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Un nouveau cap pour la Grèce après huit ans de crise

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Un nouveau cap pour la Grèce après huit ans de crise

Un nouveau cap pour la Grèce après huit ans de crise
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La vue de l'Acropole est devenue pour le monde entier, le symbole d'une dette abyssale accompagnée de plans de sauvetage, de 450 réformes, de quatre gouvernements en huit ans et d'austérité... Inimaginable dans le monde moderne !

Avec prudence et malgré les remboursements qu'ils doivent verser à la zone euro pendant encore des décennies, les Grecs sont aujourd'hui prêts à suivre aux côtés de l'Europe, un nouveau cap au terme d'une incroyable saga dont nous vous rappelons les étapes clés.

Feuilleton de la dette grecque

En 2009, la Grèce prévient que son déficit budgétaire est plus élevé que ce qui a été annoncé, obligeant la zone euro et le FMI à initier un premier plan de sauvetage en échange de réformes. La contestation éclate, elle durera des mois.

Deux ans plus tard, les créanciers privés de la Grèce sont forcés d'accepter une décote de 50% de la dette souveraine. Débute alors une valse des gouvernements.

Après l'octroi d'un deuxième plan de sauvetage et deux changements de gouvernement en 2012, des mesures d'austérité drastiques sont menées, causant de nouvelles manifestations.

En janvier 2015, le parti de la gauche radicale Syriza accède au pouvoir et instaure des contrôles de capitaux. Même si 61% des Grecs rejettent les réformes lors d'un référendum en juillet 2015, Syriza accepte de réformer comme l'exigent les conditions d'un troisième plan de sauvetage. C'est ce que le parti fera effectivement.

En 2017, le FMI approuve un accord de confirmation et la Commission européenne recommande la fin de la procédure disciplinaire pour déficits excessifs.

L'Eurogroupe donne son accord après des débats houleux : la clôture du programme est fixée au 20 août 2018.

La Grèce reste leader du transport maritime mondial

Pour sortir du plan d'aide au 20 août, le gouvernement grec s'est engagé à continuer les réformes et a affiché des excédents budgétaires plutôt conséquents.

Poursuivre sur cette voie dans un pays où le taux de chômage est fort, cela veut dire que les impôts resteront élevés. Ce qui n'est pas attirant pour les investisseurs étrangers.

Notre reporter Akis Tatsis est allé voir si les entreprises grecques comme celles du transport maritime ont assez de puissance pour changer le quotidien des Grecs.

La marine marchande grecque a tenu bon pendant la longue tempête de la crise économique : elle est toujours la première du monde en termes de capacités de transports. Elle représente près du tiers de la flotte mondiale de navires transporteurs de pétrole brut, près d'un quart de celle dédiée aux cargaisons sèches en vrac et plus de 15% de celle dédiée aux produits chimiques. Ce secteur contribue largement à l'économie grecque.

En 2017, les affrètements ont augmenté de près de 17% sur un an pour une valeur totale estimée à plus de 9 milliards d'euros.

"Ces chiffres qui se rapportent à un secteur important de l'économie grecque sont impressionnants," indique notre reporter Akis Tatsis. "Malgré le fait que les Grecs ne comptent que pour 0,15% de la population mondiale, les navires qui assurent 20% du trafic maritime mondial sont aux mains d'armateurs grecs !" fait-il remarquer avant d'ajouter : "Pour autant, cette industrie, ses fournisseurs et la société grecque en général restent confrontés à des difficultés majeures comme la surimposition."

"La croissance sera de toutes façons construite sur les ruines des droits du travail"

Le président du Syndicat des ingénieurs de la marine marchande grecque Athanasios Evangelakis craint que les problèmes créés par la crise ne soient pas réglés après la fin des plans de sauvetage.

"Y aura-t-il une annulation de tous ces effets que les lois 'anti-travail' ont amenés ces dernières années ? C'est le contraire qui va se produire," assure-t-il. "Ces lois seront toujours en vigueur et la croissance sera de toutes façons construite sur les ruines des droits du travail : donc, la question, c'est : la croissance par qui et pour qui ?" interroge-t-il.

L'activité commerciale dans le plus grand port du pays a été sévèrement ralentie par la crise économique. Le président du syndicat du Pirée Nikos Manesiotis rappelle qu'au cours des neuf dernières années, un magasin sur trois a fermé ses portes à Athènes.

