Plus de business, moins d'armée : la nouvelle stratégie d'Emmanuel Macron en Afrique

Le président français Emmanuel Macron
Le président français Emmanuel Macron Tous droits réservés STEFANO RELLANDINI / POOL / AFP
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Par Alexander Kazakevich
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Emmanuel Macron en Afrique : vers une nouvelle stratégie d'influence

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Deux jours après avoir prononcé, pour la seconde fois de sa présidence, un grand « discours africain », Emmanuel Macron a été accueilli ce mercredi au Gabon. Il poursuit sa tournée par des étapes en Angola, au Congo et en République démocratique du Congo.

Le président français reste à distance de l’Afrique de l’Ouest : du Mali, où les mercenaires russes du groupe « Wagner » supplantent depuis août les troupes françaises, et du Burkina Faso, où Paris a subi une perte d’influence. Le chef de l’État peut compter sur des liens soudés et anciens en Afrique centrale, mais les risques sont également nombreux pour celui qui vient de fixer un nouveau cap dans sa politique africaine.

Moins de politique sécuritaire, plus de business, voilà à quoi ressemble la nouvelle formule "pragmatique" du président français. « La France doit reconnaître qu'elle a des intérêts en Afrique », a déclaré Macron, ajoutant qu'ils doivent être défendus, « en faisant preuve d'un maximum de respect » pour les partenaires.

Nouvelle stratégie, anciens dirigeants

Mercredi, l'avion du dirigeant français s'est posé à Libreville, où il coanime le « One forest Summit » - un sommet au cours duquel, selon l'Elysée, des « solutions concrètes » seront évoquées pour sauver la forêt gabonaise, deuxième poumon vert de la planète après la forêt amazonienne.

Outre sa riche biodiversité, le Gabon abrite également une partie de l'armée française. Une des quatre bases militaires permanente du pays en Afrique se trouve dans le pays côtier. 

Membre du Commonwealth depuis 2022, le pays est dirigé par le clan Bongo depuis 56 ans. Pour Thierry Vircoulon , chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), l'Afrique centrale est « la partie la moins démocratique du continent ».

Après le Gabon, Macron se rend en Angola, au Congo et en République démocratique du Congo voisins. Tous sont classés comme "régimes autoritaires" par l'Indice de démocratie élaboré chaque année par le groupe de presse The Economist, bien que l'Angola fasse partie des pays où les droits humains ont le plus progressé entre 2021 et 2022.

La carte de l'Indice de démocratie 2022. La Thaïlande, l'Angola, le Niger, le Montenegro et la Grèce ont vu les améliorations de la démocratie les plus importantes.

La RDC, en proie aux tensions internes, partage un conflit frontalier avec le Rwanda voisin. La Ligue des droits de l’homme et 30 autres ONG ont appelé Emmanuel Macron à « _placer le respect de la démocratie_» au cœur sa visite à Kinshasa, et à dialoguer avec la société civile "garante du respect des principes démocratiques". 

Le Congo-Brazzaville connaît des difficultés similaires. Plus jeune président de la cinquième République, Emmanuel Macron n'avait que deux ans quand son homologue Denis Sassou-Nguesso a accédé pour la première fois au pouvoir.

Ludovic Marin/AP
Le président français Emmanuel Macron avec le président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso lors de la COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 7 novembre 2022Ludovic Marin/AP

L'Angola lusophone, dépendant des investisseurs étrangers, n'est pas lié à la France par l'histoire coloniale. Mais, selon Thierry Vircoulon, le pays se distingue politiquement peu de ses voisins : « L'Angola est dans la même situation : le parti au pouvoir n'a pas été interrompu au pouvoir depuis l'indépendance en 1975 Les présidents ont changé , mais le même parti est resté au pouvoir. Tout le monde sait que la démocratie n'est pas à l'ordre du jour dans cette région".

Une baisse d'influence en Afrique de l'Ouest

L'absence de démocratie n'empêche pas la France d'entretenir des liens étroits avec ces pays, notamment dans un contexte de baisse d'influence en Afrique de l'Ouest. Depuis le retrait des militaires français du Mali en août dernier, sur le terrain les mercenaires du groupe Wagner ont pris la place des officiers de l'opération Barkhane.

Le contingent français va bientôt également se retirer du Burkina Faso. Thierry Virculon n'exclut pas la tentative d'Evgueni Prigojine, chef de Wagner, d'infiltrer le Burkina Faso et de s'en servir comme "plate-forme logistique". C'est ce qu'indique le rapport "La zone grise : l'engagement militaire, mercenaire et criminel de la Russie en Afrique", publié par l'ONG Global Initiative. "C'est un marché prometteur ", estime l'expert, " de nombreux gouvernements sont dans une situation difficile en termes de sécurité et recherchent une protection extérieure ".

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