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Le Tchad perd son maître tout-puissant : le président Idriss Déby est mort en "guerrier"

Par Joël Chatreau
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Le président du Tchad, Idriss Déby Itno, le 9 avril 2021
Le président du Tchad, Idriss Déby Itno, le 9 avril 2021   -   Tous droits réservés  Marco Longari/AFP
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Idriss Déby Itno est mort comme il l'aurait certainement voulu, en "guerrier" tel qu'il aimait se qualifier. Mais les armes ont empêché brutalement le maréchal - élevé à ce rang en août 2020 -, de poursuivre son long règne autoritaire à la tête du Tchad, alors que les premiers résultats de la présidentielle annonçaient lundi soir 21 avril qu'il était réélu pour un nouveau mandat de 6 ans.

Le chef de l'Etat, âgé de 68 ans et pourtant installé au pouvoir depuis un peu plus de 30 ans, a officiellement succombé à des blessures dont il aurait été victime en menant son armée contre des rebelles infiltrés dans le nord du pays depuis la Libye.

Comme il se doit, l'annonce de son décès a été faite solennellement le mardi 22 avril à la télévision d'Etat :

Le président de la République, chef de l'Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille. C'est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad
Général Azem Bermandoa Agouna
Porte-parole de l'armée tchadienne

Nouvel homme fort, Mahamat, fils et général

Un conseil militaire s'est rapidement tenu dans la capitale, N'Djamena ; il a été présidé par le fils le plus en vue du défunt, le général de corps d'armée Mahamat Idriss Déby qui, à 37 ans, est également le commandant de la toute puissante Garde présidentielle. Une "période de transition" de 18 mois, dirigée par ce conseil militaire, a été décidée, et l'armée a promis ensuite d'organiser des élections "libres, démocratiques et transparentes", selon les termes employés par son porte-parole.

A l'école militaire de la dictature

Avant de devenir maréchal, Idriss Déby est passé par toutes les étapes chères aux militaires africains : combattant rebelle, commandant rebelle, puis chef d'état-major sous la présidence - ou plus exactement la dictature - de son prédécesseur, Hissène Habré, qu'il a fini par renverser grâce à un coup d'Etat en 1990. Cela ne l'a pas empêché bien sûr de suivre son mauvais exemple, accusé à son tour par de nombreuses ONG de violer les droits de l'Homme.

Accusé de népotisme, feu le président tchadien n'a pas hésité non plus à placer des membres de sa famille, les hommes comme les femmes, ainsi d'ailleurs que des membres de sa tribu Zaghawa à la tête, soit des différentes unités de l'armée, soit des grandes institutions et entreprises d'Etat.

Une perte dans le combat contre les djihadistes

La France et les occidentaux plus généralement perdent un allié de poids pour combattre les mouvements djihadistes dans la région brûlante et si instable du Sahel. Il ne faut pas oublier qu'en 2013 par exemple, le président Idriss Déby avait apporté un soutien armé important aux militaires français engagés au Mali, et que les troupes tchadiennes passent pour les plus aguerries de la force conjointe du G5 Sahel.

L'Elysée s'est donc empressé de présenter ses condoléances au Tchad, indiquant avoir perdu "un ami courageux". Paris a rappelé dans ce message son "ferme attachement à la stabilité et à l'intégrité territoriale du Tchad".