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Manifestations anti-restrictions aux quatre coins de l'Europe

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Manifestations anti-restrictions aux quatre coins de l'Europe
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En Allemagne, au Royaume-Uni ou en France, des milliers de personnes ont manifesté ce samedi contre le maintien de mesures de confinement encore en vigueur dans leurs pays.

Environ 200 personnes se sont réunies samedi à Londres pour manifester contre le maintien du confinement. Les mesures interdisant toujours de se réunir en groupe, six personnes ont été arrêtée au cours de la réunion située à Hyde Park, a affirmé à l'AFP la police londonienne. Parmi eux se trouvait Piers Corbyn, le frère de l'ex-leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, a constaté un journaliste de l'AFP. Quelques dizaines de personnes se sont réunies pour des manifestations similaires dans d'autres villes du Royaume-Uni, comme Édimbourg, Southampton ou encore Glasgow.

Des milliers de manifestants anti-restrictions en Allemagne

Venus notamment de l'extrême droite et de l'ultra gauche, plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans diverses villes d'Allemagne pour dénoncer les restrictions restantes face au coronavirus, un mouvement qui inquiète les autorités. A Stuttgart, la municipalité n'avait autorisé que 5 000 personnes à se rassembler sur une place. Mais c'est bien plus qui ont afflué, obligeant la police à évacuer une partie vers des rues adjacentes, a-t-elle indiqué sur twitter.

Scénario similaire à Munich, dans le sud du pays, où un millier de protestataires, le maximum autorisé, se sont rassemblés dans le parc où d'ordinaire se tient la Fête de la Bière annuelle. Toutefois, tout autour, "de nombreuses personnes se sont réunies" aussi sans respecter les distances de sécurité, ont indiqué les forces de l'ordre.

La police a dit être "intervenue de manière conséquente contre ceux qui refusaient de partir".

Violations des "libertés publiques"

Des rassemblements, très encadrés par les forces de l'ordre en raison des restrictions, se sont tenus au total dans plus d'une dizaine de villes allemandes. Parmi elles, Francfort (ouest) avec 1 500 protestataires et autant de contre-manifestants défilant aux cris de "les Nazis dehors!", Berlin, Brême (nord) avec 300 personnes, Nuremberg (sud), Leipzig (est) avec plusieurs centaines de manifestants à chaque fois ou encore à Dortmund dans l'ouest.

"Nous sommes ici car nous nous inquiétons pour les libertés publiques", explique dans ce dernier rassemblement Sabine, 50 ans. "Sous couvert de lutte contre la pandémie, qui a vraiment baissé en Allemagne et est même quasiment maîtrisée ici à Dortmund, des lois d'exception contournent la constitution", accuse-t-elle.

Ces manifestations se tiennent désormais chaque samedi depuis début avril en Allemagne et gagnent en ampleur. Elles réunissent un assemblage hétéroclite de militants extrémistes, de défenseurs authentiques des libertés publiques, opposants aux vaccins, voire d'antisémites. Tous se rejoignent pour dénoncer le port du masque dans les magasins ou les restrictions de mouvement qui subsistent après le déconfinement.

La semaine dernière, des violences ont émaillé certaines manifestations. Et vendredi, des protestataires ont déposé une imitation de pierre tombale devant la permanence de députée de la chancelière Angela Merkel à Stralsund, dans le nord du pays.

Accroché dessus : un masque de protection. Et un slogan comparant la mobilisation actuelle avec les manifestations ayant fait disparaître l'Allemagne de l'Est communiste en 1990. "Liberté d'opinion, de mouvement et de rassemblements - DEMOCRATIE 1990-2020", pouvait-on y lire.

Cette mobilisation est soutenue par le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui espère bien regagner le terrain perdu au pic du coronavirus : Angela Merkel jouit d'une popularité insolente en raison d'une gestion de l'épidémie ayant permis à l'Allemagne d'être moins touchée que ses voisins. Le phénomène n'est pas marginal. Près d'un Allemand sur quatre dit comprendre les manifestations, selon un sondage Civey.

La chancelière a elle-même jugé ces marches "alarmantes", auprès de dirigeants de son parti, et accusé la Russie d'être derrière des opérations de désinformation qui les nourriraient, selon le quotidien populaire Bild.

Antisémitisme

Le phénomène semble avoir pris par surprise les autorités, d'autant qu'il gagne en intensité au moment où l'Allemagne, dont le bilan de la pandémie est à ce stade moins dramatique que chez ses voisins européens, a entamé une levée significative des restrictions. Le chef du gouvernement de la puissante région de Bavière, Markus Söder, considéré comme un successeur possible d'Angela Merkel au pouvoir, a appelé le monde politique "à ne pas commettre la même erreur qu'avec Pegida".

