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Dans Lisbonne désertée par les touristes, un silence qui en dit long

Les gens profitent du beau temps depuis un point de vue qui surplombe la vieille ville de Lisbonne le dimanche 3 mai 2020.
Les gens profitent du beau temps depuis un point de vue qui surplombe la vieille ville de Lisbonne le dimanche 3 mai 2020.   -   Tous droits réservés  Armando Franca/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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Le gazouillis des oiseaux, le son des cloches ou le cliquetis du tramway : voilà à quoi ressemblait l'ambiance sonore à Lisbonne pendant le confinement, sans les hordes habituelles de touristes, chassés par le coronavirus.

Ce paysage sonore, éphémère et provoqué par la pandémie, a été immortalisé par le projet "Sounds of Tourism" grâce à des cartes postales sonores.

Avec environ un demi-million d'habitants, Lisbonne reçoit près de 5 millions de visiteurs par an, ce qui représente environ neuf touristes par Lisboète.

"Avec la crise du Covid-19, une ville comme Lisbonne, qui a subi une forte pression touristique ces dernières années, s'est vidée de ses touristes du jour au lendemain", explique à Euronews Iñigo Sánchez, chercheur à l'Institut des sciences du patrimoine (Incipit) du Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) de Saint-Jacques-de-Compostelle et collaborateur de la Faculté des sciences sociales et humaines de la capitale portugaise.

"Si, avant le confinement et la mise en place de mesures de distanciation sociale, notre objectif était d''écouter' le tourisme et d'évaluer son impact sur les paysages sonores de la ville, pendant le confinement, il nous est apparu qu'il pourrait être intéressant d''écouter' la ville touristique sans les touristes."

Les chercheurs ont été impressionné par le silence dans ces endroits.

M. Sánchez explique que ce silence est un symptôme évident du remplacement de ces habitants par les touristes et de la transformation des quartiers populaires en espaces dans lesquels les commerces locaux ont été remplacés par des restaurants, des boutiques de souvenirs et autres entreprises à vocation touristique.

Mais ces cartes postales laissent également entrevoir que la situation n'est pas encore irréversible.

"Sur une note plus positive, pendant le déconfinement, nous avons observé comment divers espaces de la ville qui avaient été accaparés par le tourisme ont été récupérés par la population locale, comme certains belvédères ou des places du centre-ville de Lisbonne", explique M. Sánchez.

Des espaces publics dont la personnalité sonore a été rétablie grâce à la réappropriation des lieux par la population ajoute-t-il. Les bruits des habitants et des enfants jouant au basket ou au patin ont ainsi fait leur retour.

Mesurer l'impact du tourisme sur les villes

Pour l'équipe de Sounds of Tourism, le bruit du tourisme de masse sert de métaphore pour alerter sur sa capacité à perturber la dynamique naturelle des villes.

"Nous proposons de réfléchir à la dimension acoustique du tourisme comme une résonance, comme une façon de comprendre les multiples échos et répercussions de ce phénomène dans la ville", détaille M. Sánchez qui cite quelques impacts négatifs des processus de gentrification touristique des villes, comme l'augmentation du prix des logements, la destruction des tissus sociaux locaux dans les quartiers populaires, la disneyfication du centre-ville ou l'augmentation des emplois précaires.

Alors que les frontières portugaises ont pour le moment été réouvertes au tourisme européen, les cartes postales sonores de Lisbonne se veulent porteuses de mémoire et de continuité.

Iñigo Sánchez dit qu'ils vont réenregistrer ces mêmes lieux, d'abord pendant la phase de retour à la normale, puis six mois plus tard, pour analyser l'évolution du paysage sonore.

"Je pense qu'à partir de là, nous pourrons commencer à tirer des conclusions pour savoir si cette 'anthropopause' aura servi à quelque chose".

Leur objectif est que cet espace de réflexion forcé par le coronavirus favorise une évolution vers des formes de voyage plus durables.

Quelques cartes postales sonores de Lisbonne sans touriste