"Inutiles de feindre un faux suspense". À l'issue de trois semaines de procès, le parquet général annonce qu'il réclamera "des peines d'inéligibilité" et la confirmation des culpabilités pour Marine Le Pen et dix autres prévenus dans l'affaire des assistants parlementaires européens.
La parole est à l'accusation. Après la plaidoirie des deux avocats du Parlement européen, la journée de ce mardi 3 février s'annonce longue à la cour d'appel de Paris pour Marine Le Pen et ses coprévenus, dans ce nouveau procès des assistants parlementaires européens du FN, devenu RN.
Les réquisitions du parquet général rythmeront tout l'après-midi et se prolongeront en début de soirée.
Dès l'ouverture de sa prise de parole, le premier avocat général Thierry Ramonatxo, cité par les médias français, a levé le voile sur un point aux conséquences potentiellement lourdes pour la vie politique du pays. "Inutile de feindre un faux suspense", a-t-il déclaré, ajoutant que des "peines d'inéligibilité seront bien requises".
Marine Le Pen avait été reconnue coupable en première instance, le 31 mars 2025, de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Elle avait été condamnée à quatre ans de prison (dont deux avec sursis), 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate pour cette dernière.
Les juges ont considéré qu'il existait un "système" organisé destiné à détourner les enveloppes versées par le Parlement européen pour payer des assistants parlementaires du FN, afin d'utiliser cet argent à des fins partisanes.
Cette peine fait désormais l'objet d'un second examen par la cour d'appel, dont les audiences se tiennent du 13 janvier au 12 février 2026, avec un verdict attendu avant l'été prochain.
À la veille de l'ouverture du procès en appel, la dirigeante d'extrême droite a déclaré qu'elle espérait convaincre les magistrats de son innocence, affirmant que "l'affaire va être remise à zéro" et qu'elle souhaite "dire la vérité" pour être mieux entendue par la cour.
Qui pour représenter le RN à la présidentielle ?
Si, en appel, Marine Le Pen est condamnée à deux ans ou moins d'inéligibilité, la cheffe de file des députés Rassemblement national pourrait se présenter à la prochaine présidentielle, puisque l'ex-présidente du parti a commencé à purger sa peine dès le 31 mars de l'année passée. En revanche, une peine plus lourde pourrait l'empêcher de se lancer dans une quatrième campagne présidentielle.
Les électeurs du RN attendent donc toujours de savoir quel bulletin ils pourront glisser dans l'urne. Et, déjà, les tractations ont débuté. Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 14 janvier dernier, 58 % de ces électeurs donnent leur préférence à Jordan Bardella, contre 35 % à Marine Le Pen.
En prenant en compte l'ensemble des Français sondés, 31 % estiment que le président du RN est le meilleur candidat pour le parti, contre 18 % pour Marine Le Pen. 51 % d'entre eux ne donnent leur préférence ni à l'un, ni à l'autre.
Début décembre, Ipsos révélait que Jordan Bardella disposait d'un potentiel électoral "très légèrement" supérieur à celui de Marine Le Pen. Selon l'institut de sondage, "38 % des Français pourraient voter pour lui, dont 19 % certainement et 19 % probablement, contre 36 % pour l’ancienne candidate du parti (18 % certainement et 18 % probablement)".
Cette différence vient surtout des sympathisants Les Républicains, dont 16 % pourraient voter pour Bardella mais pas pour Marine Le Pen, indique Ipsos.
Certains électeurs du RN ont déjà tranché. Si 34 % des sondés pourraient voter pour l'un ou l'autre, 5 % de ceux qui choisiraient Jordan Bardella ne mettraient pas de bulletin pour Marine Le Pen, tandis que 2 % des électeurs RN privilégieraient l'ancienne présidente du parti au détriment de l'actuel.