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Inspire Middle East : les trésors culturels de Baalbeck

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Inspire Middle East : les trésors culturels de Baalbeck

Inspire Middle East : les trésors culturels de Baalbeck
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Cette semaine, Inspire Middle East vous emmène au cœur de la plaine de la Bekaa au Liban, pour découvrir le Festival International de Baalbeck, avec en toile de fond : ses magnifiques ruines romaines.

Sur scène, comme chaque année : du théâtre, de la musique et de la danse. Les organisateurs ont à cœur de promouvoir les jeunes talents locaux et de faire du Liban une référence culturelle dans la région.

Inspire a pu s'entretenir en exclusivité avec l’un des membres issue d’une famille d’artistes iconiques au Liban : Oussama Rahbani, le célèbre compositeur, producteur et coach de jeunes talents.

Voilà plus de 60 ans que le Festival de Baalbeck est l’un des temps forts du calendrier estival libanais. Il accueille les plus grands noms parmi les artistes arabes et propose des avant-premières internationales.

Un festival unique au cœur des ruines romaines

C’est l’un des complexes romains les mieux préservés et les plus grands au monde. Situé à 90 kilomètres à l’est de la capitale Beyrouth, le site classé au patrimoine mondial de l’Unesco a vu plusieurs civilisations s’élever et s’éteindre durant plus de 2000 ans.

Surnommé la "Cité du Soleil" par Alexandre le Grand, cette cité antique abrite l’un des plus anciens festivals du Liban. Un événement initié en 1956 par le président de l’époque Camille Chamoun, celui-ci souhaitait créer un cadre inédit pour accueillir la nouvelle scène locale et internationale.

Réputé dans le monde entier, le festival de Baalbeck a accueilli un large éventail d’artistes libanais et étrangers depuis des décennies, comme Fairuz, Umm Kulthum, Placido Domingo ou encore Sting.

En 2012, l'événement a été contraint de déménager en raison des conflits en Syrie, qui se déroulaient alors à une cinquantaine de kilomètres de là. La présidente n’a qu’un seul leitmotiv : le spectacle doit continuer.

"Pour montrer notre résistance, nous avons été contraints de déplacer certains spectacles à Beyrouth, afin de maintenir le nom du festival en vie, mais c’était pour revenir ici avec encore plus de détermination !", explique Nayla de Freige. "Le plus important pour nous, c’est de pousser les performances libanaises à un niveau international."

A l'avant-garde de la scène libanaise

Parmi le cru 2018 de Baalbeck, on retrouve notamment Georges Khabbaz, un comédien libanais connu pour son humour noir. Sa pièce Ila Iza, aussi appelée Sauf si… , est le point culminant du festival. Elle raconte le quotidien de résidents vivant dans un vieux bâtiment au bord de l’effondrement. Comme c’est souvent le cas au Liban, ses habitants sont de diverses origines religieuses et leurs opinions divergentes créent une fracture encore plus grande chez eux.

"Malheureusement, il existe encore aujourd’hui au sein de notre communauté une intolérance à l’égard de ceux qui nous sont différents. La pièce imite la réalité de manière très directe", analyse Georges Khabbaz.

"Il y a plusieurs dimensions : d’abord, le théâtre simule la réalité où l’action se déroule, à savoir le bâtiment qui s’effondre. La seconde dimension, c’est l’orchestre, la musique simule le fantasme. Et la troisième dimension est représentée par les colonnes de Baalbeck, la grandeur de ce lieu nous renvoie à l’époque romaine, à son passée historique et culturelle."

Georges Khabbaz a travaillé avec 90 artistes pour composer ce spectacle mêlant du théâtre, de la danse et du chant, conçu tout spécialement pour la scène du théâtre de Baalbeck. Certains artistes s’y produisent pour la première fois.

"L’émotion que je ressens quand je joue ici, ça n’arrive nulle part ailleurs", témoigne le musicien Florian Radu.

Alors que de nombreux artistes ont fait leurs premiers pas à Baalbeck cette année, il en va de même pour les spectateurs. Au total, plus de 2500 personnes ont assisté au festival, appréciant aussi bien l’esprit d’inclusion que l’expérience des arts modernes au sein d’un cadre historique d’exception.

Une famille d'artistes iconique : les Rahbani

L’histoire artistique et créative du Liban est aussi vieille que ses collines. Les pièces libanaises explorent le passé historique passionnant du pays, on peut aussi mentionner les fameuses chansons sur le nationalisme arabe.

Depuis les années 40, une famille contribue au développement musical et théâtral : les Rahbani.

Mentionnez ce nom où que vous soyez au Moyen-Orient, et vous avez de fortes chances pour qu’on vous récite ou qu’on vous chante quelques vers.

Il y a 70 ans, les frères Mansour et Assi Rahbani sont les premiers à présenter une nouvelle musique régionale à la radio libanaise.

