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Le plus vieil accusé de crimes nazis jugé en Allemagne

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Par Euronews avec AFP
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Des fils barbelés sur le site de l'ancien camp de concentration de Sachsenhausen, à Oranienburg, en Allemagne, mercredi 6 octobre 2021.
Des fils barbelés sur le site de l'ancien camp de concentration de Sachsenhausen, à Oranienburg, en Allemagne, mercredi 6 octobre 2021.   -   Tous droits réservés  Photo : Markus Schreiber (Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.)
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Un ex-gardien de camp de concentration âgé de 100 ans comparaît à partir de jeudi devant un tribunal allemand, devenant le plus vieil accusé de crimes nazis jamais jugé dans le pays.

Josef S., ancien caporal-chef de la division "Totenkopf" (Tête de mort) des Waffen-SS, est poursuivi pour "complicité de meurtres" de 3 518 prisonniers lorsqu'il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen, non loin de Berlin, entre 1942 et 1945.

Il avait 21 ans au début des faits. Il est notamment soupçonné d'avoir fusillé des prisonniers soviétiques et "d'aide et de complicité de meurtres par gaz" de type Zyklon B.

Entre son ouverture en 1936 et sa libération par les soviétiques le 22 avril 1945, le camp de Sachsenhausen a vu passer quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des Juifs et des homosexuels.

Plusieurs dizaines de milliers d'entre-eux périrent, principalement par épuisement dû au travail forcé et aux cruelles conditions de détention.

Ce procès se déroule une semaine après celui avorté d'Irmgard Furchner, 96 ans, ancienne secrétaire d'un autre camp de concentration nazi. La première audience a dû être reportée au 19 octobre en raison d'une rocambolesque tentative de fuite de la nonagénaire.

Depuis dix ans, l'Allemagne a jugé et condamné quatre anciens SS en élargissant aux gardiens de camps et autres exécutants de la machinerie nazie le chef d'accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

En mémoire de Jean Grumbach assassiné à Sachsenhausen

Ainsi Josef S. "n'est pas accusé d'avoir tiré sur quelqu'un en particulier, mais d'avoir contribué à ces actes par son travail de gardien et d'avoir été au courant que de tels meurtres avaient lieu dans les camps", explique la porte-parole du parquet de Neuruppin, Iris le Claire.

Théoriquement, il risque au minimum 3 ans de prison mais sa peine sera certainement symbolique vu son grand âge.

En août, un médecin l'avait déclaré apte à comparaître, à condition de limiter les 22 audiences prévues jusqu'à début janvier à deux heures maximum.

"Il est en grande partie en bonne santé et ne montre aucun signe de démence naissante. On peut affirmer qu'il est mentalement et spirituellement très sain."
Thomas Walther
Avocat de 11 des 16 parties civiles de ce procès (dont sept survivants).

Peu d'éléments sur sa vie sont connus : après son retour de captivité en 1947, il aurait mené une existence discrète comme serrurier dans le Land de Brandebourg, voisin de Berlin, sans être inquiété, selon le journal Bild.

"Jusqu'à présent, l'accusé est resté silencieux", avance auprès de l'AFP Stefan Waterkamp, son avocat, qui ne précise pas s'il plaidera ou non la relaxe.

"J'espère qu'il dira j'ai fait le con, j'ai honte mais surtout qu'il soit condamné à une peine avec sursis", estime Antoine Grumbach, 79 ans, défendu par M. Walther. Ce Français assistera à l'ouverture du procès en mémoire de son père, engagé dans la résistance gaulliste et assassiné en mars 1944 à Sachsenhausen.

"Le plus important, c'est qu'on parle de ce camp et des méthodes horribles inventées pour tuer des gens", ajoute-il en montrant à l'AFP des photos de son père, Jean Grumbach.

"Fonction mémorielle"

"Ces procès sont particulièrement importants pour les survivants et leurs descendants. Ils souhaitent que justice soit faite et que les crimes soient résolus."
Stephanie Bohra
Chercheuse au musée berlinois Topographie de la terreur consacré aux crimes nazis

"La fonction principale de ce procès est mémorielle", abonde Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin.

"Il s'agit de confirmer que l'Allemagne unifiée est déterminée à aller jusqu'au bout du travail sur le passé nazi, dans un contexte où, depuis le tournant des années 2000, le souvenir du génocide des Juifs a été placé au cœur de l'identité nationale", analyse-t-il.

En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans.

Huit autres dossiers d'anciens SS sont actuellement examinés par différents parquets allemands, selon l'Office central pour l'élucidation des crimes du national-socialisme.