Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Mort de Quentin : la dissolution des groupuscules est-elle vraiment efficace?

Des personnes brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Au revoir camarade » lors d'une marche organisée à Lyon, en France, le samedi 21 février 2026,
Des personnes brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Au revoir camarade » lors d'une marche organisée à Lyon, en France, le samedi 21 février 2026, Tous droits réservés  AP Photo
Tous droits réservés AP Photo
Par Sophia Khatsenkova
Publié le
Partager Discussion
Partager Close Button

Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur une possible reconstitution du mouvement La Jeune Garde dissous en juin 2025. Le dossier ravive la question de l’efficacité des dissolutions face à des réseaux capables de se recomposer.

Une enquête a été ouverte par le Parquet de Paris après un signalement du Ministère de l'Intérieur soupçonnant une reconstitution de La Jeune Garde, mouvement d’ultragauche dissous en juin 2025, ce mercredi.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Dans un message transmis à Euronews, le parquet de Paris retrace l’origine de la procédure. Il confirme avoir été saisi ce mardi d’un signalement de l’Intérieur “dénonçant la reconstitution, sous forme de structures satellites, de la Jeune Garde."

Concrètement, une enquête a été confiée à la Section de recherches (SR) de la gendarmerie, précise encore le parquet.

Un recours contre la dissolution de la Jeune Garde avait été déposé devant le Conseil d’État et une audience prévue le 11 février a été reportée, rappelle le Parquet de Paris.

Cette procédure intervient dans un climat déjà hautement inflammable depuis la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, passé à tabac le 12 février en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à l’Institut d'études politiques de Lyon.

Sept personnes ont été mises en examen : six pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, et une pour complicité.

Parmi les mis en cause figure notamment Jacques-Éli Favrot, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, co-fondateur de la Jeune Garde.

La question qui s’impose désormais avec l’ouverture de cette enquête : dissoudre permet-il vraiment de faire disparaître un groupement, ou plutôt de le pousser à se recomposer ?

En France, l’outil est encadré par une loi de 1936, qui permet de dissoudre un groupe s’il provoque des agissements violents, s’apparente à une milice privée ou contribue à la discrimination et à la haine.

Depuis 2017, plus d'une quarantaine de groupuscules ont été dissous par le gouvernement d'Emmanuel Macron, notamment : à l’ultradroite, Bastion social (2019), Génération identitaire (2021), Zouaves Paris (2022) ou le Groupe Union Défense (2024) ; à l’ultragauche, le Groupe antifasciste Lyon et environs a été dissous en 2022.

Mais le Conseil d'État a aussi retoqué certaines dissolutions, comme celles de Défense collective et de Les Soulèvements de la Terre.

Quel impact sur le terrain ?

Sur le terrain, l’impact immédiat d’une dissolution est souvent décrit comme surtout organisationnel et financier, sans effacer mécaniquement un réseau. C’est ce que souligne Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, dans les colonnes du Parisien.

Pour lui, l’effet principal est de casser une dynamique et de décourager une partie des militants : "Ça désorganise. Ça fait s’éloigner généralement les militants les moins motivés, les plus récents, les plus jeunes, ceux qui se disent qu’ils sont en train de mettre en péril une carrière, ceux que la pression de la famille aussi convainc de renoncer. Mais ça ne fait pas renoncer tout le monde, loin s’en faut".

Et il met en garde contre l’idée d’une arme absolue : la dissolution n’est pas "une sorte d’arme nucléaire qui permettrait d’éradiquer, d’éliminer".

Un constat que partage, avec d’autres mots, Loïc Walder, délégué national d’UNSA Police. Pour lui, une dissolution ne bouleverse pas le travail quotidien des policiers.

Mais elle reste nécessaire, insiste-t-il auprès d'Euronews, parce qu’elle vise des groupes identifiés pour des actes violents : “Il est nécessaire aujourd'hui d'entamer des démarches pour ceux qui sont identifiés comme ayant commis des exactions violentes, des procédures de dissolution. C’est aussi une façon d’œuvrer différemment pour assurer la sécurité des citoyens.” Autrement dit, même si l’effet est limité, l’inaction serait pire.

Dans les opérations, la dissolution peut au moins ralentir une structuration, estime-t-il : “Quand vous allez dissoudre un groupuscule d'actions violentes, vous allez potentiellement freiner leur organisation."

Reste une difficulté de taille : certains réseaux apprennent et s’adaptent. “Il y a en fait une sorte de professionnalisation de ces groupuscules-là”, explique Loïc Walder, évoquant des camps d’entraînement et des tactiques pour “contourner nos méthodes”. Une “course” permanente, dit-il, qui pousse les forces de l’ordre à réadapter leurs schémas d’intervention.

Parallèlement, d’autres procédures de dissolution sont actuellement en cours : quatre groupes seraient visés (trois à l’extrême droite et un à l’extrême gauche).

Parmi ceux déjà cités, Patria Albiges — avec plusieurs condamnations pour violences et provocation publique à la haine — et le bloc Montpelliérain, soupçonné d’avoir passé à tabac des sympathisants communistes l’an dernier. Deux autres noms n’ont pas encore été rendus publics.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

Les obsèques de Quentin Deranque célébrées ce mardi à Lyon

Mort de Quentin : l'État saisit la justice quant à une possible "reconstitution" de la Jeune Garde

Mort de Quentin : la dissolution des groupuscules est-elle vraiment efficace?