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Élections en Espagne : au cœur de "L’Ohio espagnol"

 Élections en Espagne : au cœur de "L’Ohio espagnol"
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Euronews s'est rendue au Coeur de l’Ohio espagnol. À Robres, un village vers lequel tous les yeux sont tournés en cette période électorale. Depuis le retour de la démocratie, c'est l'endroit qui tend à se rapprocher le plus du pourcentage de votes du parti vainqueur en Espagne. Mais cette tendance tend à s’inverser depuis 2015, quand l'émergence de nouveaux partis a mis fin au bipartisme.

Ana Buil, euronews : "Que signifie l’étiquette d’Ohio espagnol, et pourquoi la colle-t-on à l’Aragon ? Écoutez les explications du politologue Ignacio Jurado, l'un des co-auteurs du livre "L’Aragon est notre Ohio".

"Être l'Ohio espagnol signifie être une région où le vainqueur est le même parti qui gagne dans tout l'Etat. L'exemple de l'Ohio est utilisé, car aux Etats-Unis, depuis les années 60, le vainqueur dans l'Ohio à l’élection présidentielle, a toujours été le même que celui qui a remporté les élections dans l'ensemble des États-Unis. (...) En Espagne, nous avons un Ohio particulier, l'Aragon. (...) La raison en est simple : l'Aragon représente une Espagne à plus petite échelle. L'Aragon a des zones urbaines. Zaragoza est la cinquième ville d'Espagne, mais dans le même temps, l'Aragon est vide. L'Aragon est une communauté autonome qui a sa propre identité. Ce n'est pas comme les communautés les plus nationalistes, comme la Catalogne, mais cela ne représente pas non plus les plus Espagnoles, c'est un peu au milieu. En quelque sorte, l'Aragon est une petite constellation de toutes les variables traditionnellement utilisées en Espagne pour prédire le vote", explique le politologue Ignacio Jurado, professeur de Sciences politiques à l’Université de York.

Nous avons interrogé les habitants de Robres.

"Je ne sais pas pourquoi. On dit que ce qui sort des urnes à Robres lors des élections se répand ailleurs", dit l'un d'entre eux.

"Les résultats ici à Robres coïncident avec les résultats nationaux. (...) Etant donné qu’il y a beaucoup de partis politiques, il est plus difficile de faire des approximations et de savoir qui a voté", dit un autre.

En Espagne, les sondages sont très incertains. À Robres aussi, les indécis restent nombreux.

Comme le propriétaire du restaurant du village, dont la sympathie pour Podemos est diluée par les luttes internes au sein du parti.

"J'avais (de la sympathie) pour Podemos, mais le parti n’arrive plus à me convaincre. (...) Je ne fais plus confiance à aucun parti", explique Rogelio.

"Je voterai, mais je ne sais toujours pas pour qui. En votant pour un parti, vous pouvez en favoriser un autre, un parti que vous n'aimerez peut-être pas", dit Fernando, un agriculteur retraité.

D’autres, en revanche, ont déjà décidé.

J’ai les idées claires. Je suis de gauche, socialiste”, assure Jésus.

"Eh bien, un parti qui se concentre sur le centre politique… Dans ce cas-là, on peut parler de Ciudadanos", ajoute José Fernando. .

"En termes de défense de droits sociaux et de bien-être de la société, je pense clairement au PSOE dans une coalition avec Podemos", termine Pedro.

Il y a aussi ceux qui savent clairement à qui ils ne donneront pas leur voix et qui gardent leur vote secret.

"L'important, c'est que celui qui gagne sache comment bien le faire non ?", estime une femme au foyer.

"Sánchez semble être un homme qui ne roule que pour son compte. Je ne pense pas qu'il se soucie de l'Espagne ou même des gens en général... Être au pouvoir est la seule chose qui l'intéresse. Et il ferait un pacte avec le diable pour se maintenir au pouvoir", ajoute Teresa, ancienne assistante de direction.

Parmi les nombreuses personnes que nous avons rencontrées, aucune ne nous a dit vouloir voter pour le Parti populaire ou même Vox. Même si certains habitants se sont exprimés sur la montée de l'extrême droite en Espagne.

"Je pense qu'à certains égards, ils sont contre les droits fondamentaux. Ils ne devraient pas prendre le pouvoir", estime une jeune femme.

L’étiquette d’Ohio espagnol colle au village de Robres et a valu à ses habitants un harcèlement médiatique pesant lors des dernières élections. Si au début, ils ont pris les choses avec humour, ils ont fini par en avoir assez

"D'un côté, on se dit que Robres est sur la carte pour quelque chose qui n'est pas un désastre, un malheur ou quelque chose du même genre, c'est pas si mal, et puis on finit par en avoir marre d’entendre des si… : si nous sommes, si nous ne sommes pas, si nous nous approchons, nous éloignons", explique la maire du village, Olga Brosed.

Ana Buil, euronews:

"Les Aragonais renouvelleront-ils le scénario Ohio lorsqu’ils se rendront aux urnes ? Et qu’en sera-t-il pour les habitants de Robres ? C'est peut-être la clé des prochaines élections ou celle d’un retour à l'anonymat et à la tranquillité pour ce petit village".