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#Masaktach, les Marocaines ne veulent plus se taire

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#Masaktach, les Marocaines ne veulent plus se taire

#Masaktach, les Marocaines ne veulent plus se taire
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Capture d'écran de la page Facebook de #MASAKTACH
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C'est un témoignage qui glace le sang. Au mois d'août, le Maroc découvre l'horreur qu'a vécue Khadija, 17 ans. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, la jeune fille explique avoir été kidnappée, violée et torturée durant deux mois par des hommes de son village. Malgré les pressions, Khadija porte plainte et ne se tait pas.

Le mouvement #masaktach ("je ne me tais pas") est apparu quelques semaines plus tard. Souvent présenté comme le #MeToo marocain, sous ce hashtag les femmes dénoncent "la culture du viol et de l'impunité". Selon l'une des fondatrices du mouvement, "c'est surtout la manière dont l'affaire Khadija a été traitée dans l'espace public" qui a fait naître ce besoin de briser le silence.

« Plusieurs membres ayant créé le mouvement ont été choqués de voir la place donnée à la parole des victimes et leur constante décrédibilisation par l’opinion publique », affirme-t-elle dans une interview à nos confrères de Middle East Eye.

Un chanteur exclu des ondes

Si le témoignage de Khadija a servi de détonateur, c'est une autre affaire médiatique qui va en être le catalyseur. Le 18 septembre, la star marocaine Saad Lamjarred est placée en détention provisoire en France. Il est poursuivi dans une affaire de viol pour la quatrième fois.

Sur les réseaux sociaux, les femmes demandent alors aux radios de ne plus jouer les morceaux du chanteur aux millions de disques vendus. Le résultat ne se fait pas attendre, deux radios marocaines parmi les plus populaires, Radio 2M et Hit Radio, s'engagent à ne plus diffuser l'artiste.

«C’est via le hashtag #Masaktach que des centaines de tweets ont appelé les radios marocaines, Hit Radio en tête, à cesser de diffuser les chansons de la vedette de la pop», explique Tel Quel.

Une première victoire modeste alors que les chiffres des violences faites aux femmes au Maroc sont préoccupants. Selon une enquête du Haut Commissariat au Plan datant de 2011 "il ressort des données (...) que, sur une population de 9,5 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, près de 6 millions, soit 62,8%, ont subi un acte de violence sous une forme ou une autre durant les douze mois précédant l'enquête." Idem en ce qui concerne les violences sexuelles. "23% des femmes, ou 2,1 millions, ont subi un acte de violence sexuelleà un moment ou à un autre de leur vie."

Les lieux publics sont les endroits où la violence à l’égard des femmes est la plus manifeste, selon l’Observatoire national de la violence faite aux femmes dans un rapport de 2015.

Loi sur le harcèlement

Un contexte qui a poussé le gouvernement marocain à légiférer. Le 13 septembre dernier est entrée en vigueur une nouvelle loi relative à la lutte contre les violences faites aux femmes. Pour la première fois, elle incrimine « certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d’agression, d’exploitation sexuelle ou de mauvais traitement ».

Il s’agit « d’un des plus importants textes renforçant l’arsenal juridique national dans le domaine de l’égalité des sexes », s’est félicitée la ministre de la Famille, de la femme et de la solidarité, Bassima Hakkaoui, dans un entretien à l’agence MAP.

L’ex-ministre en charge des Droits des femmes et militante pour l’égalité des sexes, Nouzha Skalli, a toutefois estimé que la loi ne prenait pas en compte « les définitions internationales en matière de violences à l’égard des femmes », citant l’exemple du viol conjugal qui reste impuni.

Le 10 octobre, Khadija était entendue par les juges. Elle a confirmé tous ses accusations. A sa sortie du tribunal elle a appelé "toutes les filles à se montrer courageuses".