"Une entreprise comme la mienne avec un bénéfice net de 70 à 75.000 euros - et croyez-moi, il y en a quelques-unes qui ont des revenus de ce niveau - paie entre 55 et 65% d'impôts," expose-t-il. "Sur 75.000 euros, avec ce taux, on finit à 30.000 euros et sur ces 30.000 euros, je suis encore obligé de payer 20.000 euros de cotisations sociales parce que j'ai un revenu de plus de 70.000 euros," explique-t-il. "Au final, après une année à avoir fait beaucoup d'efforts et travaillé dur, sur un bénéfice net de 70.000 euros, je ne récupère que 10.000 euros, ça fait moins de 1000 euros par mois," souligne-t-il.

Fin août, le navire grec devrait être sorti de la tempête de la crise. Mais il devra encore subir des réparations pour être pleinement en état de naviguer.

Yannis Dragasakis : "Nous avons des réserves et des excédents solides"

La population grecque en général ne perçoit pas les retombées de la hausse des investissements étrangers depuis deux ans.

Notre productrice et présentatrice Maithreyi Seetharaman a rencontré Yannis Dragasakis, le vice-président du gouvernement grec, pour lui demander quand la croissance sera tangible.

Maithreyi Seetharaman, euronews :

"Quel objet nous avez-vous apporté pour illustrer le nouveau cap pris par la Grèce après des années de souffrance ?"

Yannis Dragasakis, vice-président du gouvernement grec et ministre de l'économie et du développement :

"J'ai amené un petit bateau pour symboliser le nouveau voyage que nous devons faire aujourd'hui en tant que pays et j'ai aussi apporté ce qui nous sert de compas : il s'agit de notre nouvelle stratégie en matière de croissance.

En réalité, la Grèce a pour la première fois, une stratégie nationale de croissance qui décrit les objectifs et les moyens : ce que nous voulons faire, comment nous voulons le faire et dans quelle direction nous voulons aller, et ce même dans le cas où quelque chose de négatif se produirait sur les marchés.

Nous avons des réserves solides, des excédents solides. Tous ces facteurs sont suffisants pour inspirer la confiance."

Maithreyi Seetharaman :

"En fin de compte, la croissance découle d'une stratégie, d'un plan clair sur la durée. En avez-vous un ?"

Yannis Dragasakis :

"On sait qu'en 2021, nous aurons atteint certains objectifs dans différents secteurs. C'est pour cela que nous avons fixé des objectifs et des délais. Comme cela, les gens peuvent vérifier quelles sont les performances du gouvernement.

La deuxième chose que nous disons, c'est que nous avons déjà une stabilité institutionnalisée dans certains secteurs. Par exemple, si un investissement important arrive en Grèce, il aura le même régime fiscal pendant douze ans. Personne ne pourra le changer. Donc en ce qui concerne les investissements en Grèce, on parle en réalité de renforcer une dynamique qui existe déjà.

À propos des prêts non performants et des banques, la vente de ces prêts a commencé et la restructuration de nombreuses entreprises aussi."

Yannis Dragasakis : "Pour que les citoyens retrouvent une certaine normalité"

Maithreyi Seetharaman :

"Dans quelle mesure allez-vous répondre aux besoins de la population ?"

Yannis Dragasakis :

"Je dirai les choses comme cela : 'Comment les citoyens retrouvent une certaine normalité'. C'est une question cruciale. Nous allons rétablir la négociation collective pour les travailleurs. Nous allons abolir la loi qui a gelé le salaire minimum : il y aura des procédures spécifiques qui permettront une hausse du salaire minimum et c'est ce qui se produira. C'est pour cela que nous parlons de croissance inclusive."

Maithreyi Seetharaman :

"Qui finira par payer pour tout cela ? Les entreprises, les particuliers ?"

Yannis Dragasakis :

"Nous sommes en discussion avec le monde de l'entreprise pour voir quels impôts nous devrions réduire. On peut réduire l'impôt sur les bénéfices, on peut réduire l'imposition sur les investissements, on peut augmenter la part des dépréciations. Nous avons décidé que la première année, 70% des fonds serviront à réduire les impôts, les 30 autres à augmenter les dépenses."

Maithreyi Seetharaman :

"Quelles sont les choses sur lesquelles votre gouvernement ne transigera pas ?"

Yannis Dragasakis :

"Sur les salaires. Nous allons créer les conditions qui permettront aux travailleurs de chercher par les négociations, à améliorer leurs revenus. Sur les pensions. Nous allons éviter de procéder à de nouvelles coupes. Je dis cela parce que les réformes ont été établies dans un contexte négatif. Aujourd'hui, nous parlons de changements, de transformations en tant que telles pour que les gens puissent en voir les effets positifs."

Retrouvez ici l'interview intégrale (en grec) de Yannis Dragasakis, vice-président du gouvernement grec.

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