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Première prière musulmane à Sainte-Sophie, l'Église grecque "en deuil"

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Recep Tayyip Erdogan et sa femme, le 23 juillet 2020, visitant Sainte Sophie
Recep Tayyip Erdogan et sa femme, le 23 juillet 2020, visitant Sainte Sophie   -   Tous droits réservés  AP/Turkish Presidency
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Deux semaines à peine après la reconversion officielle de la Basilique Sainte-Sophie en mosquée, entre 700 et 1 000 fidèles musulmans ont participé à la prière du vendredi, en présence du chef de l'Etat turc, Recep Tayyip Erdogan.

Yasin Akgul/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
Prière du vendredi, Sainte Sophie; IstanbulYasin Akgul/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

Oeuvre architecturale majeure construite au VIe siècle et monument le plus visité d'Istanbul, Sainte-Sophie a successivement été une basilique byzantine, une mosquée ottomane et un musée. Le 10 juillet, Erdogan a décidé de rendre l'édifice au culte musulman après une décision de justice révoquant son statut de musée.

Des dirigeants et responsables de plusieurs pays majoritairement musulmans, comme le Qatar et l'Azerbaïdjan, avaient été invités à cette prière du vendredi, selon la presse turque. Quelque 20 000 membres des services de sécurité ont été déployés.

Pandémie de Covid-19 oblige, les autorités ont pris la température des fidèles, qui ont été appelés à "s'équiper d'un masque, d'un tapis de prière individuel et de patience".

Trois imams ont été officiellement nommés pour officier à Sainte-Sophie, ainsi que cinq muezzins, chargés de lancer l'appel à la prière.

Le sort des mosaïques byzantines qui se trouvent à l'intérieur de Sainte-Sophie et qui étaient recouvertes de plâtre à l'époque ottomane préoccupe particulièrement les historiens. La Diyanet a affirmé qu'elles seraient dissimulées par des rideaux uniquement pendant la prière, l'islam interdisant les représentations figuratives.

Colère

Cette reconversion a suscité la colère de certains pays, notamment la Grèce qui suit de près le devenir du patrimoine byzantin en Turquie. Le pape François s'est aussi dit "très affligé" par cette reconversion.

Pour nombre d'observateurs, la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée par le président Erdogan vise à galvaniser sa base électorale conservatrice et nationaliste.

En prenant cette décision, le chef de l'Etat défait l'héritage du fondateur de la République, Mustafa Kemal, qui avait transformé Sainte-Sophie en musée en 1934 pour en faire l'emblème d'une Turquie laïque.

Comme pour ancrer le symbole, Erdogan a d'ailleurs choisi pour cette première prière le jour du 97ème anniversaire du traité de Lausanne qui fixe les frontières de la Turquie moderne. Frontières que le président, nostalgique de l'Empire ottoman, appelle souvent à réviser.

La prière de vendredi intervient dans un contexte de fortes tensions entre Ankara et Athènes, liées notamment aux explorations turques d'hydrocarbures en Méditerranée orientale.

La Grèce a vivement dénoncé la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée, y voyant une "provocation envers le monde civilisé".

Pour le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, "c'est une journée difficile et je sais que ce n'est pas qu’un sentiment personnel. Je pense que la Turquie doit enfin décider quel sera son objectif géopolitique, en général, et avec qui exactement elle veut avancer", a-t-il déclaré.

Le Premier ministre grec lui, parle de "preuve de faiblesse. Ils n'ont certainement pas le pouvoir d'éclipser le rayonnement d'un site du patrimoine mondial. Mais les valeurs universelles sont ternies. C'est pourquoi elles exigent une condamnation de la part de tous", estime Kyriákos Mitsotákis.

Plusieurs dizaines de personnes "en deuil", brandissant des drapeaux grecs et des images de la vierge, se sont rassemblées vendredi soir à Athènes et Thessalonique pour prier et protester contre la reconversion en mosquée de l'ex-basilique Sainte-Sophie, "symbole de l'orthodoxie et de l'hellénisme", selon une banderole.

A travers toute la Grèce, les cloches des églises orthodoxes ont retenti en début d'après-midi, leurs drapeaux en berne, pour dénoncer ce que l'archevêque Iéronymos, chef de l'Eglise de Grèce, a qualifié d'"acte impie souillant" l'ancienne basilique de l'empire byzantin. Aujourd'hui "est un jour de deuil pour toute la chrétienté", a déclaré le patriarche, soulignant que "Sainte-Sophie est "un symbole de notre foi".

Mais Ankara a rejeté les critiques au nom de la "souveraineté", soulignant que les touristes pourront continuer de visiter cet édifice classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.