Procès, showbusiness et Milan AC : comment Silvio Berlusconi a changé la politique italienne ?

 Silvio Berlusconi addresses a rally in Rome, Saturday, Oct. 19, 2019
Silvio Berlusconi addresses a rally in Rome, Saturday, Oct. 19, 2019 Tous droits réservés Alessandra Tarantino/Copyright 2022 The AP. All rights reserved
Par Alessio Dell'Anna
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Souvent considéré comme annonciateur de la politique moderne, Berlusconi a introduit les méthodes de communication du showbiz dans la politique, devenant ainsi la figure la plus polarisante du pays.

L'ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi est décédé à l'âge de 86 ans après avoir été hospitalisé pour une leucémie.

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Issu d'une famille de la classe moyenne milanaise, il a d'abord connu le succès en tant que promoteur immobilier avant de devenir un magnat des médias, puis de se lancer dans la politique.

Il a dominé la scène publique pendant 30 ans, remportant trois élections générales et changeant le cours de la politique italienne.

Un succès toutefois partiellement éclipsé par de nombreux scandales et faux pas. Euronews se penche sur son héritage.

1 homme, 36 procès

Berlusconi a fait l'objet de 36 procès - un record pour un Premier ministre italien - souvent pour des accusations extrêmement graves telles que l'affiliation à la mafia, la corruption et la prostitution de mineures. La seule condamnation définitive a été prononcée en 2013 pour fraude fiscale. Il a été expulsé du parlement et a perdu le titre convoité de "Cavaliere del Lavoro" ou "Chevalier du travail". Il a souvent accusé ses protecteurs d'être "rouges/communistes" et "politisés".

L'incroyable première victoire électorale

Berlusconi remporte sa première élection en 1994, quatre mois seulement après avoir fondé son parti, Forza Italia. Il s'agit d'une double victoire : il bat la coalition de centre-gauche, favorite et plus importante, et parvient en même temps à ressusciter politiquement le camp de centre-droit après qu'un gigantesque scandale de corruption en 1992 l'a presque anéanti.

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Silvio Berlusconi en 2009, lors de l'enregistrement de l'émission "Porta a Porta" sur la Rai 1.TIZIANA FABI/AFP

La communication avant tout

Le succès politique de Silvio Berlusconi est dû en grande partie à ses talents de communicant.

Magnat des médias, il a apporté à la politique des scénarios dignes de la télévision, avec des slogans accrocheurs tels que "Je me lance" ou "L'amour l'emporte toujours sur la haine et l'envie". Il n'a pas hésité à utiliser son empire médiatique à des fins de propagande politique, parfois même dans des émissions de divertissement. Cela a suscité des appels en faveur de lois plus strictes sur les conflits d'intérêts, mais aucun gouvernement, de gauche ou de droite, ne s'est jamais vraiment penché sur la question.

Personnalisation de la politique

Avant Berlusconi, la politique italienne était polarisée entre les catholiques et les communistes. Après Berlusconi, elle est devenue pro-Berlusconi VS anti-Berlusconi. L'un des hymnes officiels de son parti s'intitule "Meno male che Silvio C'e", c'est-à-dire "Dieu merci, nous avons Silvio". Il n'a jamais désigné de successeur et il est difficile d'imaginer un avenir pour Forza Italia sans son fondateur.

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"Forza Silvio", des fans du "Cavaliere" ont déposé une effigie de la Vierge Marie devant l'hôpital milanais où il était hospitalisé.GABRIEL BOUYS/AFP or licensors

Seul Premier ministre italien à avoir terminé un mandat

De 2001 à 2006. Berlusconi est le seul Premier ministre de l'histoire républicaine de l'Italie à être resté aux commandes pendant cinq années consécutives, jusqu'à la fin effective de son mandat. Cela n'a toutefois pas suffi à lui assurer un second mandat consécutif, puisqu'il a perdu le scrutin de 2006 face à son grand rival Romano Prodi.

Unir les "Romains" et les "Nordiques

Berlusconi a réussi la tâche très difficile de réunir le parti séparatiste de la Ligue du Nord et l'Alliance nationale "loyaliste", aujourd'hui Frères d'Italie. Une relation souvent troublée, mais qui s'est soldée par plusieurs succès électoraux. Les deux partis sont encore alliés aujourd'hui dans le gouvernement de Giorgia Meloni. Une liaison longue et rare, compte tenu de l'extrême volatilité de la politique italienne.

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Giorgia Meloni, Silvio Berlusconi et Matteo Salvini réunis à Rome (Italie), le 1er mars 2018.ALBERTO PIZZOLI/AFP or licensors

AC Milan

Berlusconi n'a pas seulement ressuscité un camp politique, mais aussi une équipe de football. Il a sorti l'AC Milan du fond du classement de la Serie A pour le hisser à cinq reprises au sommet de la Ligue des champions. En Italie, il a remporté plus de titres que tout autre propriétaire de club de football.

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Silvio Berlusconi et les joueurs de l'AC Milan, le 21 août 2011 au stade San Siro de Milan.OLIVIER MORIN/AFP
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