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Mexique : après la mort de “El Mencho”, le cartel de Jalisco face au spectre d’une guerre interne ?

Un corps gît à côté d'un véhicule criblé de balles à Tapalpa, au Mexique, lundi 23 février 2026 (AP Photo/Marco Ugarte).
Un corps gît à côté d'un véhicule criblé de balles à Tapalpa, au Mexique, lundi 23 février 2026 (AP Photo/Marco Ugarte). Tous droits réservés  AP Photo
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Par David Artiles Garcia
Publié le
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La chute et la mort de'"El Mencho" ouvre un nouveau scénario pour le CJNG : un cartel décentralisé, avec un modèle de franchise criminelle et une présence internationale, qui pourrait survivre à l'absence de son chef.

La chute de Nemesio Oseguera Cervantes, alias " El Mencho ", n'est pas seulement un succès policier pour le gouvernement de Claudia Sheinbaum et l'administration de Donald Trump, c'est la fin d'une époque pour le trafic de drogue traditionnel.

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Le Cartel de Jalisco - Nouvelle Génération (CJNG) n'est plus une bande de tueurs à gages mais une structure décentralisée qui, selon les experts, pourrait bien survivre à l'absence de son fondateur.

Un modèle d'entreprise "soudé"

Carlos Malamud, chercheur à l'Institut royal Elcano et professeur d'histoire américaine, souligne que la grande différence entre le CJNG et ses prédécesseurs est sa capacité à opérer de manière multiforme.

"Contrairement au passé, où les cartels traditionnels se concentraient sur le trafic de drogue, ils ont aujourd'hui diversifié leurs activités et participent à pratiquement tous les marchés illicites", explique-t-il dans une interview accordée à Euronews. Cette "polyactivité" permet au cartel de ne pas dépendre d'un seul produit, comme le fentanyl ou la cocaïne, mais de contrôler les itinéraires, de percevoir des commissions d'extorsion et de gérer les marchés locaux.

Pour le chercheur, la structure actuelle est le reflet d'une vision stratégique: "Le cartel a compris qu'une activité plus décentralisée était plus efficace". Cette architecture opérationnelle suggère que le groupe aurait pu prévoir la succession. Carlos Malamud s'appuie sur l'histoire pour soulever un doute raisonnable sur le fait que, comme dans les dictatures à poigne, le passage de témoin est "bien ficelé" par une direction collégiale qui évite la fragmentation interne.

Journaux en vente à Mexico, le lundi 23 février 2026 (AP Photo/Jon Orbach)
Journaux en vente à Mexico, lundi 23 février 2026 (AP Photo/Jon Orbach) AP Photo

L'ombre d'"El Menchito" et la crise de succession

Malgré la structure décentralisée, le nom de Rubén Oseguera González, dit "El Menchito", continue de planer sur toute analyse de l'avenir. Le fils d'"El Mencho", extradé aux Etats-Unis en 2020 et faisant l'objet de plusieurs procès à Washington pour trafic de drogue et usage d'armes à feu, représentait le successeur naturel du "sang". Cependant, sa situation judiciaire sur le sol américain l'éloigne définitivement du contrôle opérationnel direct.

C'est cette absence d'héritiers directs sur le territoire mexicain qui pourrait ouvrir la porte à ce que Carlos Malamud définit comme "des leaderships alternatifs qui voudront s'imposer par la violence". En l'absence d'une figure ayant le poids symbolique des Osegueras, le cartel pourrait être confronté à une guerre interne entre ses différents "bras armés" ou factions régionales.

Des gardes nationaux patrouillent à l'extérieur de la morgue où reposent les corps de leurs camarades tombés lors d'attentats à Guadalajara, au Mexique (AP Photo/Marco Ugarte).
Des gardes nationaux patrouillent à l'extérieur de la morgue où reposent les corps de leurs camarades tombés lors d'attaques à Guadalajara, au Mexique. AP Photo

Technologie de pointe : le cartel qui "loue" sa marque

L'utilisation de drones et de véhicules blindés artisanaux (appelés "monstres" au Mexique) n'est pas seulement une tactique de guerre, mais aussi un message politique. "Ils utilisent des technologies de pointe : drones, intelligence artificielle... Ils ont les moyens d'embaucher des ingénieurs et des spécialistes", explique Carlos Malamud. Cette capacité technologique leur permet d'occuper "les espaces que l'État n'occupe pas", en s'installant dans des zones où l'appareil gouvernemental est insuffisant.

En outre, la CJNG a perfectionné un modèle de franchise. Au lieu d'envoyer ses propres hommes à chaque coin de rue, elle permet aux gangs locaux d'utiliser ses acronymes et ses méthodes en échange d'une part des bénéfices. Ce système est comparé par Carlos Malamud à une intégration régionale que les gouvernements d'Amérique latine n'ont pas réussi à mettre en place : "Les cartels interagissent efficacement entre eux tandis que les gouvernements continuent à faire la guerre chacun de leur côté".

Le secrétaire à la Défense nationale, le général Ricardo Trevilla Trejo, s'exprime sous le regard de la présidente Claudia Sheinbaum (AP Photo/Ginnette Riquelme)
Le secrétaire à la Défense nationale, le général Ricardo Trevilla Trejo, s'exprime sous le regard de la présidente Claudia Sheinbaum (AP Photo/Ginnette Riquelme) AP Photo

Le "Far West" arrive dans les ports européens

Bien que la principale cible de l'organisation soit la frontière nord, son impact en Europe est de plus en plus évident. Carlos Malamud met en garde contre la mondialisation du phénomène, les cartels mexicains sous-traitant des fonctions aux mafias des Balkans pour opérer en Europe. "Le trafic de drogue affecte les sociétés européennes. Il suffit de voir ce qui se passe dans des ports comme Rotterdam ou Anvers, qui ressemblent de plus en plus au Far West", prévient l'expert.

La collaboration avec le gouvernement de Donald Trump a été "extrêmement efficace" en termes de renseignement, mais le défi pour l'Europe est désormais technique et social. La dégradation de la sécurité aux frontières aux Pays-Bas et en Belgique est la preuve que le CJNG et ses alliés ont réussi à franchir l'Atlantique, transformant le crime organisé en un défi mondial qui ne s'arrête pas à la capture d'un seul homme.

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