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Au Venezuela, la survie en période de pandémie tente de s'organiser

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Virus Outbreak Venezuela Migrants
Virus Outbreak Venezuela Migrants   -   Tous droits réservés  Ariana Cubillos/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.
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Au Venezuela, la survie pendant la pandémie de Coronavirus est une lutte quotidienne. Les Vénézuéliens ayant décidé de quitter le pays ne parvenant pas à soutenir leurs familles à cause de la crise sanitaire, la solidarité devient une nécessité absolue.

Vicente enfourche sa "super moto" et c'est parti pour une tournée à travers Caracas. Volontaire du "Plan bon voisin", Vicente livre gratuitement des repas aux habitants les plus âgés de la capitale vénézuélienne, confinés comme tout le monde en raison de la pandémie de coronavirus.

"Je vous attendais avec impatience!", s'exclame Iris, 87 ans, qui guettait Vicente Velutini depuis le pas de sa porte. Comme l'a édicté le gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro, il porte un masque de protection et des gants. Dans sa besace, il a cinq repas complets pour Iris. La livraison et la nourriture sont gratuits.

Inflation à 9 000 % l'an dernier

Le "Plan bon voisin", une initiative privée, est née en mars avec la détection des premiers cas de Covid-19 au Venezuela, pays dévasté par une effroyable crise économique et sociale. L'inflation y a dépassé les 9.000% l'an dernier, les pénuries d'essence et de médicaments se multiplient, tout comme les pannes d'électricité. Selon l'ONU, près de cinq millions de Vénézuéliens ont émigré depuis fin 2015.

"Ce sont les voisins (des personnes âgées, ndlr) qui nous renseignent", explique Veronica Gomez, à l'origine de ce "Plan bon voisin". Les volontaires livrent gratuitement les Caraqueños de plus de 60 ans, "comme ça, ils n'ont pas besoin de sortir de chez eux" et ils respectent le confinement en vigueur depuis le 17 mars.

Pour l'heure, 402 cas de coronavirus ont été officiellement détectés au Venezuela et 10 décès liés à la maladie, mais le chef de file de l'opposition Juan Guaido conteste ces chiffres.

A moto, à vélo et en voiture, les douze volontaires distribuent chaque semaine 500 repas à environ 1.000 personnes âgées, dont Iris, veuve et sans enfants.

Lorsque Vicente lui apporte ses repas, il l'avertit: "Ne vous approchez pas!", avant d'installer une table pliante sur laquelle il pose les sacs remplis de nourriture. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'Iris peut venir prendre livraison de ses repas.

Au menu: soupe et viande, de quoi remplir Iris "de joie". Avec une retraite qui équivaut à 4,65 dollars par mois, la vieille dame n'aurait "jamais" pu se payer ces repas.

"Certains petits vieux dansent, d'autres veulent m'embrasser", raconte Vicente Velutini.

Trois personnes âgées sur cinq souffrent de la faim à Caracas

Au tout début, Veronica Gomez livrait elle-même des "cachitos" -- des petits pains fourrés au jambon -- et des pizzas, mais elle s'est vite rendue compte qu'il valait mieux proposer aux seniors "des menus" complets. Grâce à la nourriture offerte par des restaurants et des supermarchés, deux cuisiniers volontaires préparent désormais les repas après leur journée de travail.

Chaque jour, Anderson Gonzalez et Hillary Perez passent cinq heures supplémentaires derrière les fourneaux pour fournir le "Plan bon voisin". "L'idéal, c'est de travailler en toute sécurité", explique Anderson, protégé de la tête aux pieds.

Mais malgré tous les efforts des volontaires, Vicente se doute bien qu'ils sont encore loin d'"éradiquer la faim" qui sévit à Caracas et touche 3 personnes âgées sur 5, selon l'ONG Convite.

"Ça aide quand même énormément", raisonne Geronimo Perez, 83 ans, qui souffre d'un cancer de la peau et bénéficie du "Plan bon voisin". "Ils sont tombés du ciel!", dit-il.

Un peu plus loin, Maria et Francisco Chinea ne sauraient mieux dire, eux qui reçoivent aussi les repas de Vicente. Même en additionnant leurs retraites, le frère et la soeur "n'y arrivent pas", explique Maria, 74 ans. Victime de l'inflation galopante, le bolivar se déprécie chaque jour un peu plus.

"Nous leur sommes vraiment reconnaissants. Même un bonbon fait l'affaire", souffle Maria.

Une diaspora impuissante

Près de cinq millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays depuis fin 2015 pour trouver un avenir meilleur et soutenir leurs familles. C'est le cas de Misael Cocho, émigré au Pérou. Le jeune homme de 24 ans a d'abord travaillé comme chauffeur de taxi moto au Venezuela mais a décidé de chercher de meilleures opportunités à l'étranger.

Installé à Lima depuis un an, il a été licencié de son travail à cause de la crise sanitaire, forcé de vendre une vieille télévision pour pouvoir acheter de la nourriture. Son dernier envoi avant la pandémie s'élevait à un peu plus de 10 dollars. Il est maintenant dans l'incapacité de subvenir aux besoins de sa mère et de son fils de cinq ans, restés au Venezuela, mais espère reprendre le travail une fois la crise sanitaire passée.

"Il y un secteur pauvre, dans l'économie souterraine de la Colombie, mais aussi du Pérou et de l'Équateur" explique Provash Budden, directeur régional de Mercy Corps pour les Amériques. C'est un "double coup dur" pour les Vénézuéliens qui doivent "'essayer de survivre dans ces pays tout en continuant à soutenir leurs familles au Venezuela" indique-t-il.

On estime qu'un million de Vénézuéliens - la moitié de la population migrante en Colombie - n'ont pas de statut migratoire légal. Face à ces conditions défavorables, au moins 14 000 personnes ont décidé de rentrer au pays, quitte à parcourir d'innombrables kilomètres, selon le bureau colombien des migrations. Le gouvernement a mis en place 326 voyages en bus pour conduire les migrants aux postes frontières.