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Dugongs, tortues imbriquées et requins-baleines : comment le Qatar préserve sa vie marine

Par Miranda Atty & Scheherazade Safla
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Nous explorons des initiatives prises par le Qatar pour préserver sa vie marine et protéger des espèces menacées comme le dugong ou vache de mer, la tortue imbriquée et le requin-baleine. Cela passe par des actions de terrain et de la sensibilisation.

Préserver l'alimentation des dugongs ou vaches de mer

Le Qatar abrite la deuxième plus importante population de dugongs au monde. Ces mammifères marins également appelés vaches de mer font face à un risque très élevé d'extinction. C'est la raison pour laquelle un projet unique est mené dans le pays pour augmenter leur source de nourriture afin de stopper leur disparition progressive de nos océans.

Les premières traces de ces mammifères marins remontent à des millions d'années. Aujourd'hui, quand ils font surface, ils sont mis en danger par les hélices des bateaux à moteur ou les filets de pêche. Au cours des 50 dernières années, leur population a diminué d'environ 25 %.

Mehsin Al Yafei
Le scientifique marin Mehsin Al Yafei aux côtés d'un dugongMehsin Al Yafei

Ces créatures se nourrissent des herbes qu'elles trouvent dans les prairies sous-marines : elles en ingèrent jusqu'à 40 kilos par jour. Mais ces herbiers qui offrent habitat et nourriture à la faune marine se réduisent au fil des ans car ils sont menacés par le chalutage et le dragage excessifs, les pratiques de pêche nuisibles, les polluants ou encore les changements dans le climat.

Sur place, une équipe d'experts tente de les restaurer en sensibilisant les pêcheurs à leur protection. Ils prélèvent aussi des échantillons pour vérifier la qualité de l'eau et voir si de nouvelles plantes se développent dans les zones protégées. 

Une zone prisée des requins-baleines

L'insaisissable requin-baleine est en voie d'extinction. Ce doux géant tacheté de points blancs a rejoint la catégorie des espèces en voie de disparition au fil des ans. Mais il existe une zone au large des côtes du Qatar où chaque année, on peut encore en voir des centaines se rassembler.

Mohammed Jaidah, grand spécialiste des requins-baleines, nous explique pourquoi cet endroit situé près d'Al Shaheen est si particulier. "L'été, l'eau de mer s'évapore beaucoup à cause de la chaleur et la température moyenne du Golfe est d'environ 34°C," précise-t-il. "Mais on a découvert qu'à Al Shaheen, la température est en moyenne de 27°C : ce qui est idéal pour l'incubation des œufs de poisson," fait-il remarquer avant d'ajouter : "Les requins-baleines viennent donc [sur place] pour se nourrir d'œufs de poissons. Normalement, ils se nourrissent de plancton, mais avec les œufs de poisson, pour une même quantité, ils ingèrent trois fois plus de gras, d'énergie et de protéines," indique-t-il.

Mohammed Al Jaidah / Abdulrahman Al Khulaifi / Abdulrahman Al Khaldi
Plusieurs centaines de requins-baleines ont été observées dans une zone spécifique des eaux qatariesMohammed Al Jaidah / Abdulrahman Al Khulaifi / Abdulrahman Al Khaldi

Le nombre de requins-baleines observés au Qatar a augmenté ces dernières années selon Mohammed Al Jaidah. Il faut dire que depuis 2010, son équipe fait pression pour réduire le nombre de navires dans la zone que cette espèce fréquente particulièrement. "Les bateaux évitent la zone, ils font maintenant des détours et quand ils voient les requins-baleines, ils les évitent, ce qui fait que ces poissons sont de plus en plus nombreux à venir," affirme le scientifique.

Des tortues imbriquées particulièrement choyées

La tortue imbriquée est la plus menacée des sept espèces de tortues marines. Selon les estimations, il y aurait moins de 25 000 femelles nidifiantes dans le monde. Au Qatar, des spécialistes travaillent à préserver huit zones du pays où ces tortues viennent faire leur nid. C'est le cas par exemple, d'une portion de la plage de Fuwairit.

Tout au long de la période de nidification qui s'étend d'avril à juin, les équipes du Centre des sciences de l'environnement de l'Université du Qatar et du ministère de l'Environnement et du Changement climatique patrouillent sur cette plage à la tombée de la nuit dans le cadre d'un projet parrainé par Qatar Energy.

Ils surveillent la population de tortues imbriquées, recensent les femelles, les marquent et comptent le nombre d'œufs et parfois, en transfèrent un certain nombre dans une écloserie à proximité pour les protéger des éléments comme des inondations.

Mark Chatting, plongeur scientifique et chercheur du Centre des sciences de l'environnement de l'Université du Qatar, souligne l'importance d'étudier ces tortues en lien avec le changement climatique. 

"Les températures des nids ici sont celles que l'on prévoit dans les Caraïbes dans 50 ans," précise-t-il. "Il ne s'agit pas d'être alarmiste, mais savoir comment ces tortues se sont adaptées à ces conditions peut nous informer sur ce qui pourrait se passer ailleurs," renchérit-il.

Le Qatar sensibilise et travaille à la protection des sites de nidification des tortues imbriquées pour s'assurer que leurs nouvelles générations aient toutes leurs chances dans la vie.