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Au Brésil, une relation tendue entre Bolsonaro et la presse

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À l'image de Donald Trump aux Etats-Unis, Jair Bolsonaro, grand favori de la présidentielle dimanche au Brésil, n'a de cesse de critiquer et d'intimider la presse, préférant s'exprimer sur les réseaux sociaux, où il fait fureur.

Mais l'attitude de Bolsonaro est potentiellement encore plus inquiétante quand on sait que ce capitaine de réserve est un chantre de la dictature militaire qui a muselé les médias et plus généralement les citoyens pendant les années de plomb (1964-1985).

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Même si le candidat d'extrême droite promet d'être "esclave de la Constitution" et de respecter les valeurs démocratiques, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, tire la sonnette d'alarme.

"Les électeurs brésiliens ne doivent pas être dupés par les discours de façade, derrière lesquels se cache une réelle violence qui n'épargnera pas le journalisme. Jair Bolsonaro est une sérieuse menace pour la liberté de la presse et la démocratie", a-t-il affirmé dans un communiqué.

"Nous sommes pour la liberté de la presse, mais avec responsabilité", a de son côté déclaré dimanche dernier le candidat d'extrême droite, lors d'un discours incendiaire au cours duquel il a promis de "purger" le pays des "marginaux rouges".

Il s'est également lancé dans une diatribe contre le quotidien de référence Folha de S. Paulo, qui avait révélé quelques jours plus tôt que des entreprises avaient financé l'envoi de masse de messages sur WhatsApp dénigrant son adversaire de gauche Fernando Haddad.

"Folha est le plus grand producteur de fausses informations du Brésil. Ils n'auront plus droit à la manne publicitaire du gouvernement", a-t-il lancé.

- "Harcèlement" -

Ces propos interpellent au coeur d'une campagne particulièrement délétère et marquée par une vague d'agressions contre des homosexuels, des militants anti-Bolsonaro, mais aussi de nombreux journalistes.

"Pour certains militants, ce discours se transforme en actions: harcèlement, menaces et parfois même violence physique", déplore Marina Iemini, directrice de l'Association brésilienne de journalisme d'investigation (Abraji).

Cette association a recensé au moins 141 épisodes de violence contre des journalistes durant la campagne, la plupart "attribués à des partisans de Bolsonaro".

"Jair Bolsonaro a montré à maintes reprises qu'il ne comprenait pas le rôle de la presse. Il évite le contact direct avec les journalistes et répond souvent aux questions de façon agressive", explique à l'AFP Paula Cesarino, médiatrice de Folha de S. Paulo.

Ses conférences de presse sont rares et souvent brèves et il n'a dernièrement accordé des entretiens qu'à des médias se contentant de lui poser des questions inoffensives.

Lors d'un récent entretien à la radio Guaiba de Porto Alegre (sud), il a imposé comme condition que seul le présentateur lui pose des questions et non les autres journalistes de l'émission.

L'un dentre eux, Juremir Machado, s'est senti "humilié" et a annoncé en direct qu'il démissionnait.

- "Stimuler la violence" -

Comme Donald Trump, auquel il voue une "grande admiration", Jair Bolsonaro, fort de près de 8 millions d'abonnés sur Facebook s'exprime essentiellement sur les réseaux sociaux, et qualifie régulièrement les grands groupes de médias d'usines à fausses informations.

"Nous espérons que Bolsonaro, s'il est élu, ne va pas continuer à dresser la population contre la presse. C'est très mauvais pour la démocratie et cela peut encourager la violence", affirme Ricardo Pedreira, directeur de l'Association nationale des journalistes (ANP) du Brésil.

Avant même de menacer Folha de S. Paulo de couper sa manne publicitaire, l'ancien parachutiste avait critiqué les "milliards" que reçoit de l'Etat TV Globo, la plus grande chaîne du pays.

En réalité, aussi bien Globo que Folha ont vu leurs ventes d'espace publicitaire à des organes publics baisser considérablement ces dernières années en raison de la crise économique.

Le site spécialisé Poder360 fait état d'une baisse de 26% de ces recettes pour TV Globo en 2016 (par rapport à 2015) et 54,2% pour le quotidien.

"La publicité gouvernementale a peu de poids par rapport aux annonceurs privés, donc ce genre de pression n'a qu'un effet limité", explique la médiatrice de Folha, sans donner de chiffres.

TV Globo a indiqué que les spots pour des organes publics représentaient moins de 4% de ses recettes publicitaires.

Mais certains analystes craignent que la presse régionale soit plus vulnérable à d'éventuelles menaces de coupes du budget publicitaire du gouvernement.

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