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La contestation continue au Chili, trois mois après le début du mouvement

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Un manifestant tente d'échapper à un jet de canon à eau, Santiago, Chili, le 17 janvier 2020
Un manifestant tente d'échapper à un jet de canon à eau, Santiago, Chili, le 17 janvier 2020   -  
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Trois mois après l'éclatement d'une profonde crise sociale, le Chili se débat entre angoisse, espoir et incertitude sur l'issue d'une contestation qui a pris de court la classe politique.

Pour marquer les trois mois du mouvement, qui a débuté le 18 octobre, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées vendredi sur la Plaza Italia, épicentre des manifestations à Santiago, rebaptisée par les protestataires Plaza Dignidad (place de la Dignité).

Et des affrontements ont éclaté dans les rues voisines entre d'autres manifestants et la police, qui a utilisé du gaz lacrymogène et des camions lanceurs d'eau, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

Des appels à manifester avaient été lancés à Santiago pour commémorer les trois mois du mouvement, au cours duquel 29 personnes ont été tuées, dont cinq après intervention des forces de l'ordre, et plus de 2.000 blessées, dont 350 ont été grièvement touchées aux yeux.

Jusqu'au 18 octobre, le pays était loué comme un des plus stables d'Amérique latine, encensé pour ses bons résultats macro-économiques. Trois mois plus tard, les institutions n'ont jamais paru aussi affaiblies, ébranlées par une fronde sociale sans précédent depuis la fin de la dictature et le retour de la démocratie en 1990.

Le président Sebastian Piñera, très impopulaire

Déclenchée par une hausse du ticket de métro à Santiago, la crise a été nourrie par la colère de la population face aux profondes inégalités socio-économiques.

Le président conservateur Sebastian Piñera, qui sera à la moitié de son deuxième mandat en mars, a vu sa cote de popularité dégringoler à 6%, selon un sondage du Centre d'études publiques (CEP) publié jeudi.

Une sanction non seulement envers le richissime hommes d'affaires âgé de 70 ans, mais aussi à l'égard de toute la classe politique chilienne, explique Ricardo Gonzalez, du CEP.

Les carabiniers (policiers chargés du maintien de l'ordre), accusés de nombreuses violations des droits de l'homme contre des manifestants, connaissent la même chute vertigineuse: recueillant 57% d'opinions favorables en août 2015, ils sont désormais à peine soutenus par 17% de la population, selon le même sondage.

Selon Matias Fernandez, professeur de sociologie à l'Université catholique du Chili, "tout le système politique (...) a eu d'énormes difficultés à gérer ce séisme social parce qu'il n'a pas les outils pour traiter l'information, pour traiter les demandes" face à un mouvement qui reste sans dirigeant et n'a bénéficié à aucun parti.

Ni la droite au pouvoir, ni le centre et la gauche dans l'opposition, n'ont réussi à récupérer la colère de la rue. Les manifestations, qui ont marqué le pas dans l'ensemble du pays, mais se poursuivent avec plus ou moins d'affluence le vendredi à Santiago, continuent de s'organiser à travers les réseaux sociaux.

"Entre espoir et préoccupation"

Malgré l'absence de référence partisane, l'actualité sociale et politique et la critique du modèle économique ultra-libéral sont devenus les premiers sujets de conversation des Chiliens, qui devront décider le 26 avril s'ils souhaitent changer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), une revendication forte du mouvement social.

On est loin de la campagne électorale de la présidentielle de 2017, remportée par M. Piñera, déjà au pouvoir de 2010 à 2014, où l'une des principales préoccupations était la délinquance, dont le taux est cependant un des plus bas d'Amérique latine.

"Je ne sais pas comment nous allons nous sortir de ce qui nous arrive, espérons que ce sera bon pour tous les Chiliens", confie à l'AFP Cecilia Vergara, une architecte de 40 ans. Si elle ne descend pas dans la rue pour manifester, elle dit continuer à soutenir les revendications exprimées depuis le début de la contestation.

Aujourd'hui prédomine "un climat d'incertitude, cette espèce de tension entre l'espoir et la préoccupation (...) qui caractérise la situation du pays depuis le début du mouvement", confirme Matias Fernandez.

Malgré les nombreuses concessions sociales faites par le gouvernement (augmentation de 50% du minimum vieillesse, cotisations des employeurs au régime de retraites, gel des tarifs de l'électricité...), 55 à 60% des Chiliens continuent de soutenir le mouvement, selon deux récents sondages.

Jeudi, dans un message à la nation, le président Piñera s'est dit prêt "à mettre la main à la pâte pour aider les Chiliens à résoudre leurs nombreux problèmes, les aider à tirer parti de leurs nombreuses capacités et aussi les aider à réaliser leurs rêves".

-Avec AFP-

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