Selon le ministre de l'Intérieur, une marche en hommage au militant nationaliste de 23 ans, frappé à mort, pourra se tenir samedi à Lyon. La veille, le maire a demandé son interdiction, craignant des "débordements violents".
Une semaine après le drame, l'enquête s'accélère. Après l'interpellation d'au moins onze personnes en lien avec la mort de Quentin Deranque, sept hommes âgés de 20 à 26 ans ont été mis en examen jeudi soir à Lyon, dont six pour "homicide volontaire".
Jacques-Elie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, a quant à lui été mis en examen pour "complicité de meurtre par instigation" et placé en détention provisoire.
Quatre personnes restent en détention, tandis que quatre autres ont été remises en liberté. Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a précisé que les enquêteurs n'avaient pas encore identifié toutes les personnes impliquées dans les violences ayant coûté la vie au militant d'extrême droite, survenues en marge de la conférence donnée par l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan.
Complicité de meurtre : que dit le code pénal ?
L'infraction de meurtre, passible de 30 ans de prison, est "plutôt connue du grand public", déclare à Euronews Cem Alp, avocat pénaliste au barreau de Lyon.
Concernant le chef d'accusation retenu contre Jacques-Elie Favrot, Me Alp précise qu'en droit français, le complice encourt la même peine que l'auteur du meurtre :
L'avocat précise que lecode pénaldistingue deux formes de complicité de meurtre : on peut être poursuivi soit pour avoir provoqué l'infraction – par un don, une promesse, une menace, un ordre ou un abus d'autorité – soit pour avoir donné des instructions claires et précises, notamment sur les modalités d'exécution.
Le fait que l'ancien assistant de Raphaël Arnault soit soupçonné de complicité pourrait signifier que, selon le parquet, il "n'a pas porté de coups, mais a participé au meurtre, soit en le provoquant, soit en donnant des instructions", analyse le pénaliste, en soulignant que cette interprétation reste sous réserve des conclusions de l'enquête.
Trois employés de Raphaël Arnault impliqués
D'après l'AFP, la plupart des suspects sont connus pour leur proximité avec le mouvement d'ultragauche antifasciste "La jeune garde", fondé en 2018 à Lyon par Raphaël Arnault et dissous en juin 2025 par le ministère de l'Intérieur.
Depuis quelques jours, Raphaël Arnault est sous le feu des critiques. Un deuxième ancien collaborateur de l'élu, Adrien Besseyre, dont le contrat avait pris fin quelques jours avant les événements, fait également partie des mis en examen pour "homicide".
L'actuel assistant de Raphaël Arnault, Robin C., est soupçonné d'avoir hébergé et porté assistance à Adrien Besseyre, selon Le Parisien. Il n'est plus en détention et sera convoqué ultérieurement au tribunal pour répondre de "recel de malfaiteur", rapporte l'AFP.
Ce dernier apparaît toujours sur le site du Parlement sous le pseudonyme Robin Michel. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet a déclaréavoir demandé "que les contrats de l'ensemble des collaborateurs soient examinés", et que le recours aux noms d'usage soit interdit.
Des appels à l'exclusion du député Arnault du groupe insoumis, voire à sa démission, ont été lancés par ses opposants politiques.
"La décision ira dans le sens des déclarations du ministre" (préfecture à Euronews)
Des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes, dont Nantes et Nice, en hommage à Quentin Deranque.
À Lyon, son meurtre continue de susciter des tensions. La préfecture du Rhône devait annoncer vendredi midi si une marche en hommage à Quentin, déclarée par Aliette Espieux, figure du mouvement anti-avortement, prévue pour samedi après-midi, serait autorisée ou non dans le 7e arrondissement.
La veille, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, avait réclamé l'interdiction de la marche, craignant la "venue d'individus susceptibles de commettre des violences".
Vendredi matin, sur le plateau de RTL, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a coupé l'herbe sous le pied de la préfète, en affirmant qu'il ne demandait pas l'interdiction de cette manifestation, qui, selon lui, sera encadrée par un "dispositif policier extrêmement important".
Jusqu'à 3 000 personnes pourraient y participer, estime le ministre. Une source préfectorale confirme à Euronews que la décision définitive "ira dans le sens des déclarations" de Laurent Nuñez.
Par ailleurs, des appels à éviter le secteur de la marche, voire à organiser une contre-manifestation, circulent sur les réseaux et dans l'espace public.
L'affaire électrise également la campagne municipale à Lyon, où l'ensemble des candidats se positionnent sur la gestion de la crise après le meurtre de Quentin.
Jeudi, le candidat de la droite et du centre, Jean-Michel Aulas, a appelé, dans une tribune, à ce que le portrait du jeune homme soit affiché sur l'hôtel de ville. Une demande qualifiée d'"indécente" et de déplacée dans "la capitale de la résistance" par son adversaire, Grégory Doucet.
Par ailleurs, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a recommandé, dans une lettre adressée à ses cadres et consultée par plusieurs médias français, de ne pas se rendre aux rassemblements d'hommage à Quentin Deranque ni "n'y associer" le parti d'extrême droite qu'il dirige.