Accord nucléaire AUKUS : Pékin et Moscou dénoncent un retour à la guerre froide

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Par euronews avec agences
Les dirigeants américain, britannique et australien à San Diego ce lundi
Les dirigeants américain, britannique et australien à San Diego ce lundi   -  Tous droits réservés  AP Photo

Moscou et Pékin n'ont pas tardé à dénoncer l'accord nucléaire majeur conclu ce lundi à San Diego entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie pour la sécurité dans la région Indo-Pacifique. L'Agence internationale de l'énergie atomique s'est également inquiétée des risques de prolifération des armes nucléaires.

Dès mardi, la Russie est montée au créneau pour accuser les Etats-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni d'orchestrer "des années de confrontation" en Asie, en lançant leur alliance sur les sous-marins nucléaires baptisée AUKUS.

"Le monde anglo-saxon bâtit des structures de bloc comme AUKUS, avançant l'infrastructure de l'Otan en Asie, et faisant sérieusement le pari de longues années de confrontation", a déclaré lors d'un discours à Moscou le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

L'Agence internationale de l'énergie atomique s'est également montrée circonspecte face au risques de prolifération posés par l'accord pour construire en Australie une nouvelle génération de sous-marins nucléaires.

"A terme, l'Agence doit veiller à ce qu'aucun risque de prolifération n'émane de ce projet", a déclaré le directeur général de l'instance onusienne, Rafael Grossi, dans un communiqué. "Les obligations légales des parties et les enjeux de non-prolifération sont primordiaux", a-t-il insisté.

De son côté, la Chine a dénoncé une "voie erronée et dangereuse", violant les objectifs du Traité de non-prolifération avec "un risque grave de prolifération nucléaire". L'alliance militaire AUKUS vise précisément à contenir son expansionnisme dans le Pacifique.

"Ces trois pays s'engagent de plus en plus sur une voie erronée et dangereuse, au profit de leurs seuls intérêts géopolitiques et au mépris total des préoccupations de la communauté internationale", a fustigé devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

Accusant les trois pays occidentaux d'inciter à une course aux armements, avec une alliance incarnant "une façon de penser typique de la Guerre froide", il a ajouté que la vente des sous-marins "constitue un risque grave de prolifération nucléaire et va à l'encontre des buts et objectifs du Traité de non-prolifération".

Lundi, depuis une base navale de San Diego, le président américain Joe Biden a annoncé une coopération "sans précédent", entouré des Premiers ministres australien Anthony Albanese et britannique Rishi Sunak.

Avec un principe "crucial", a-t-il martelé : "ces sous-marins seront à propulsion nucléaire, mais ne porteront pas d'armes nucléaires", pour respecter le principe de non-prolifération.

"Nous nous mettons dans la meilleure position qui soit pour faire face ensemble aux défis d'aujourd'hui et de demain", a précisé Joe Biden. Il avait implicitement fait référence à la Chine en affirmant que l'alliance AUKUS devait assurer que "la zone indo-pacifique reste libre et ouverte". Une formule qui dans le jargon diplomatique américain désigne la volonté de contrer l'influence chinoise dans la région.

Dans la troisième et la plus ambitieuse étape du programme, les Etats-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni vont s'associer pour une nouvelle génération de sous-marins d'attaque baptisée SSN AUKUS.

Cela impliquera un gigantesque effort industriel, surtout pour l'Australie qui doit se doter d'un nouveau chantier naval à Adelaïde (Sud). 

Les sous-marins doivent être livrés à partir de la fin des années 2030 et du début des années 2040.