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Irlande/Brexit : la frontière de tous les dangers

Irlande/Brexit : la frontière de tous les dangers
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Vincent McAviney, notre envoyé spécial, s'est rendu à la frontière entre les deux Irlande à quelques semaines du Brexit.

Sur place, Vincent a pu se rendre compte des effets bénéfiques de l'accord de paix du vendredi saint signé en 1998. Depuis cette date, les postes frontières entre les deux Irlande ont disparu et les points de passages y sont beaucoup plus nombreux que ceux existant par exemple entre les différents pays de l'Est de l'Europe.

Et ce ne sont pas seulement les routes qui s'entre-croisent : ce sont aussi des voies navigables qui relient les deux Irlande.

Avant cette date les routes étaient fermées ou étaient contrôlées par l'armée. Et les marchandises comme les habitants ne pouvaient pas circuler librement.

Problème majeur : tout cela pourrait changer dans les prochaines semaines selon la façon dont Brexit fonctionnera. En quittant l'Union européenne, l'Irlande du Nord sera séparée de fait de la République d'Irlande et cela pourrait avoir des conséquences sur le processus de paix. Et forcément, les gens ici sont très inquiets.

D'autant plus inquiet après l'attentat de Londonderry en janvier dernier.

Un groupe de républicains dissident a abandonné une voiture bourrée d'explosifs dans le centre de la ville et quelques instants plus tard, le véhicule a été complètement pulvérisée. Par chance personnes n'a été blessé, mais le message a été bien transmis. A tout moment catholiques et protestants, républicains et unionistes, pourraient de nouveau s'affronter

Nous avons rencontré un ancien officier de police qui a passé toute sa carrière à la frontière pour lutter contre le crime organisé et le terrorisme. Nous lui avons demandé en quoi le Brexit pourrait raviver les tensions.

Peter Sheridan, ancien policier : "Quand le premier poste de douane a été installé, les douaniers ont été attaqués, et c'est la police qui s'est mis à protéger les postes de douane et les douaniers.

Et puis quand la police a été attaquée, c'est l'armée qui est venue pour protéger les policiers, et puis quand l'armée a été attaquée, elle a construit des abris. Ce n'était pas ce qui était prévu au départ : c'étaient des conséquences involontaires dues au renforcement de la sécurité comme ils disent.

Si vous laissez les griefs et la résistance s'installer, les gens vont recommencer à développer leurs capacités de défense.

Aujourd'hui cela prendra plus de temps qu'autrefois car les gens ne pourront pas s'y remettre du jour au lendemain; ils seront contrôlés et puis la police tentera d'empêcher tout cela, je parle de ce que j'ai vu dans le passé".

Les tensions entre les deux Irlande ? Tara et Conor pensaient que ce n'était qu'un chapitre dans leur livre d'histoire. Étudiants à Belfast, ils ont aujourd'hui peur de revivre le passé de leur parents.

Tara Ni Chonghaile, étudiante : "L'accord de paix du vendredi saint était une solution tout à fait unique pour régler les problèmes et je pense qu'il a été mis en oeuvre de manière très habile et que tout a été fait pour trouver le juste équilibre. Et je pense que le moindre bouleversement pourrait fait tourner tout cela en vrille."

Conor McArdle, étudiant : "Si demain je voyais une frontière physique s'ériger, je serai fâché, bien sûr. Je n'aurais pas recours à la violence, j'espère que non, mais cela me mettrait en colère car si on a un Brexit dur, l'économie va se dégrader ici, vous allez avoir beaucoup de jeunes gens en colère. Surtout dans les régions frontalières où ils ont été déjà laissés pour compte par les gouvernements précédents. Comme les jeunes n'ont rien à faire, ils pourraient de nouveau avoir cette idée romantique de se battre pour l'Irlande, ou l'Ulster ou quelque chose comme ça."

Les frontaliers des deux Irlande sont sur le qui-vive. Ils attendent aujourd'hui avec angoisse le dénouement du Brexit qui se rapproche à grand pas. Un Brexit de tous les dangers qui pourrait bien fissurer un accord de paix encore très fragile.

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