Les deux musiciens font ensuite carrière en tant qu’auteurs-compositeurs et dramaturges. On retient notamment leur travail avec la légendaire chanteuse libanaise Fairuz dans les années 50, elle qui a vendu plus de 80 millions de disques à travers le monde, record absolu pour un artiste arabe de son vivant.

Le trio produit tube après tube… Assi Rahbani et Fairuz finissent par se marier et ils montent pour la première fois sur scène à Baalbeck, en 1957, avec Mansour.

Leur succès se poursuit dans les années 60 et 70. A l’époque de la guerre civile, les frères se mettent à écrire des comédies musicales avec des messages politiques profondément critiques et satiriques.

Après le décès d’Assi en 1998, Fairuz et Mansour se réunissent à nouveau sous les lumières de Baalbeck, une première depuis 25 ans.

La musique des frères Rahbani est bien vivante aujourd’hui. Les fils de Mansour, Marwan et Oussama, assurent la relève et ont hérité de leur père une passion débordante pour les pièces de théâtre et les comédies musicales.

Oussama a composé d’innombrables morceaux, pour lui-même mais aussi pour les pièces de son frère, ainsi que des adaptations musicales : Don Quichotte, Zenoubia, mais aussi les poèmes du Cheik Mohammed ben Rashid al-Maktoum.

Oussama est aussi connu pour son rôle de coach musical dans l’émission de télé-réalité Star Academy.

Parmi ses protégés : la soprano Hiba Tawaji, qui a participé à de nombreuses pièces produites par les frères Rahbani et qui a enregistré avec eux plusieurs albums à succès. Sa réussite est une fierté pour Oussama, soutien passionné des jeunes talents libanais.

Il a délaissé son studio quelques instants pour accorder une interview à Inspire Middle East, dans un cadre habité par l’âme familiale.

L'entretien d'Inspire : Oussama Rahbani

La famille est centrale dans votre travail, surtout avec la collaboration entre votre père et votre frère. Mais est-ce qu’il existe des différences au niveau de la création et comment les gérez-vous ?

Oui bien sûr. Nous ne sommes pas toujours du même avis, mais il y a une ligne directrice. Vous avez votre propre identité, vos propres pensées, votre propre caractère. Par exemple lorsque mon père, le "grand Mansour", dirige une pièce, il veut qu’on confronte nos points de vues, on se bat beaucoup. Mais si c’est moi qui dirige la pièce, c’est plutôt MON point de vue, ma manière de voir les choses.

Par rapport à votre expérience à la Star Academy, vos élèves étaient-ils ouverts à la critique ? C’était facile de les encadrer ?

Les candidats venaient de tout le monde arabe. Ma plus grande inquiétude était de savoir s’ils allaient accepter mon opinion. On ne plaisante pas avec la musique et l’art, c’est pour ça que je suis si dur avec eux.

Est-ce qu’on peut dire que vous les cassez pour mieux les reconstruire ?

C’est la clé du succès. Il faut avoir un bon tempérament et de bons nerfs, savoir prendre du recul et encaisser les coups, résister même quand on est au bord des larmes. Mais certains n’y arrivent pas.

Selon vous, où en est le Moyen-Orient de son ambition internationale ? pour toucher un public plus large, l’Europe, les Etats-Unis et au-delà…

Tout repose avant tout sur la langue, car les peuples arabes sont plus émotifs et sont parfois trop attachés à leur langue. De plus, nous avons dans notre musique ce que l’on appelle des quarts de tons, ce qui est parfois difficile à appréhender pour un public occidental. Ils peuvent l’interpréter comme des fausses notes, mais en fait non, c’est notre musique qui est comme ça. Donc c’est un obstacle, cela limite un peu la fusion.

Une petite question sur Fairuz, la plus grande chanteuse arabe vivante, qui est n’est autre que votre tante... Est-ce que vous la voyez souvent et donne-t-elle son avis sur votre travail ?

Non pas vraiment, elle est difficilement joignable car elle est un peu dans sa tour dorée. Elle est discrète et mystérieuse, c’est ce qui fait d’elle une diva. Parce qu’une diva, ce n’est pas seulement une voix, c’est aussi un comportement.

Est-ce qu’elle chante toujours et pourrait-elle revenir un jour à Baalbeck ?

Ce ne serait pas facile de revenir à Baalbeck, ne serait-ce qu’à cause des conditions et du climat. C’est très exigeant de chanter en altitude et le temps est souvent sec, ce qui rend le chant encore plus compliqué. C’est plus facile de sortir la voix quand il fait humide. On peut perdre sa voix ici.

Quelle est la prochaine étape pour vous ?

En ce moment, on prépare des chansons avec Hiba mais je travaille surtout à la préparation de ma nouvelle pièce. Cela fait 7 ou 8 ans que je suis sur ce projet qui parlera de Néfertiti.