vous ; d’autres marchent lentement, s’arrêtant pour danser ensemble. Ce n’est que lorsque les rues commencent à se remplir et que la marche se fait au pas de l’escargot que tous se mettent à avancer à l’unisson.

Certains participants portent des tenues traditionnelles, ou des versions modernisées, mais il est tout aussi courant de voir des gens en maillots de football ou en chemises hawaïennes. Venez comme vous êtes, vous êtes les bienvenus pour participer aux festivités, à condition de ne pas craindre la foule.

Après avoir fait une pause pour reprendre mon souffle, je me mets à discuter avec Mano Dhaubhadel, un Népalais installé aux États-Unis qui a récemment perdu son jeune frère et est revenu pour le festival.

"C’est quelque chose que vous ne verrez nulle part ailleurs dans le monde", me confie-t-il. "La culture ici est tout simplement magnifique, elle est là pour que tout le monde en profite, pas seulement les Newars. La meilleure façon d’apprendre, c’est de participer."

Bien sûr, vous pouvez aussi assister au festival accompagné d’un guide. Je suis avec le conservateur de The Nanee, Peepul Subedi, prêtre et doctorant, qui se fait un plaisir d’expliquer le sens des différents éléments du festival et son importance.

"Toute la ville se rassemble pour ce festival, et chaque foyer qui a perdu un membre de sa famille au cours de l’année sort ce type de structure", m’explique-t-il.

"Cela transmet l’idée que tout le monde doit mourir, et que nous traversons tous le même type de chagrin, c’est la vie. Nous ne célébrons pas la mort en dansant et en chantant, nous célébrons le fait que l’âme partie est en marche vers le salut."

Dans la majeure partie de la vallée, les célébrations ne durent qu’un jour ; ici, à Bhaktapur, le festival se poursuit pendant huit jours, avec différents spectacles de danse à travers la ville.

Les origines précises de Sa: Paru, également connu sous le nom de Gai Jatra, ne sont pas clairement établies, mais les historiens estiment que la tradition pourrait être née au 14e siècle.

Le nom le plus souvent associé au festival est celui du roi Pratap Malla, qui aurait développé la fête pour remonter le moral de son épouse après la mort de leur fils Chakravartendra Malla, en y ajoutant des éléments satiriques. Aujourd’hui, cela se traduit par des participants qui portent des masques satiriques à l’effigie de responsables politiques comme le président américain Donald Trump ou le président russe Vladimir Poutine.

De nombreux touristes ne passent à Bhaktapur que pour une excursion d’une journée, mais il existe bien des raisons de s’y attarderDe nombreux touristes ne passent à Bhaktapur que pour une excursion d’une journée, mais il existe bien des raisons de s’y attarder

Une bonne raison de s’attarder à Bhaktapur

Les itinéraires de voyage des touristes qui visitent Katmandou incluent souvent un détour par Bhaktapur, mais ils prévoient généralement seulement une visite de la place Durbar, avec ses nombreux temples et le palais aux 55 fenêtres.

À l’image des croisiéristes qui déferlent sur les villes européennes pendant quelques heures l’été, puis remontent à bord après n’avoir presque rien contribué à l’économie locale, hormis une glace et un magnet pour le frigo, ces visiteurs passent une heure ou deux en ville avant de repartir vers la capitale.

C’est vraiment regrettable, non seulement pour les habitants, qui ne voient pas les retombées économiques, mais aussi pour les touristes eux-mêmes, qui passent à côté de ce que Bhaktapur a de meilleur à offrir.

La vie est plus paisible ici, et la ville se découvre au mieux tôt le matin, quand on voit les habitants flâner, prier dans les temples hindous et bouddhistes ou acheter des produits au marché.

Au-delà de la place Durbar, vous pouvez observer des céramiques qui sèchent au soleil sur la place des potiers, vous essayer vous-même au tournage dans un atelier ou choisir quelques pièces pour enrichir votre vaisselle.

The Nanee veut être une oasis de calme au cœur de la ville de BhaktapurThe Nanee veut être une oasis de calme au cœur de la ville de Bhaktapur

La Peacock Shop est une autre visite incontournable, où le propriétaire bavard se fera un plaisir de discuter et de vous montrer les étapes de la fabrication traditionnelle du papier lokta.

The Nanee (source en anglais) a été fondé par Ajay et Shailaja Pradhanang afin d’inciter les visiteurs à rester plus longtemps tout en profitant du confort d’un hôtel boutique de luxe.

"Bhaktapur est un site patrimonial vivant, et nous voulions que cela perdure", me confie Ajay.

"Avec The Nanee, nous offrons aux visiteurs une petite oasis dans la belle ville de Bhaktapur, tout en veillant à ce que la communauté, qui a tant œuvré pour préserver et conserver son patrimoine, bénéficie de leur séjour."

Les expériences proposées par l’hôtel sont organisées en partenariat avec les habitants, comme la promenade matinale avec une femme au foyer ou le dîner du soir chez un artisan.

Au-delà de Sa: Paru, de nombreux festivals ont lieu tout au long de l’année, dont le célèbre Bisket Jatra, célébré pendant huit nuits chaque avril.

À propos des récentes inondations

Quelques heures seulement avant mon atterrissage à Katmandou pour le festival, une série de crues soudaines près de la frontière avec le Tibet a entraîné la mort d’au moins 1 369 personnes, tandis qu’environ 5 000 personnes sont portées disparues.

Sans surprise, nombre de personnes ont annulé ou envisagent d’annuler leur voyage au Népal, ce qui aura de lourdes conséquences pour une industrie touristique qui doit déjà composer avec l’impact de la guerre en Iran sur les routes aériennes vers le pays.

Les grands sites touristiques comme la vallée de Katmandou, ainsi que le mont Everest et d’autres itinéraires de trekking, n’ont pas été touchés par la tragédie, et vos dépenses touristiques sont plus nécessaires que jamais.

Dianne Apen-Sadler a été hébergée par The Nanee pendant le festival Sa: Paru. Vous pouvez contacter l’hôtel directement (source en anglais) pour vous renseigner sur un éventuel séjour et faire coïncider votre voyage avec l’un des nombreux festivals de Bhaktapur. Pour plus d’informations sur Bhaktapur, rendez-vous sur le site officiel de l’office de tourisme (source en anglais).

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