Lancé en 2014 à partir de manifestations spontanées et hebdomadaires à Dresde en Saxe, le mouvement islamophobe allemand Pegida fut à l'origine de la poussée de l'extrême droite anti-migrants en Allemagne, devenue aujourd'hui la première force d'opposition à la chambre des députés. Ces manifestations "constituent un réservoir dans lequel antisémites, conspirationnistes et négationnistes peuvent se retrouver", met en garde Felix Klein, commissaire du gouvernement pour la lutte contre l'antisémitisme. Pour M. Klein, "il n'est pas surprenant que les théories antisémites fleurissent à nouveau dans la crise actuelle". "On reprochait aux Juifs les épidémies de peste, on les accusait d'empoisonner les puits", rappelle-t-il dans le quotidien Süddeutsche Zeitung.

En France, des "gilets jaunes" bravent l'interdiction de manifester

De Montpellier à Nantes, quelques centaines de "gilets jaunes" ont bravé l'interdiction de manifester en ce premier samedi post-confinement, les forces de l'ordre procédant souvent à des verbalisations, ont constaté les journalistes de l'AFP.

"Il y a sanction pour tous les rassemblements de plus de dix personnes", avait rappelé dans la matinée le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, en déplacement à Veules-les-Roses (Seine-Maritime).

A Toulouse et Nantes, qui avaient connu de fortes manifestations en 2018 et 2019, les "gilets jaunes" ont tenu de petits regroupements épars en centre-ville en début d'après-midi, en présence d'importantes forces de police, qui ont procédé à des verbalisations. A Bordeaux, ancien bastion du mouvement, la préfecture a compté une cinquantaine de manifestants.

Dans la capitale de l'Occitanie, commerçants et "gilets jaunes" se sont fait face. Soutenus par le maire LR Jean-Luc Moudenc, des commerçants entendaient dire "qu'il est irresponsable de la part des +gilets jaunes+ de manifester avec les risques de contamination et irresponsable de bloquer les commerces, qui sont sous assistance respiratoire", selon Philippe Léon, d'une association de commerçants du centre-ville.

La mobilisation a été un peu plus importante à Montpellier où environ 350 "gilets jaunes" se sont regroupés sur la place de la Comédie, rapidement encerclés par les forces de l'ordre. Dans un mouvement de foule, des membres des forces de l'ordre ont asséné des coups de matraque sur des manifestants. Un femme a été blessée à la tête, nécessitant l'intervention des pompiers, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Je suis révolté. La répression est toujours là, mais nous aussi. Il faudra compter avec nous ces prochaines semaines", a protesté Jean-Jacques, 52 ans, "gilet jaune" de la première heure.

Ils étaient 300 à Lyon en bord de Rhône. Si une majorité d'entre eux portait des masques, la distanciation sociale était difficile à respecter pour beaucoup. Les manifestants, parmi lesquels beaucoup de jeunes gens habillés en noir, n'ont pu remonter les quais en direction de la place Bellecour, barrés par un cordon de policiers et de gendarmes.

A Saint-Nazaire, quelque 130 personnes, "gilets jaunes" et "figures de l'ultra-gauche nantaise" se sont rassemblées en début d'après-midi et près de la moitié a été verbalisée pour non respect de l'interdiction de manifester, selon la police.

"C'est la seconde vague des Gilets jaunes qui se prépare !", plaisantait Fanny, 30 ans, près d'un rond-point au sud de Grenoble, entourée d'une dizaine de manifestants.

Pour Christophe Castaner, "dans cette période où nous devons accompagner la reprise économique et une forme de liberté pour nos concitoyens, ceux qui veulent entraver le commerce, doivent comprendre que ce n'est pas forcément le moment de s'exprimer ainsi".

À Milan, les restaurateurs se plaignent

Des dizaines de restaurateurs ont manifesté devant la gare principale de Milan contre les nouvelles règles de réouverture lundi, estimant que celles-ci restent floues et que l'ensemble du secteur - y compris les fournisseurs et les producteurs alimentaires - souffre.

Ils ont protesté devant des pancartes indiquant : `` Je n'ouvrirai pas aujourd'hui pour fermer demain '', et appelant à une suppression des impôts et à une aide plus concrète.

Samedi matin, le gouvernement a publié des règles pour la réouverture des restaurants, notamment une distance d'au moins un mètre (trois pieds) entre les clients, une obligation de prendre des réservations et de tenir des registres pendant au moins deux semaines et une recommandation d'utiliser des menus jetables ou électroniques qui peuvent être lus sur des appareils personnels.

Il est également recommandé aux restaurateurs de prendre la température de leurs convives dès leur arrivée. Dans la capitale financière italienne, 3 400 restaurants devraient ouvrir lundi avec 4 800 bars, 2 900 coiffeurs, 2 200 magasins de vêtements et 700 magasins de chaussures.