Otages européens en Iran : "des monnaies d'échange depuis 1979"

Des dizaines de proches de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux Français détenus en Iran, se sont rassemblés au pied de la tour Eiffel, dimanche.
Des dizaines de proches de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux Français détenus en Iran, se sont rassemblés au pied de la tour Eiffel, dimanche. Tous droits réservés THOMAS SAMSON/AFP or licensors
Par Eva KandoulEstelle Nillsson-Julien, Ilaria Federico
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Une quinzaine d'européens sont emprisonnés dans des prisons iraniennes. Le bras de fer diplomatique se poursuit entre l'Iran et les gouvernements européens pour libérer les ressortissants étrangers.

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Libres depuis vendredi. Deux otages français, Benjamin Brière et Bernard Phelan ont été libérés mais il reste une quinzaine d'européens derrière les barreaux des prisons iraniennes.

"Toutes les nationalités européennes sont représentées. Il y a des Suédois, des Britanniques, des Français", explique Raphaël Chenuil-Hazan, à la tête de l'ONG Ensemble contre la peine de mort.

"Tout ma vie a changé depuis que ma mère a été arrêtée", confie Mariam Claren, la fille de Nahid Taghavi, détenue dans la prison d'Evin depuis octobre 2020.

"Ils voient des espions partout"

Voyageuse, la militante germano-iranienne Nahid Taghavi a été arrêtée alors qu'elle était en Iran. Mais les Européens binationaux peuvent aussi être en danger en dehors de la République islamique d'Iran. "Pour les otages politiques, le régime iranien est prêt à faire des enlèvements extraterritoriaux", affirme Raphaël Chenuil-Hazan. Un Suédois iranien, Habib Farajollah Chaab, a été exécuté samedi dernier après avoir été enlevé en Turquie. Il était condamné à mort pour terrorisme. L'année dernière, 576 personnes ont été exécutés en Iran, selon un rapport d'Amnesty International publiée aujourd'hui.

L'atteinte à la sécurité nationale du pays est l'accusation est la plus fréquente. "Il y a aussi cette folie, cette crainte de l'espionnage. Ils voient des espions partout", poursuit le directeur exécutif de Ensemble Contre la Peine de Mort.

Binationaux ou pas, les européens sont utilisés comme monnaie d'échange. "Voilà à quoi servent les otages",lance Raphaël Chenuil-Hazan."Et malheureusement, cette diplomatie de l'otage marche parce que l'Europe continue à négocier", déplore-t-il.

La "diplomatie de l'otage"

La "diplomatie de l'otage" est une expression souvent utilisée pour décrire la politique étrangère de l'Iran. "Il y a une partie de l'establishment iranien qui pense que la seule manière d'obtenir quelque choses des Occidentaux, c'est de leur mettre la pression en prenant des otages", affirme Thierry Coville, chercheur spécialiste de l'Iran à l'IRIS. "Ils sont convaincus qu'instaurer un rapport de force est la seule chose qui fonctionne".

La stratégie n'est pas nouvelle. Les otages sont une "monnaie d'échange historique en Iran depuis le début du régime en 1979", poursuit l'auteur de L'Iran, une puissance en mouvement

Une politique d'une efficacité avérée dans le passé. "Un belge dont nous n'avons pas l'identité, a été un objet de négociations pour la libération de Assadollah Assadi, un diplomate iranien à Vienne qui a été condamné en Europe et en Belgique pour la tentative d'attentat terroriste à Villepinte, en France", explique Raphaël Chenuil-Hazan.

"En Iran, le respect de la loi internationale compte peu", affirme t-il. 

L'otage français "Benjamin Brière n'a évidemment pas – ni jamais – bénéficié d'une forme de procès équitable devant des juges impartiaux. Il n'a bénéficié d'aucun droit à se défendre, d'aucun accès aux éléments de l'accusation, aucune possibilité de préparer et présenter une défense devant les juges du tribunal révolutionnaire", avait déclaré son avocat français Philippe Valent dans un communiqué à l'AFP, alarmé par l'état de santé de son client.

Des réactions européennes insuffisantes

Condamnations et sanctions : Bruxelles n'est pas resté de marbre face aux arrestations de ses ressortissants. En janvier dernier, les eurodéputés avaient voté une résolution plaçant les Gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes. 

Une décision qui n'a finalement pas pu être mise en place. "C'est quelque chose qui ne peut être décidé sans un tribunal. Une décision de justice est nécessaire", avait rappelé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell en janvier dernier.

Mais ces réactions sont jugées inefficaces mais aussi insuffisantes.

"Nous pouvons faire mieux que ce que nous faisons actuellement", affirme Bart Groothuis, député européen et vice-président de la délégation UE en Iran. 

"Le Parlement européen a demandé plus de sanctions contre les Gardiens de la révolution en tant qu'organisation terroriste dans son ensemble, et cela ne s'est toujours pas concrétisé." ajoute le député européen. Une volonté politique européenne qui peine à se matérialiser.

Instaurer un dialogue, c'est instaurer un rapport de force.
Thierry Coville
Chercheur à l'IRIS, spécialiste de l'Iran

La discussion reste la clé de la libération des otages européens. "Ce n'est pas parce qu'on discute, qu'on cède", affirme le spécialiste Thierry Coville. "Instaurer un dialogue, c'est instaurer un rapport de force et essayer d'atteindre l'objectif de sortir ces personnes de là", conclue t-il.

Objectif atteint par le Quai d'Orsay vendredi pour Benjamin Brière et Bernard Phelan. "On a une énorme pensée pour les cinq otages français et les autres européens. On va continuer de se battre avec eux et pour eux", a réagit la sœur de Benjamin Brière après la libération de son frère vendredi.

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