De nombreuses compagnies aériennes annulent leurs vols vers Cuba, car elles ne sont pas assurées de pouvoir ravitailler leurs avions à l'aéroport de La Havane. Le tourisme constitue pourtant un pilier essentiel de l’économie.
La situation à Cuba est de plus en plus difficile. Ce lundi 9 février, les autorités aéronautiques cubaines ont averti les compagnies aériennes qu’il n’y a pas assez de carburant pour ravitailler les avions sur l’île, la dernière étape de leurs mesures de rationnement énergétique.
Le gouvernement a publié les avis destinés aux compagnies aériennes et aux pilotes prévenant que le carburéacteur ne sera plus disponible dans neuf aéroports de l’île, dont l’aéroport international José Martí à La Havane, à partir de ce mardi et jusqu’au 11 mars.
Si le rationnement ne perturbera probablement pas les vols régionaux, il représente un défi majeur pour les liaisons long-courriers en provenance de pays comme la Russie et le Canada, pilier essentiel de l’économie touristique de Cuba. Lundi, Air Canada a annoncé la suspension de ses vols vers l’île, tandis que d’autres compagnies ont indiqué des retards et des escales en République Dominicaine avant de poursuivre vers La Havane.
Donald Trump, responsable de la situation
Cette situation critique a été provoquée par Donald Trump, qui a signé, fin janvier, un décret exécutif imposant un tarif sur tous les biens provenant de pays qui vendent ou fournissent du pétrole à Cuba. Une mesure qui paralyse davantage encore une île déjà en proie à une crise énergétique grandissante.
Un pilote a indiqué que, bien que des problèmes de ravitaillement se soient déjà produits, une annonce d’une telle ampleur est extraordinaire même pour une île habituée à la crise permanente. La dernière fois que de telles coupures ont eu lieu, il y a plus d’une décennie, les avions à destination de l’Europe faisaient escale aux Bahamas, se souvient-il.
Aujourd’hui, les compagnies régionales pourraient éviter les difficultés en embarquant davantage de carburant, tandis que d’autres pourraient se ravitailler à Cancún, au Mexique, ou en République dominicaine.
Les Cubains pourront, eux, acheter jusqu'à 20 litres de carburant à la fois, mais seulement uniquement en dollars.
Les autorités cubaines ont également annoncé la réduction des horaires d’ouverture des banques et la suspension d’événements culturels. À La Havane, le réseau de bus publics s’est pratiquement arrêté, laissant les résidents bloqués alors que les coupures d’électricité chroniques et les longues files d’attente pour le carburant atteignent un point de rupture.
Les habitants tentent donc de s'adapter à cette situation. "On utilise le bicitaxi, qui fonctionne sur batterie, parce qu'il n'y a rien d'autre ici. C'est comme ça que nous faisons face à la situation ici", explique une Cubaine.
Indignation de Mexico
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a promis lundi que son pays enverrait de l'aide à Cuba et utiliserait tous les moyens diplomatiques pour reprendre les livraisons de pétrole à la nation insulaire.
"C'est une chose d'être en désaccord avec les politiques du régime cubain. Mais cette opposition ne doit pas avoir d'effet sur le peuple", a-t-elle déclaré, précisant négocier avec Washington pour pouvoir reprendre les livraisons de pétrole.
Les sanctions américaines contre Cuba existent depuis plus de six décennies et ont longtemps freiné l’économie cubaine. Elles ont atteint de nouveaux extrêmes après une opération militaire qui a enlevé l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, et Donald Trump a adopté un ton encore plus belliqueux envers l’Amérique latine.
Pour de nombreux Cubains, la crise se traduit par des coupures d’électricité pouvant durer jusqu’à dix heures, des pénuries de carburant pour les véhicules et un manque de nourriture ou de médicaments que beaucoup comparent à la grave dépression économique des années 1990, connue sous le nom de "Période spéciale", qui a suivi la chute de l’Union soviétique.