Vietnam : Démission du président, sur fond d'enquête anti-corruption

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Par euronews  avec AFP, AP
ARCHIVES - Le président vietnamien Nguyen Xuan Phuc lors du sommet de l'APEC à Bangkok, le 19/11/2022
ARCHIVES - Le président vietnamien Nguyen Xuan Phuc lors du sommet de l'APEC à Bangkok, le 19/11/2022   -   Tous droits réservés  Jack Taylor/AP

Nguyen Xuan Phuc "a présenté sa démission des postes qu'il occupait, quitté son emploi et pris sa retraite".

C'est en ces termes que l'agence d'Etat VNA a annoncé le départ du président.

Depuis plusieurs jours, le pays bruissait de rumeurs autour d'une destitution imminente dans le cadre d'une vaste purge anticorruption.

Ce départ soudain est très inhabituel au Vietnam où les changements politiques sont généralement orchestrés avec soin par le régime communiste, soucieux de donner une apparence de stabilité.

Eduardo Munoz/AP
Archives : le président vietnamien Nguyen Xuan Phuc, lors de la 76ème Assemblée générale de l'ONU à New York, le 22/09/2021Eduardo Munoz/AP

La démission de M. Phuc "est sans précédent dans l'histoire du parti", note Nguyen Khac Gianc, chercheur au Centre vietnamien d'études économiques et stratégiques (Vietnam Centre for Economic and Strategic Studies, VESS).

Selon les médias d'Etat, le Parti communiste a estimé que M. Phuc portait la responsabilité d'actes répréhensibles commis par des membres de son gouvernement alors qu'il était Premier ministre, entre 2016 et 2021, avant qu'il n'accède à la présidence.

Son départ intervient à la suite du limogeage en janvier par l'Assemblée nationale de deux vice-Premiers ministres, Pham Binh Minh, qui était aussi ministre des Affaires étrangères, et Vu Duc Dam, principal responsable de la lutte contre le Covid-19 au Vietnam.

Au moins une centaine de hauts-fonctionnaires et de dirigeants d'entreprises ont été arrêtés ces derniers mois pour un scandale de distribution de tests de dépistage du Covid.

Corruption et luttes internes au Parti communiste

Le Vietnam est dirigé par le Parti communiste. A la tête du régime autoritaire se trouvent officiellement le secrétaire général du Parti, le président et le Premier ministre, les principales décisions étant prises par le Politburo, qui compte actuellement 16 membres.

M. Phuc, 68 ans, avait été élevé en 2021 à la fonction largement honorifique de président après avoir reçu des louanges pour sa gestion, jugée globalement efficace, de la pandémie.

Selon Le Hong Hiep, chercheur à l'Institut ISEAS-Yusof Ishak de Singapour, la démission de M. Phuc pourrait également être liée à des luttes intestines au sein du Parti.

"C'est principalement lié aux enquêtes sur la corruption. Mais nous ne pouvons pas exclure la possibilité que ses rivaux politiques aient également voulu le démettre pour des raisons politiques", a déclaré à l'AFP cet analyste.

"Certains politiciens vont essayer de décrocher le gros lot", a expliqué Le Hong Hiep, suggérant que les rivaux politiques de M. Phuc ont voulu se débarrasser de lui "pour dégager la voie à un autre candidat au poste suprême".

Les candidats incluent To Lam, l'actuel ministre de la Sécurité publique, estime M. Hiep, selon qui le changement ne devrait pas avoir de conséquences significatives pour la politique du pays.