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Pour préserver l'Europe du terrorisme, "outiller les citoyens européens, musulmans et non-musulmans"

Le président du Conseil européen Charles Michel et le chancelier autrichien Sebastian Kurz placent des bougies en hommage aux victime de l'attentat terroriste à Vienne.
Le président du Conseil européen Charles Michel et le chancelier autrichien Sebastian Kurz placent des bougies en hommage aux victime de l'attentat terroriste à Vienne.   -   Tous droits réservés  Ronald Zak/Copyright 2020 The Associated Press
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Les pays européens estiment avoir besoin d’une réponse coordonnée et rapide pour faire face à la menace terroriste. Pour le président français, Emmanuel Macron, le "terrorisme islamiste" est une menace internationale qui appelle une réponse internationale. Les chefs d’État européens ont aussi insisté sur l’importance de renforcer les frontières extérieures de l’Europe pour préserver l’espace Schengen.

Comment serait alors exécutée la mise en œuvre complète et rigoureuse de l’arsenal de mesures dont l’Europe s’est déjà dotée afin de combattre le terrorisme islamiste ? Pour répondre à cette question, Euronews a interviewé à Bruxelles Didier Le Roy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD)

Aissa Boukanoun, pour Euronews : "L'Union européenne, dont plusieurs pays étaient réunis ce mardi en mini-sommet, a souligné la nécessité d'intensifier la lutte commune contre le terrorisme, peu après les récents attentats en France et en Autriche. Quelle est votre réaction quant aux propositions européennes, à savoir adopter une réponse commune et coordonnée qui doit en particulier porter sur la création d'un institut européen pour la formation des imams, le développement de bases de données communes, les échanges d’information ou le renforcement des politiques pénales ? "

Didier Le Roy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) : "Disons qu'étant donné la gravité des faits qui se sont déroulés ces dernières années dans les différentes grandes villes d'Europe occidentale, surtout en lien avec ce terrorisme djihadiste, il était assez logique qu'à un moment donné, il y ait eu une tentative de réponse commune face à cette menace qui est d'ampleur européenne et qui est donc un problème partagé. Cette menace est évidemment aussi un problème multifacette où s'entremêlent à la fois des questions d'ingérence étrangère, d'idéologies, de technologie sécuritaire, puisque la violence politique est une constante à travers l'histoire et qui transcende toutes les sociétés aussi. Voilà pourquoi on a toute cette palette de mesures qui ont été proposées, mises en branle, qui seront nécessairement imparfaites puisque le risque zéro n'existe jamais nulle part. Mais qui sont en tout cas quelques outils qui semblent assez inévitables dans notre contexte."

c'est un problème multifacette où s'entremêlent à la fois des questions d'ingérence étrangère, d'idéologies, de technologie sécuritaire...
Didier Le Roy
chercheur

Euronews : "Quelle stratégie l'Europe doit adopter pour combattre la menace internationale du terrorisme islamiste ?"

Didier Le Roy : "Tout ce qui est proposé est assez nécessaire et logique d'un point de vue politique. Je pense personnellement que la chose qui manque le plus, c'est toute une batterie de mesures qui permettraient d'outiller non pas les aéroports, de nouveaux détecteurs de métaux, mais d'outiller les citoyens européens, musulmans et non-musulmans."

"D'un point de vue lexical, c'est à dire de lutter contre la véritable menace stratégique posée par les acteurs djihadistes globaux comme Al-Qaïda ou Daesh, et qui consiste à creuser le fossé entre citoyens de part et d'autre de l'islam, et donc de sortir de tous ces amalgames qui consistent à confondre islam, islamisme, djihadisme, wahabisme, salafisme, terrorisme, etc. Il n'y a pas de stratégie parfaite, mais je dirais qu'elle comporterait idéalement, bien sûr, un volet répressif assez inévitable face à des actes criminels qui doivent être condamnés de manière absolument totale. Et là, il y a un message assez fort de la part des tribunaux qui doivent s'exprimer. Mais cela se combine évidemment à toute une palette d'actions de prévention afin de cimenter l'identité citoyenne européenne, qu'elle soit belge, française, mais surtout européenne, de part et d’autre de ce clivage de l’islamité ou de la non-islamité identitaire ; c'est-à-dire le fait de retrouver dans l’Islam une partie de sa construction identitaire."

Euronews : "Est ce que l'Europe possède les moyens nécessaires pour exécuter une réponse coordonnée, commune et rapide pour faire face à la menace terroriste ?"

Didier Le Roy : " Je pense que certains budgets ont sans doute été débloqués. Je ne suis pas dans le secret des Dieux à ce niveau-là, pour pouvoir vous parler, chiffres à l'appui. Mais je pense que la vague d'attentats qui a eu lieu tout au long de ces dernières années ont donné lieu à des budgets, à des programmes, à des initiatives qui ont partiellement porté leurs fruits. Mais on est dans un contexte où le problème ne relève pas d'une science dure, d'une science exacte mais plutôt où les réponses apportées seront nécessairement imparfaites. Elles s'adressent à une dynamique initialement humaine, à l'extérieur de l'Europe."

Euronews : "Est-ce le renforcement des frontières extérieures de l’Europe pour préserver l’espace Schengen nécessite une réforme « en profondeur » des règles régissant la libre circulation en Europe ?"

Didier Le Roy : "Je pense que la question migratoire des réfugiés et sa connexion à la question sécuritaire du terrorisme a été sur-analysée. Elle est connectée, mais elle est sur-analysée. Néanmoins, la question migratoire pose toute une série de problèmes qui, déconnectés du terrorisme, doivent être adressés."

Sources additionnelles • Thomas Seymat