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DERNIERE MINUTE

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Dans un monde d'hommes: en Chine, les footballeuses ont de quoi faire rougir les garçons

Petites filles lors d'un entraînement de foot, à Shanghai, le 30 avril 2019
Petites filles lors d'un entraînement de foot, à Shanghai, le 30 avril 2019 -
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HECTOR RETAMAL
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Petite Shanghaïenne de 11 ans, Liu Chang manie adroitement son ballon de football. Mais sa grand-mère voit d'un mauvais oeil ce "sport de garçon", même si les footballeuses chinoises se distinguent à l'international, et nettement plus que les hommes.

L'équipe de Chine féminine participera cet été à la Coupe du monde organisée en France. Une habitude, car les "Roses d'acier" n'ont manqué qu'une seule des huit éditions du Mondial -- une performance bien supérieure à celle de leurs compatriotes masculins.

"Le pays est très peuplé (1,4 milliard d'habitants, ndlr), mais il n'y a pas beaucoup de gens qui pratiquent le football", explique en survêtement Qian Hui, 50 ans, qui entraîne des footballeuses depuis trois décennies dans la métropole de Shanghai (est).

"Les filles qu'on sélectionne dans l'équipe ne sont pas forcément les meilleures. Car les meilleures abandonnent parfois en raison de la réticence de leurs parents", déplore l'entraîneuse, employée par l'école primaire de Jinshajiang, spécialisée dans le ballon rond.

La petite Liu Chang, latérale gauche, fait partie d'un groupe d'une centaine de joueuses âgées de 7 à 18 ans, qui s'entraînent cinq jours par semaine sous la direction de Qian Hui et de son équipe d'éducateurs. Les matches se disputent tous les samedis.

La pré-adolescente raconte avoir un papa fan de ballon rond qui, faute de fils, a reporté sa passion sur sa fille.

"Au départ, je n'avais pas vraiment envie de jouer au football, mais mon père m'a envoyée ici", sourit-elle.

"Ma grand-mère disait que les filles ne devaient pas jouer au football, plutôt faire de la danse ou du piano. Alors dès qu'elle était absente pour raisons professionnelles, mon père en profitait pour m'amener ici."

- 'Dormi par terre' -

Le président chinois, Xi Jinping, nourrit de grandes ambitions pour le ballon rond national. Il espère que son pays gagnera un jour la Coupe du monde.

Un rêve pas si lointain pour l'équipe féminine, classée à une très honorable 16e place du classement mondial de la Fifa. Les "Roses d'acier" ont par ailleurs déjà ramené au pays huit coupes d'Asie.

Un contraste saisissant avec les résultats calamiteux de leurs compatriotes masculins: actuellement 74e mondiaux, ils n'ont remporté aucun titre continental, et n'ont disputé qu'un seul Mondial (en 2002), achevé piteusement sans avoir marqué le moindre but.

Mais malgré leurs prestations, les footballeuses chinoises ne jouissent pas pour autant d'un statut très élevé dans leur pays.

Si les clubs masculins de Super League (1re division) attirent des foules de supporters déchaînés, le championnat féminin peine à séduire les annonceurs, avec des matches disputés devant un maigre public.

Le football reste largement perçu en Chine comme un sport de garçon, explique Qian Hui. Et les parents craignent souvent que l'engouement de leurs filles pour le ballon rond vienne entraver leurs études.

"La situation actuelle de la sélection nationale féminine, c'est bons résultats, mais manque de considération et d'attention", résume l'éducatrice.

"Des internationales ont déjà dormi par terre ou pris des trains de nuit pour aller aux matches. Ce serait impensable chez les hommes".

Mais la coach reste convaincue de l'utilité de ses méthodes d'entraînement: parmi ses ex-élèves figurent deux joueuses régulièrement appelées en sélection: la longiligne gardienne Zhao Lina (27 ans) et la milieu de terrain Yang Lina (25 ans).

"Si l'équipe féminine remporte la Coupe du monde, peut-être que les gens nous porteront davantage d'attention", espère Qian Hui.

- Filets troués -

En attendant, Liu Chang et ses coéquipières évoluent sur des terrains médiocres, dont les buts aux filets troués laissent souvent passer les ballons, qu'il faut aller récupérer dans les buissons.

Pour faire face à la réticence des parents, Qian Hui permet désormais aux filles de rester en internat, afin qu'elles mènent de front plus facilement études et pratique du football.

L'éducatrice rejette également les méthodes longtemps utilisées dans le sport chinois au niveau étatique: selon elle, réaliser un geste parfait est vain si les enfants ne prennent pas de plaisir et sont incapables de prendre de décision par eux-mêmes sur le terrain.

L'équipe de Chine féminine fut un temps parmi les meilleures de la planète, notamment lors des Coupes du monde 1995 (quatrième) et 1999 (finaliste). Mais elle est désormais surpassée par des pays comme l'Allemagne, l'Angleterre ou la France.

Qian Hui se réjouit de la nouvelle règle "très utile" qui oblige tous les clubs masculins de première division chinoise à avoir une section féminine.

"Mais nous devons encore apprendre" des meilleures nations, estime-t-elle.

"Nous ne sommes plus dans la course. Et on ne pourra pas les rattraper en seulement un ou deux ans."

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