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L'Arabie saoudite s'ouvre timidement au yoga

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L'Arabie saoudite s'ouvre timidement au yoga

Une Saoudienne fait du yoga dans une salle de Jeddah, le 7 septembre 2018
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Amer HILABI
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Dans une salle au plancher en bois, un groupe de Saoudiennes s'accroupissent, s'étirent et font le poirier. Il y a un an, ces postures de yoga auraient pu les rendre hors-la-loi dans le royaume musulman ultra-conservateur.

Largement perçu comme un exercice spirituel lié à l'hindouisme qui s'est mondialisé, le yoga n'a pas été autorisé pendant des décennies en Arabie saoudite, berceau de l'islam où la pratique de tout culte non musulman est interdit.

Mais avec l'engagement du prince héritier Mohammed ben Salmane de renouer avec un "islam ouvert et modéré", le royaume a officiellement reconnu le yoga comme un sport en novembre dernier.

Nouf Marwaai, une passionnée de yoga habitant à Jeddah (ouest), a essuyé menaces et insultes pour avoir défendu l'idée que cette pratique était compatible avec l'islam.

"J'ai été harcelée (et) j'ai reçu de nombreux messages de haine", se rappelle Mme Marwaai, 38 ans, responsable de l'Arab Yoga Foundation qui a déjà formé des centaines de professeurs dans le royaume.

"Il y a cinq ans, pratiquer (le yoga) aurait été impossible", ajoute-t-elle, avant d'entamer un cours devant une poignée de femmes.

Débarrassées des longues tenues traditionnelles couvrant leur corps, elles se positionnent dans la position du "guerrier".

Dans un pays où les femmes se voient depuis longtemps refuser le droit de faire de l'exercice en public, des Saoudiennes - dont certaines participent régulièrement à des retraites de yoga en Inde - disent que cette pratique a transformé leur vie.

Ayat Samman, une éducatrice de 32 ans, explique que le yoga l'a aidée à surmonter une fibromyalgie, maladie associant notamment des douleurs musculaires et articulaires.

Le yoga agit aussi comme thérapie en aidant à évacuer des émotions enfouies et à combattre un mal commun, la dépression, estiment d'autres femmes.

- Même à La Mecque -

Le yoga a permis l'ouverture de salles et la création d'emplois dans plusieurs villes saoudiennes, dont La Mecque et Médine, villes saintes de l'islam, selon Mme Marwaai.

Le prince héritier de 32 ans, surnommé MBS, cherche à projeter une image tolérante du royaume saoudien, longtemps associé à un islam rigoriste et ultra-conservateur.

L'Arabie saoudite a accueilli des responsables du Vatican et d'autres représentants chrétiens ces derniers mois et "MBS" a également noué des contacts avec des dirigeants juifs et catholiques lors d'une visite aux Etats-Unis plus tôt cette année.

Des voix s'élèvent pour appeler à l'abolition de la police religieuse, autrefois redoutée, alors que le pays commence à organiser des divertissements, y compris des concerts accessibles aux hommes et femmes, et qu'il rouvre des cinémas après une interdiction de plusieurs décennies.

Mais le prince héritier ne semble tolérer aucune contestation pour autant, y compris de féministes et de défenseurs des droits de l'Homme.

"L'ouverture du prince aux autres religions se manifeste dans les rassemblements interconfessionnels et dans un nouvel enthousiasme pour l'héritage préislamique" de l'Arabie saoudite, relève Kristin Diwan, de l'Arab Gulf States Institute à Washington. "Il s'en prend dans le même temps à ses détracteurs avec un nationalisme triomphant. Personne ne sait avec certitude où sont les lignes rouges".

- "Vitesse fulgurante" -

Les réformes menées à une "vitesse fulgurante" font craindre un retour de bâton de la part de l'establishment religieux ultra-conservateur qui a longtemps constitué l'un des piliers de "la Maison des Saoud", a averti en mai le Wilson Center basé aux Etats-Unis.

Le yoga est encore considéré dans des milieux conservateurs comme une pratique déviante, voire un péché, et les élèves de Mme Marwaai disent être souvent accusées de trahir leur religion.

"Je reçois des messages par le biais des réseaux sociaux demandant: +Êtes-vous hindoue? Etes-vous devenue hindoue+?", raconte Budur al-Hamoud, spécialiste en ressources humaines. "Le yoga n'a rien à voir avec la religion. C'est un sport (...), cela n'interfère pas avec ma foi", dit-elle.

Mme Marwaai s'attaque aux conservateurs non seulement en Arabie saoudite, mais aussi en Inde. Survivante d'un cancer du sein, elle a reçu récemment la Padma Shri, l'une des plus hautes distinctions civiles de l'Inde, et a participé cette année à un débat animé à la télévision indienne où des religieux musulmans l'ont insultée.

Ces derniers étaient opposés à "Surya Namaskar", une séquence de yoga conçue pour saluer Surya, le dieu du soleil hindou, et le chant des mantras hindous.

"Il ne s'agit pas de l'adoration du soleil et de la lune", a répondu Mme Marwaai, expliquant que certaines de ses élèves, cherchant dans le yoga une pratique pour tonifier leur corps, invoquaient les noms donnés à Dieu en islam.

Non convaincu, un religieux a rétorqué que l'ensemble des mouvements physiques dans le rituel de prière musulman offrait suffisamment d'exercice.

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