Pourquoi le changement d'heure en Europe n'a toujours pas disparu ?

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Par euronews  avec AFP
Archives : ouvrier intervenant sur une horloge publique à Paris, le 26 mars 2021
Archives : ouvrier intervenant sur une horloge publique à Paris, le 26 mars 2021   -   Tous droits réservés  BERTRAND GUAY/AFP

Le changement d'heure fait de la résistance en Europe. Alors que le Parlement européen avait décidé de le supprimer en 2021, les habitants du Vieux Continent vont bien devoir remonter leur montre d'une heure à 3h du matin ce dimanche. 

La bonne nouvelle, c'est que ce saut dans le passé permettra de profiter d'une heure de sommeil supplémentaire.

Après, prime aux lève-tôt : ils profiteront d'un peu plus de lumière au petit matin avec, en contrepartie, une nuit qui tombera plus tôt en fin de journée grâce à (ou à cause de) ce passage à l'heure d'hiver.

Avec le retour de la question des ressources énergétiques de manière brûlante en raison de la guerre en Ukraine et la multiplication des appels à la sobriété énergétique, le passage à l'heure d'hiver est-il une bonne idée ?

Vers une cacophonie européenne ?

Au niveau européen, où le régime du changement d'heure a été progressivement généralisé dans les années 1980 avant d'être harmonisé en 2002, la Commission européenne avait proposé en 2018 de le supprimer... en 2019. Mais le Parlement européen avait donc voté en mars 2019 un report à 2021 et devait s'accorder avec le Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement sur les modalités.

Depuis, entre Brexit et pandémie mondiale de Covid, la question est restée en suspens. L'une des difficultés est d'inciter les pays à harmoniser leur heure légale (été ou hiver) afin d'éviter d'aboutir à un patchwork de fuseaux horaires.

En France, une consultation en ligne organisée début 2019 par l'Assemblée nationale avait reçu plus de deux millions de réponses, massivement (83,74%) en faveur de la fin du changement d'heure. Plus de 60% des participants assuraient avoir eu "une expérience négative ou très négative" du changement. Quant à l'heure à laquelle rester toute l'année, c'est celle d'été (en France GMT+2) qui a eu la préférence de 59% d'entre eux.

Particularité de l'actuel système : il ne concerne pas les territoires d'Outre-mer qui ne changent jamais d'heure (à l'exception de Saint-Pierre-et-Miquelon qui se cale sur le Canada voisin). En effet, la plupart d'entre eux se trouvent sous des latitudes où les écarts d'ensoleillement sont faibles au long de l'année, contrairement à l'Europe.

Ce changement, qui avait été instauré en France pour la première fois en 1916 avant d'être abandonné en 1944, a été réintroduit par un décret en septembre 1975. Il se voulait provisoire et avait pour but de limiter la consommation d'énergie en plein choc pétrolier.

En Belgique, une consultation populaire a été également organisée, dont le résultat a mis en avant le fait que 50% des Belges sont pour l’heure d’hiver contre 45% pour l’heure d’été, dans le cas de la suppression du changement d'heure. Dans le détail, les Wallons se sont prononcés - comme leur voisins français - pour rester à l’heure d’été, alors que les Flamands ont plébiscité l’heure d’hiver... comme les Néerlandais et les pays du Nord. En général, dans les pays du Sud, c'est le choix de l’heure d’été qui fait l'unanimité.

A l'échelle mondiale, plusieurs pays, comme l'Argentine, la Tunisie, l'Égypte, la Turquie, la Russie ou l'Arménie, ont déjà décidé d'abandonner les changements d'heure saisonniers.

AP Photo/Mark Lennihan
Archives : horloge sur la façade du QG de la marque de luxe Tiffany à New York, le 25 novembre 2019AP Photo/Mark Lennihan

Aux Etats-Unis, la question de l'abolition du changement d'heure est aussi à l'étude. Une proposition de loi a été ainsi adoptée en mars dernier par le Sénat pour pour abandonner définitivement l'heure d'hiver et rendre celle d'été permanente. Mais avant d'entrer en vigueur, le texte doit être d'abord soumis au vote de la Chambre des représentants.

Au Canada, une province sur dix, le Saskatchewan, et un territoire sur trois, le Yukon, ont d'ores et déjà acté la fin du changement d'heure. Cette suppression fait aussi l'objet de discussions dans d'autres Etats canadiens, comme au Québec. 

Des effets minimes

Dans les faits, le changement d'heure ne produit qu'un effet minime sur la consommation d’énergie.

Ainsi, en 2009, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), le passage de l'heure d'hiver à l'heure d'été avait induit des gains en matière d'éclairage de l'ordre de 440 GWh, soit 0,07% de la consommation d’électricité totale. L’éclairage faisant appel à des moyens de production électrique en partie carbonés, ces économies représentaient un gain de l’ordre de 50 000 tonnes de CO2.

Mais depuis, cet effet a eu tendance à s'amoindrir du fait de la performance accrue des systèmes d'éclairage (ampoules basse consommation et LED). En 2018, cette baisse n'était plus que de 351 GWh. A l'horizon 2030, les économies d'énergie en matière d'éclairage sont estimées à 258 GWh par l'Ademe.

Sachant qu'en plus la majorité de la consommation d'énergie des ménages provient du chauffage et non de l'éclairage, les preuves d'économies d'énergie restent donc encore à démontrer.

AP Photo/Alberto Pezzali
La tour horloge du palais de Westminster, à Londres, le 212 octobre 2022AP Photo/Alberto Pezzali

Pire, une récente étude britannique affirme que supprimer le changement d'heure en octobre permettrait d'économiser 400 livres sterling (460 euros) par foyer et par an, car il ferait jour plus longtemps le soir, ce qui réduirait la demande aux heures de pointe.

Le passage à l'heure d'hiver est également critiqué pour ses effets sur les rythmes biologiques, notamment par des médecins ou des parents d'enfants en âge scolaire qui font état de conséquences sur le sommeil, l'humeur ou les troubles de l'attention.