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Ils ont fui en Grèce la répression du régime turc

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Ils ont fui en Grèce la répression du régime turc

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"Papa, quand est-ce qu'on rentre à la maison ?" demande Rana, 5 ans.

Avec ses parents et ses deux frères, Rana a trouvé refuge en Grèce après avoir fui son pays la Turquie. A la suite de la tentative de coup d’Etat de l'été 2016, un mandat d’arrêt a visé son père, Tahsin. Accusé d’être un opposant partisan de Fetullah Gülen, il a été démis de ses fonctions au ministère des affaires sociales. Tous ses biens ainsi que son passeport ont été confisqués.

"J'ai dit à ma fille que c'était un jeu"

Après s’être cachée pendant un an, la famille a décidé de passer clandestinement la frontière avec la Grèce.

"J'ai expliqué à ma fille Rana que c'était un jeu. Je lui ai dit : c'est un jeu avec trois niveaux. Si on gagne, on aura une récompense. La première étape c'est de traverser une rivière pour arriver en Grèce, à Alexandroupolis. Je lui ai dit qu'il fallait marcher longtemps, traverser des marais, et qu'il ne fallait pas du tout parler" explique Tahsin .

"La deuxième étape, c'est en arrivant en Grèce, nous allons nous rendre à la police. Ils vont nous mettre dans un endroit fermé, et on devra y rester deux ou trois jours. Il ne faudra rien demander et obéir aux ordres. Si elle ne se plaint pas et ne pleure pas; alors elle aura réussi le second niveau et aura une plus grosse récompense.

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La troisième étape, c'est qu'après avoir été libéré nous irons à Athènes. Et là on va vivre avec des gens qui ne parlent pas turc. Je lui ai dit que si elle apprenait la langue, allait à l'école et parlait turc avec sa maitresse, après on rentrerait chez nous à Ankara".

Voyage périlleux jusqu'en Grèce

Sa femme, Meryem, était enseignante. Bouleversée, elle se rappelle ces moments difficiles. "Pour la plupart des adultes, c’était dur de traverser à pied la frontière. Mais parce que Rana pensait que c'était un concours et qu’il y avait une grosse récompense, elle a marché tout le long. Quand j’ai essayé de la prendre dans mes bras, elle m’a dit, s’il te plaît pose-moi, je veux gagner le jeu", se souvient-elle.

D’autres familles ne sont jamais arrivées au bout du voyage. C’est le cas, d’un ami d’enfance de Tashin, Hussein Maden. Lui aussi a été accusé d’être lié à Fetullah Gülen et de soutenir le putsch raté contre le président Erdogan.

Il a tenté de rejoindre avec sa famille l’île grecque de Lesbos. Faute d'argent, ils ont pris la mer sur une embarcation de fortune, et n'ont plus donné signe de vie depuis.

Des corps découverts sur l'île de Lesbos

Tashin a cherché en vain une trace de son ami. La seule information est venue de l’ambassade de Turquie en Grèce indiquant que des corps avaient été découvert sur l’île de Lesbos. Des analyses ADN sont en cours.

"On ne peut pas dire aux parents d’Hussein que les corps retrouvés appartiennent à leurs enfants et petits-enfants. Ils ont toujours un espoir, en attendant les résultats des tests ADN », explique Tahsin.

Depuis un an et demi, la Turquie fait face à une purge sans précédent. Des dizaines de milliers de personnes ont été démises de leur fonction. Beaucoup sont incarcérés en attente d'un jugement.

"On estime qu’environ 300 familles turques, considérées comme des opposants au gouvernement, ont effectué ce dangereux voyage vers la Grèce. Ils ont peur pour leurs proches. La plupart ont demandé l’asile politique, mais parfois, il faut attendre jusqu’à trois ans pour obtenir une réponse », explique notre correspondant à Athènes, Michalis Arampatzoglou.