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Simon Gronowski rescapé du 20e convoi

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Simon Gronowski rescapé du 20e convoi

Simon Gronowski rescapé du 20e convoi
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Les nazis ont tué sa mère et sa sœur en 1943. Son père est mort de chagrin. Lui avait 11 ans à cette époque. Au micro d'Aissa Boukanoun, Simon Gronowski, rescapé de l'holocauste, raconte avec une émotion intense son évasion du 20e convoi.

"Peu de temps après le départ, j'ai senti que le train s'arrêtait et j'ai entendu des coups de feux et des hurlements en allemand. J'ai appris après la guerre ce qui s'était passé. Trois jeunes garçons ont arrêté le train en mettant sur les rails un lampe tempête avec un papier rouge, signal d'arrêt pour les machinistes. Le train s'est arrêté. Ils ont ouvert un wagon, mais pas le mien. Ils ont fait sortir et sauvé 17 personnes. C'est un acte unique de toute la guerre. Un seul convoi a été attaqué par la résistance pendant la guerre, le 20e convoi dans lequel je me trouvais.

"Quand le train a ralenti, j'ai sauté"

Le train est reparti et des hommes de mon wagon, encouragés par le bruit de l'attaque, ont essayé d'ouvrir la porte de l'intérieur. Je m'étais endormi dans les bras de ma mère. Elle m'a réveillé. Le train roulait et la porte était ouverte. Elle m'a pris par la main et m'a conduit vers la porte. J'ai attendu mon tour et quand le train a ralenti, j'ai sauté. J'attendais ma mère, je croyais qu'elle allait sauter également. Mais le train s'est alors arrêté complètement et j'ai vu les gardiens courir vers moi en tirant des coups de feu et en hurlant.

Ma mère ne pouvait plus sauter car elle serait tombée devant eux. Ma première idée a été de courir en avant pour remonter dans mon wagon afin de ne pas être pris en faute et pour rejoindre ma mère. Mais ça voulait dire aller dans la direction des gardiens. Et dans un réflexe incompréhensible, j'ai tourné à gauche et j'ai commencé à courir. J'ai couru toute la nuit dans les bois.

"Je sais tout. Tu étais dans le train des juifs (...) Tu t'es échappé"

Le matin, je suis arrivé dans un petit village qui s'appelle Berlingen. J'ai sonné chez une dame qui m'a ouvert. Je lui ai raconté que j'avais joué avec des enfants tout près, que je m'étais perdu et que je devais retourner à Bruxelles chez mon père. Il n'avait pas été arrêté.

Je n'avais rien trouvé de mieux que cette explication qui ne tenait pas debout. Mais la dame ne s'est pas posé de questions. Elle a appelé son voisin qui m'a conduit à vélo jusqu'à la ville voisine. Il m'a déposé dans le salon d'un monsieur. Quand j'ai vu ce dernier avec son uniforme et son revolver, un gendarme belge, pour la première fois de la nuit, j'ai ressenti de la terreur. Je me suis dit qu'il allait me ramener à la Gestapo. Mais il est allé à la gare, a appris l'histoire du train et à son retour, il m'a dit : "Je sais tout, tu étais dans le train des Juifs qu'on emmenait en Allemagne. Tu t'es échappé. Tu n'as pas à avoir peur, je suis un bon Belge, je ne vais pas te dénoncer".

En entendant ces mots, je suis tombé dans ses bras en pleurant en lui parlant de ma mère. Sa femme m'a donné à manger, un bain et le costume de son fils qui avait à peu près mon âge. Et le soir même, le 20 avril 1943, j'ai retrouvé mon père à Bruxelles. Je suis allé chez mes amis scouts qui m'ont conduit à lui car il était caché.

"Ma mère est la première héroïne"

J'ai sauté du train parce que j'ai obéi à ma mère. Si elle m'avait dit de rester avec elle, je l'aurais fait. Si j'avais su que ma mère ne sauterait pas comme moi, je serais resté avec elle. Ma mère m'a sauvé la vie. Ma mère est la première héroïne".

Simon Gronowski est l'auteur du livre "L'enfant du 20e convoi"

Parution : 26/04/2013 - Editions Broché.