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Comment le Qatar protège ses coraux et s'efforce de mieux gérer l'eau douce

Par Miranda Atty & Scheherazade Gafoor
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Les récifs coralliens sont les écosystèmes qui renferment le plus de biodiversité sur la planète et abritent une très large part de la vie océanique. Mais selon les scientifiques du GIEC, jusqu'à 90 % d'entre eux pourraient disparaître d'ici à 2050 dans le monde si des mesures urgentes ne sont pas prises pour lutter contre le réchauffement climatique.

Préserver les récifs coralliens

Au département des sciences marines de l'Université du Qatar, des scientifiques du département des sciences biologiques et environnementales et du centre des sciences de l'environnement apportent leur contribution à la protection des coraux dans le golfe Persique grâce à un projet de restauration des récifs coralliens.

À 90 km au large de la capitale Doha, les chercheurs ont mis en place une "pépinière" de coraux où des fragments issus de colonies donneuses sont élevés jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment robustes pour être réimplantés dans leur récif dégradé. Un travail nécessaire à l'heure où 14% des récifs coralliens ont déjà disparu à l'échelle de la planète entre 2009 et 2018.

"On est malheureusement arrivés au stade où on ne peut plus se contenter de croire que si la nature suit son cours, elle se rétablira naturellement," fait remarquer Pedro Range, professeur assistant de recherche.

Université du Qatar
Relevés réalisés sur des coraux au large de DohaUniversité du Qatar

"On étudie plusieurs récifs coralliens pour comprendre leur dynamique," précise Radhouane Ben-Hamadou, professeur associé en sciences marines et responsable d'équipe MARESCO. "Quelle est leur croissance ? Quelle mortalité peut-on observer l'été ? Avec quelle ampleur sont-ils touchés par des maladies ?" énumère-t-il avant d'ajouter : "Comprendre leur dynamique permet de prévoir quels sont les endroits propices à l'élevage, de savoir quels récifs sont dégradés et peuvent être restaurés et de déterminer ceux qui ne peuvent plus l'être parce qu'ils ont déjà atteint un stade où l'on ne peut plus les rétablir."

Bien que le golfe Persique soit la mer la plus chaude du monde, les taux de recrutement corallien sont élevés. Ce phénomène qui se produit quand de minuscules larves de coraux flottent et s'accrochent à de nouvelles communautés coralliennes est impératif pour la pérennité des espèces.

Ces scientifiques qataris ont également mis en place une pépinière à terre leur permettant de faire se reproduire les coraux dans des conditions optimales.

Au sein de cette Université qui autorise les femmes à étudier les sciences marines, une jeune étudiante nous dit son enthousiasme de contribuer à faire avancer la recherche dans ce domaine : "J'aime tellement l'environnement que j'ai décidé d'aider à le protéger en tant que scientifique marin. Si on veut préserver l'océan, changer la société, c'est à nous d'incarner le changement," assure Noora Nasser Al Thani.

Gestion durable des ressources en eau

Au Parc scientifique et technologique du Qatar, les scientifiques du Centre mondial pour la durabilité de l'eau de ConocoPhillips travaillent sur les technologies liées à l'environnement dont la purification de l'eau et le recyclage des eaux usées, en particulier issues des opérations pétrolières et gazières dans le pays.

"Peu de gens savent que pour chaque baril de pétrole que nous produisons, nous générons avec lui, trois à cinq barils d'eau," indique Samer Adham, directeur général du Centre mondial pour la durabilité de l'eau.

"En général, cette eau est éliminée [ndlr : restituée au milieu naturel après traitement] ; nous pouvons aussi la réinjecter dans le réservoir pour maintenir la pression à l'intérieur et faciliter l'extraction du pétrole," poursuit-il. "Mais il y a une forte attente et des réglementations strictes qui nous poussent à trouver comment utiliser cette eau plus efficacement," fait-il remarquer.

Le Centre dispose aussi d'un espace d'accueil des visiteurs fréquenté par plus de 10.000 écoliers chaque année. Une gestion durable de l'eau passe aussi pour la sensibilisation des citoyens, dès leur plus jeune âge, à la valeur de l'eau et à la nécessité d'en réduire la consommation.

ConocoPhillips
Le Parc scientifique et technologique du Qatar où se situe le Centre mondial pour la durabilité de l'eau de ConocoPhillipsConocoPhillips

Le défi du dessalement de l'eau de mer

Sécuriser l'approvisionnement en eau est un défi qui s'impose à tous les pays du monde. Mais au Qatar, malgré ses grandes étendues de désert, ce qui est facilement disponible, c'est l'eau de mer.

Pour la dessaler et ainsi, la rendre potable, une immense usine appelée Umm Al Houl exploite la méthode de l'osmose inverse à très grande échelle. Elle produit chaque jour, 725 millions de litres d'eau potable et permet de couvrir les besoins de 47 % de la population du Qatar.

Une structure spécifique achemine l'eau de mer à l'intérieur du site où elle est d'abord débarrassée des matières solides. Elle subit ensuite, une filtration en deux étapes jusqu'au processus final d'osmose inverse.

"En injectant l'eau de mer sous pression, on peut grâce à la membrane, séparer les ions et donc, retirer le sel : on peut concentrer le sel d'un côté et retirer le liquide qui en résulte de l'autre," précise Pedro Cortes Reyes, responsable de site chez Acciona.

Acciona
L'eau de mer subit une clarification et des filtrations avant l'étape de l'osmose inverseAcciona

Sur place, l'approche est à la fois, high-tech et durable."Le dessalement est très énergivore : cette technologie ne doit être utilisée que dans le cas où il n'y a pas de sources d'eau douce disponibles," fait remarquer Guillermo Hijos Gago, directeur en charge du dessalement au Moyen-Orient chez Acciona. "Donc notre entreprise utilise l'intelligence artificielle, le big data, les réseaux neuronaux et d'autres solutions numériques," liste-t-il, "pour augmenter le rendement de nos usines en améliorant notre consommation de produits chimiques et la durée de vie de nos équipements, mais surtout en réduisant notre consommation d'énergie."

Vision nationale et internationale

Le Centre dédié à l'eau à l'Institut du Qatar pour l'énergie et l'environnement (Qatar Environment and Energy Research Institute ou Qeeri) met lui aussi au point des solutions innovantes et concrètes.

"Nous travaillons sur de nouvelles technologies plus efficaces sur le plan énergétique et applicables dans les énergies renouvelables, en particulier dans le solaire qui se développe dans le pays," indique Jenny Lawler, directrice de recherche senior au Qeeri.

Cette quête de solutions passe aussi par l'exploitation de matériaux locaux comme les palmiers dattiers et le calcaire qui servent à éliminer les substances contaminantes.

"Dans le cadre de notre plan "Qatar National Vision", nous nous concentrons sur la nécessité d'avoir un approvisionnement sûr en eau, donc on fait des recherches sur le traitement de l'eau, cela fait partie de notre vision nationale," souligne Saeed Al Marri, chercheur associé.

Cette vision ne se limite pas à l'échelle du pays : les scientifiques qataris contribuent à leur niveau, à rendre l'eau potable plus accessible à travers le monde.