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Relancer l'économie : la réponse européenne sera-t-elle à la hauteur ?

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Après être restée plusieurs mois en sommeil pour cause de confinement lié au coronavirus, la vie économique reprend et accélère la cadence en Europe. Mais la reprise ne se fait pas sans heurts.

D'après les prévisions européennes de l'été 2020, l'économie à l'échelle de l'Union devrait enregistrer une contraction de 8,3% en 2020 et croître de 5,8% en 2021.

Pour relancer la croissance, la réponse de la Commission comporte deux volets : le nouveau plan d'investissement appelé "Next Generation EU" et un budget européen à long terme renforcé.

Comment s'assurer que la reprise sera durable ? Pour atteindre les objectifs fixés pour 2030 en matière de climat et d'énergie dont la réduction d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre, des investissements supplémentaires seront nécessaires.

Parvenir à la neutralité carbone en Europe à l'horizon 2050 coûtera 4600 milliards d'euros sur vingt ans selon la Commission européenne, soit beaucoup plus que d'envoyer le premier homme sur la Lune.

"L'Union européenne a agi vite et fort" selon Charles Michel

Quelles devraient être les priorités des responsables politiques ? Quelles réformes sont nécessaires ? Comment les plans d'investissement seront-ils mis en œuvre ? L'équipe de Real Economy s'est rendu au Forum économique de Bruxelles pour lever le masque sur quelques-uns des grands défis que doit relever l'économie européenne avec le Commissaire européen en charge de l'économie Paolo Gentiloni et le président du Conseil européen Charles Michel.

Sasha Vakulina, journaliste spécialisée dans l'économie, euronews :

"En juillet, les 27 ont donné leur accord sur un plan de relance qui prévoit 1074 milliards d'euros pour le budget à long terme et 750 milliards pour "Next Generation EU", un plan qui doit encore être appliqué. Est-il suffisant pour faire redémarrer l'économie et arrive-t-il à temps ?"

Charles Michel, président du Conseil européen :

"La décision que nous avons prise en juillet, c'est une démonstration de force, de puissance sur le plan européen parce que nous avons agi vite et fort. En l'espace de quelques semaines, nous avons réussi à mettre d'accord 27 chefs d'État et de gouvernement pour mobiliser un montant sans précédent - environ 1800 milliards d'euros pour les prochaines années - afin de mettre en place une stratégie de transformation fondamentale de notre modèle économique et social avec l'agenda climatique et l'agenda digital qui seront les murs porteurs de notre stratégie pour l'avenir de l'Europe."

Paolo Gentiloni, commissaire européen en charge de l'économie :

"Je pense que c'est une décision extraordinaire. Pour la première fois, nous émettons de la dette commune pour atteindre des objectifs communs. Évidemment, ce n'est pas la seule réponse parce que nous ne formons pas un État fédéral. Nous avons des États membres et ils ont leurs propres réponses. Quand on regarde les choses avec du recul, on voit qu'il y a les réponses nationales et la réponse commune européenne. Pour ce qui concerne le volet commun, nous devons avoir une coordination de tous les États membres pour qu'ils suivent nos priorités communes que sont le Pacte vert, l'agenda digital et la résilience de nos sociétés."

"Nous devons atténuer le risque de disparités parmi les États membres," affirme Paolo Gentiloni

Sasha Vakulina :

"En quoi le rôle des États a-t-il changé avec le fonds de relance dans l'Union européenne ?"

Paolo Gentiloni :

"Il a effectivement changé. Tout d'abord, pour protéger les travailleurs, les familles... Imaginez ce qui se serait passé sans ces interventions publiques ! Le champ d'action de l'État s'est étendu, c'est clair. Mais nous devons nous assurer que ce rôle plus fort de l'État ne remplace pas celui du secteur privé et ne bouleverse pas les règles du jeu au sein du marché unique. Car il s'agit d'intervention de l'État, or vous savez bien que tous les États n'ont pas la même solidité au sein de l'Union. Donc nous devons atténuer grâce à nos politiques communes, le risque de disparités parmi les États membres."

Charles Michel :

"Je pense que cette crise du Covid-19 a démontré de manière éclatante que nous avons un intérêt commun, nous les 27 pays européens : c'est-à-dire faire en sorte que nous soyons plus autonomes, plus indépendants sur le plan stratégique. Et pour cela, l'ambition climatique et l'ambition digitale sont à mon avis, nos meilleurs instruments. Ce sont aussi des ambitions qui sont importantes pour aller chercher le soutien des citoyens européens, notamment des jeunes citoyens européens."

"Notre agenda climatique est vital," souligne Charles Michel

Sasha Vakulina :

"L'objectif de l'Union européenne d'atteindre la neutralité carbone en 2050 sera-t-il rempli ?"

Charles Michel :

"Je suis convaincu qu'il y a une détermination comme jamais. Parce qu'il y a eu ces derniers mois, une prise de conscience très forte que cet agenda climatique n'est pas quelque chose de secondaire, mais de vital pour réussir à continuer à progresser."

Paolo Gentiloni :

"Je pense que la pandémie a aussi signifié une sorte d'entraînement forcé : elle nous a obligés à utiliser nos nouveaux outils numériques et a souligné l'importance du respect de l'environnement et du climat. À présent, je crois que nous devons insister sur notre Pacte vert et encourager encore plus sa mise en œuvre. Nous avons besoin de deux choses : premièrement, de faciliter l'investissement public et deuxièmement, d'aligner tous les plans nationaux de relance et de résilience sur cet objectif du Pacte vert."

"Nous pouvons avoir confiance dans le fait qu'aucun État membre ne sera laissé de côté," assure Paolo Gentiloni

Sasha Vakulina :

"Comment envisagez-vous 2021 ? Et pensez-vous que l'Union européenne a encore de nouveaux outils à sa disposition si besoin ?"

Paolo Gentiloni :

"En général, les options se présentent quand un événement survient. Pour l'instant, je pense que notre principale ambition, c'est d'essayer de restaurer la confiance et de lutter contre ce climat d'incertitude. Certes, nous n'avons pas de deuxième vague pandémique, mais elle resurgit ici et là au niveau local et cela risque de créer une nouvelle incertitude. Donc le rebond de notre économie a commencé, mais pour l'accélérer, il nous faut davantage de confiance. Le paquet européen est absolument essentiel non seulement d'un point de vue économique, mais aussi, je dirais, au niveau psychologique. Oui, nous avons une série de mesures européennes, donc nous pouvons avoir confiance dans le fait qu'aucun État membre ne sera laissé de côté et que nous serons capables de nous relancer tous ensemble : c'est le message fort porté par l'Union européenne."

Charles Michel, président du Conseil européen :

"Depuis de nombreuses années, on a considéré dans les pays dits développés que le critère du développement était la progression du produit intérieur brut par rapport à l'année précédente. Moi, je veux lancer un autre débat : si nous voulons une Europe qui protège et qui soit bienveillante et ambitieuse pour améliorer le quotidien des 450 millions de citoyens européens, nous avons besoin d'autres critères. Travaillons avec les États membres et les économistes pour voir comment on peut mieux mesurer l'amélioration de l'éducation et de l'accès à des soins de santé, le recul des discriminations... On a besoin d'autres critères parce que la force ajoutée de l'Europe se fonde sur cette idée que les valeurs, les droits de l'homme, la dignité et le respect pour chaque être humain doivent être au cœur de notre action. Si c'est effectivement le cas, on voit bien que le PIB n'est pas un paramètre suffisant pour vérifier que nos décisions ont un effet positif."