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En Espagne, la révolution des renouvelables devrait contenir les factures malgré la flambée du gaz

PHOTO D'ARCHIVES - Un arbre entouré de panneaux solaires à Los Arcos, dans la province de Navarre, dans le nord de l’Espagne, le vendredi 24 février 2023.
PHOTO D'ARCHIVE - Un arbre entouré de panneaux solaires à Los Arcos, dans la province de Navarre, dans le nord de l'Espagne, le vendredi 24 février 2023. Tous droits réservés  AP Photo/Alvaro Barrientos, file
Tous droits réservés AP Photo/Alvaro Barrientos, file
Par Ruth Wright & AP
Publié le Mis à jour
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En six ans, l'Espagne a massivement investi dans l'éolien et le solaire, ce qui en fait l'un des pays où l'électricité est la moins chère d'Europe.

La guerre en Iran a plongé le monde dans une crise énergétique fulgurante. La fermeture du détroit d'Ormuz et la baisse des exportations d'énergie du Moyen-Orient font craindre une nouvelle envolée des factures pour des ménages déjà sous pression.

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Mais un pays européen est mieux armé pour encaisser ces chocs grâce à ses investissements dans les énergies renouvelables.

Depuis 2019, l'Espagne a doublé sa capacité éolienne et solaire, en ajoutant plus de 40 GW – davantage que tout autre pays de l'UE, à l'exception de l'Allemagne, dont le marché de l'électricité est deux fois plus vaste que celui de l'Espagne.

Résultat : le prix de l'électricité en Espagne est beaucoup moins dépendant du coût, très volatil, du gaz, qui a bondi de 55 % au lendemain du déclenchement de la guerre en Iran et poursuit sa hausse.

« La montée en puissance de l'éolien et du solaire en Espagne a réduit de 75 % depuis 2019 l'influence des centrales fossiles coûteuses sur le prix de l'électricité. La baisse du nombre d'heures où le prix de l'électricité était indexé sur le coût de l'électricité produite à partir de gaz a été plus rapide qu'ailleurs dans les autres pays dépendants du gaz, comme l'Italie et l'Allemagne », indique un rapport du groupe de réflexion énergétique Ember, publié en octobre dernier.

Les spécialistes s'accordent à dire que la dépendance aux importations de combustibles fossiles rend les pays dangereusement vulnérables.

« Les turbulences que nous observons aujourd'hui au Moyen-Orient montrent clairement que nous dépendons d'un système énergétique mondial largement fondé sur les combustibles fossiles, où l'offre est concentrée dans quelques régions et où chaque conflit risque de provoquer des ondes de choc dans l'économie mondiale », déclare le secrétaire général de l'ONU, António Guterres.

En Espagne, les factures d'énergie comptent parmi les plus basses d'Europe

Selon le rapport d'Ember, entre 2020 et 2024, l'Espagne « a réduit la facture d'importation de son secteur électrique plus que tout autre pays de l'UE ». Elle y est parvenue en ajoutant de nouveaux parcs solaires et éoliens qui ont « évité l'importation de 26 milliards de mètres cubes de gaz, d'une valeur de 13,5 milliards d'euros ».

L'Espagne n'a pas eu recours à la production d'électricité à partir de charbon en août 2025. Un contraste saisissant avec la situation d'il y a seulement dix ans, lorsque le charbon représentait un quart de sa production électrique.

Ce virage vers les énergies renouvelables a été une véritable aubaine pour les factures d'énergie des ménages. En 2019, avant la révolution éolienne et solaire espagnole, le pays affichait parmi les prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Ils comptent désormais parmi les plus bas.

« L'Espagne a entamé [2026] avec certains des prix de l'électricité les plus bas d'Europe, une tendance qui s'est poursuivie jusqu'à la première semaine de mars », explique Chris Rosslowe, auteur du rapport d'Ember.

Ce qui manque encore à l'Espagne, comme à une grande partie de l'Europe, c'est davantage de capacités de stockage d'énergie : son parc de batteries, d'une puissance de 120 MW, ne se classe qu'au 13e rang européen.

