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L'arrivée au pouvoir de Joe Biden : un tournant pour la géopolitique mondiale ?

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Joe Biden sur les télévisions du monde entier
Joe Biden sur les télévisions du monde entier   -   Tous droits réservés  Kiichiro Sato/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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L'Amérique a donc choisi de tourner la page Donald Trump et de confier les clés de la Maison-Blanche au ticket démocrate formé par Joe Biden et Kamala Harris, qui devient ainsi la première femme à intégrer le Bureau ovale. Ce changement de pouvoir aux États-Unis va t-il marquer un revirement de cap majeur sur une scène politique internationale bouleversée par quatre années de mandat de Donald Trump ?

Entretien avec Pascal Boniface, géopolitologue, directeur de l'Iris, l'Institut de relations internationales et stratégiques et co-auteur du livre avec Hubert Védrine "Atlas des crises et des conflits" (Armand Colin / Fayard, 2019).

Avec Poutine, les relations s'annoncent "compliquées"

Julien Pavy, euronews : Depuis l'annonce de la victoire de Joe Biden, les réactions dans le monde se multiplient. En, revanche la Russie se montre plutôt discrète voire attentiste ?

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS : Parce que la Russie s'attend à des relations compliquées avec Joe Biden. Elles n'étaient d'ailleurs pas très bonnes avec Donald Trump. On sait que ce dernier avait une vraie admiration pour Poutine, mais que, néanmoins, les sanctions contre la Russie ont été augmentées pendant le mandat de Trump du fait du Congrès. Mais Vladimir Poutine ne s'attend pas à grand chose du nouveau président américain.

Vladimir Poutine ne s'attend pas à grand chose du nouveau président américain.

Chine - États-Unis : une "hostilité systémique"

Julien Pavy, euronews : D'autres pays comme le Mexique, le Brésil ou la Chine n'ont pas encore officiellement reconnu la victoire de Joe Biden. Concernant la Chine, la guerre commerciale amorcée par Donald Trump contre Pékin va-t-elle toucher à sa fin ?

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS : Non, on peut même penser qu'elle repartira de plus belle parce que le seul point d'accord entre Républicains et Démocrates sur la politique étrangère était justement l'hostilité à la Chine. C'est une hostilité qui est systémique parce qu'il y a un déficit commercial extrêmement important. Joe Biden veut lui aussi ramener des emplois, il a gagné les États industriels, ou anciennement industriels du nord-est du pays, et c'est dans ces États que la perception d'une menace industrielle chinoise est la plus forte. On peut donc penser qu'il va continuer à s'opposer à la Chine, d'autant plus qu'il y a un rattrapage chinois des États-Unis, or pour tout président américain, qu'il soit Républicain ou Démocrate, le fait d'être rattrapé par la Chine est une perspective tout simplement angoissante.

Pour tout président américain, qu'il soit républicain ou démocrate, le fait d'être rattrapé par la Chine est une perspective tout simplement angoissante.

Avec l'Iran, une volonté de reprendre les négociations

Julien Pavy, euronews : L'Iran a en revanche déjà réagi à la victoire de Joe Biden. Le président iranien Hassan Rohani évoque une occasion pour les États-Unis de "se rattraper après les erreurs passées et de revenir sur la voie de l'adhésion aux engagements internationaux et au respect du droit international", en référence à la sortie des États-Unis de l'accord sur le nucléaire. Sur ce point, quelle est la politique envisagée par Joe Biden ?

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS : Joe Biden était vice-président lorsque Barack Obama a signé l'accord sur le nucléaire iranien avec Téhéran et cinq autres partenaires. Il y est donc attaché. Il a dit au cours de la campagne qu'il reprendrait les négociations et que la rupture de cet accord avait été une erreur majeur de Donald Trump. Mais en même temps, on ne va pas revenir à l'accord signé tel qu'il était en 2015 parce que cinq années ont passées et parce que l'image de l'Iran aux États-unis est très négative. C'est toujours un peu délicat. Barack Obama avait été contre sa propre opinion publique et, quelque part aussi, contre Hillary Clinton qui était réticente par rapport au rapprochement. La marge de manœuvre de Joe Biden sera relativement étroite sur le dossier iranien.

La marge de manœuvre de Joe Biden sera relativement étroite sur le dossier iranien.

Climat : Joe Biden n'aura pas tous les pouvoirs

Julien Pavy, euronews : Concernant le climat, on sait que Joe Biden est aux antipodes de Donald Trump. Il promet de réintégrer l'accord de Paris et vise un objectif de neutralité carbone pour les États-Unis d’ici à 2050 ? A-t-il vraiment les moyens de ses ambitions ?

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS : On sait qu'il y a beaucoup de choses qui passent par les États, que tout n'est pas décidé au niveau de l’État fédéral. Plus de la moitié des États fédérés appliquent les accords de Paris, un État très important comme la Californie ou la ville de New York y sont très attachés. On peut donc dire que, grosso modo, les États qui ont voté Biden sont très attachés aux accords de Paris, ils les respectent, les incendies en Californie cet été ont tout de même frappé les esprits. On a bien vu qu'il y a avait une urgence climatique. Joe Biden aura donc un soutien, mais tous ceux qui pensent que ceci (sic : le réchauffement climatique) n'existe pas, que c'est un complot chinois qui a été inventé pour casser la dynamique américaine resteront effectivement réticents. Le fait que Joe Biden réengage les États-Unis dans l'accord est une bonne chose, mais tout n'est pas en son pouvoir.

Les incendies en Californie cet été ont frappé les esprits. On a bien vu qu'il y a avait une urgence climatique.