Les pays dont le système électrique repose largement sur le gaz sont les plus exposés aux effets de la guerre en Iran.
Les pays dont le système électrique repose largement sur le gaz sont les plus exposés aux effets de la guerre en Iran. Paweł Czyżak, Ember

Les renouvelables sont des coûts fixes payés une fois

Alors que les gouvernements sont constamment poussés à réduire la dette et les impôts, la production d'énergie doit coûter le moins cher possible.

À la différence des éoliennes et des panneaux solaires, que les pays achètent et installent une fois pour toutes, le pétrole et le gaz doivent être achetés en permanence, à des prix soumis à des chocs imprévisibles, comme les guerres.

Certains se demandent si la guerre menée par Trump contre l'Iran ne pourrait pas, sans le vouloir, pousser l'Europe vers les technologies d'énergie propre fabriquées en Chine. L'expert en financement de l'énergie Gerard Reid souligne que les énergies renouvelables présentent des coûts de long terme inférieurs à ceux des énergies fossiles.

« Je préfère dépendre de la Chine pour l'importation de panneaux solaires et de batteries que pour celle de pétrole et de gaz en provenance du Golfe, et je vais vous dire pourquoi : si j'achète ce panneau solaire, cette batterie, cette éolienne, ce transformateur, je le fais une fois tous les 25 ans. Je n'ai pas à l'acheter tous les jours. »

Un nouveau rapport (source en anglais) publié le 11 mars par le Comité sur le changement climatique du Royaume-Uni confirme cette analyse : le coût total de l'atteinte de la neutralité carbone d'ici 2050 ne devrait pas dépasser celui d'un seul choc de prix des énergies fossiles, comme celui provoqué par l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

En simulant une crise similaire en 2040, les auteurs concluent que, si le Royaume-Uni était sur la voie de la neutralité carbone, les factures d'énergie des ménages n'augmenteraient que de 4 %, contre 59 % en l'absence d'action climatique.

PHOTO D'ARCHIVE – Des panneaux solaires fonctionnent près de la petite ville de Milagro, dans la province de Navarre, dans le nord de l'Espagne, le 24 février 2023.
PHOTO D'ARCHIVE – Des panneaux solaires fonctionnent près de la petite ville de Milagro, dans la province de Navarre, dans le nord de l'Espagne, le 24 février 2023. AP Photo/Alvaro Barrientos, File

La guerre en Iran peut-elle accélérer la transition vers l'énergie propre ?

Caroline Baxter, directrice du Converging Risks Lab au sein du Council on Strategic Risks, à Washington, explique qu'elle « ne serait pas surprise » de voir s'opérer un certain basculement vers l'électricité verte à cause du conflit, ne serait-ce que parce que l'énergie renouvelable offre une plus grande stabilité que les énergies fossiles.

« Je pense qu'il y a une opportunité, à tort ou à raison, pour que les pays se replient vraiment sur eux-mêmes et essaient de produire leur propre énergie de manière à couper leur dépendance à d'autres nations pour cette ressource », estime Baxter, qui a été sous-secrétaire adjointe américaine à la Défense chargée de la formation et de l'éducation des forces de 2021 à 2024, sous l'administration Biden.

Baxter estime que si elle a raison et que « chacun s'y met dans son coin », cela limitera le changement climatique à venir « sans les négociations diplomatiques épineuses, les poignées de main de circonstance et les tractations en coulisses » des conférences internationales sur le climat.

Le sommet climat COP30 de l'ONU, l'an dernier, s'est conclu sans engagement sur une sortie des énergies fossiles.

La guerre va se traduire, dans les prochains mois, par davantage d'installations de panneaux solaires et de pompes à chaleur, prévoit l'analyste de l'énergie Ana Maria Jaller-Makarewicz, de l'IEEFA Europe.

C'est là que les citoyens peuvent jouer un rôle, non seulement pour alléger leur propre facture d'énergie, mais aussi pour réduire la dépendance de leur pays aux combustibles fossiles. Comme le rappelle Marin Gillot, de Strategic Perspectives, « chaque pompe à chaleur, chaque véhicule électrique, chaque éolienne ou panneau solaire installé, ce sont autant de molécules de gaz importé en moins ».

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