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« Pure fiction » : forer en mer du Nord n’allège pas les factures d’énergie en Europe

Vue d’un navire de ravitaillement sur le gisement pétrolier Edvard Grieg, en mer du Nord, en Norvège, le 16 février 2016.
Norvège : un navire de ravitaillement dans le champ pétrolier Edvard Grieg, mer du Nord, 16 février 2016 Tous droits réservés  AP.
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Par Liam Gilliver
Publié le
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Conflit au Moyen-Orient : les appels se renforcent pour que le Royaume-Uni ouvre de nouveaux permis de forage en mer du Nord

Les appels à transposer dans la mer du Nord l’attitude « drill baby drill » de Donald Trump se font de plus en plus entendre, alors que la guerre contre l’Iran fait flamber les prix du pétrole et du gaz en Europe.

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Les infrastructures énergétiques sont rapidement devenues une cible privilégiée des frappes de missiles, signe d’une escalade majeure du conflit. Hier (18 mars), l’Iran a indiqué que des cuves de gaz et des parties d’une raffinerie avaient été touchées à South Pars, le plus grand champ gazier du monde et principale source d’énergie domestique du pays.

En représailles, l’Iran a tiré des missiles sur Ras Laffan, le plus grand champ gazier du Qatar, provoquant l’indignation générale et les condamnations des pays voisins. L’Arabie saoudite estime que ces attaques contre les installations énergétiques du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont brisé tout espoir de retour à la normale une fois la guerre terminée.

Désormais, Donald Trump promet de « faire entièrement sauter » le complexe de South Pars si Téhéran continue de viser les installations gazières qataries, alimentant la crainte d’une catastrophe humanitaire.

L’Iran continue de cibler stratégiquement des navires dans le détroit d’Ormuz, un passage de 38 km par lequel transite environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole.

De combien les factures des Européens vont-elles augmenter ?

Après les attaques contre les infrastructures énergétiques, les prix mondiaux du pétrole et du gaz naturel se sont envolés mercredi, l’indice TTF européen de référence pour le gaz naturel s’échangeant ce matin 24 % plus cher. Le Brent, référence mondiale pour le prix du pétrole, est monté à près de 114 dollars (environ 99,48 €) le baril, contre moins de 73 dollars (63,70 €) à la veille de la guerre.

Selon une étude de l’ONG Transport & Environment, les Européens devraient payer une « prime géopolitique » de 150 millions d’euros supplémentaires par jour à mesure que le prix du baril dépasse les 100 dollars.

En 2022, dernière année où les cours du pétrole ont franchi ce seuil après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les Européens ont dépensé 55 milliards d’euros de plus à la pompe. À la mi-2022, dans l’ensemble de l’UE, le prix du diesel avait augmenté de 45 % et celui de l’essence de 36 %.

Fin juin 2022, les prix de l’essence et du diesel dépassaient 2 € le litre. Les automobilistes déboursaient alors jusqu’à 31 € de plus pour faire le plein d’un réservoir de 50 litres qu’avant la crise.

L’UE s’emploie en urgence à élaborer des mesures exceptionnelles pour amortir l’envolée des factures d’énergie sur le continent, sa forte dépendance aux importations de pétrole et de gaz la rendant particulièrement vulnérable aux variations des prix mondiaux.

Au Royaume-Uni, le spécialiste des questions financières Martin Lewis a averti que les factures d’énergie des ménages pourraient grimper jusqu’à 30 % si les prix élevés du pétrole et du gaz se maintenaient pendant plusieurs mois.

Forer davantage en mer du Nord est-il la solution ?

La crainte de voir les factures d’énergie s’envoler, sur fond de crise du coût de la vie, a renforcé les appels à ce que le Royaume-Uni mise plus que jamais sur le forage en mer du Nord.

L’an dernier, le gouvernement britannique a mis fin à l’octroi de licences d’exploration, ce qui signifie que les entreprises ne peuvent plus obtenir d’autorisation pour rechercher de nouveaux gisements de pétrole et de gaz dans des zones encore inexploitées. Cela ne signifie pas pour autant que les projets de forage en cours ont été interrompus.

Le samedi 14 mars, le tabloïd britannique Daily Express a consacré sa une à un article titré « Get Drilling To Stop Soaring Bills ». Le même message s’est propagé sur les réseaux sociaux, plusieurs figures de la droite relayant cette idée.

Nigel Farage, chef du parti Reform UK, est l’une des voix les plus en vue à exhorter le gouvernement à revenir sur cette interdiction historique.

« Étant donné que notre réserve critique de gaz naturel est tombée à deux jours et que nous sommes très vulnérables – et qu’il est même question de possibles mesures de rationnement de l’énergie plus tard cette année – n’est-il pas temps de changer de cap ? », a interrogé Farage devant les députés le 18 mars.

Le responsable politique a appelé le Premier ministre, Sir Keir Starmer, à supprimer la « fiscalité excessive » pesant sur les sociétés d’exploration, à rouvrir l’octroi de licences de forage en mer du Nord et à rendre le pays « autosuffisant » en gaz naturel.

Keir Starmer a répliqué que le pétrole et le gaz continueraient de faire partie du mix énergétique britannique « pendant des années ».

Le ministre de l’Énergie, Ed Miliband, avait auparavant repoussé les appels à forer en mer du Nord, estimant qu’une telle mesure « n’enlèverait pas un centime » sur les factures des ménages.

Renouvelables ou pétrole de la mer du Nord : quelle option fait le mieux baisser les factures d’énergie ?

Une nouvelle analyse de l’université d’Oxford (source en anglais) conclut qu’un Royaume-Uni alimenté entièrement par des énergies renouvelables pourrait faire économiser jusqu’à 441 £ (510 €) par an aux ménages sur leurs factures d’énergie.

À titre de comparaison, maximiser l’extraction de pétrole et de gaz en mer du Nord ne permettrait de réduire la facture annuelle des ménages que de 16 £ (19 €) à 82 £ (95 €) – et encore, cela supposerait que les recettes fiscales perçues soient redistribuées aux ménages pour compenser leurs dépenses d’énergie.

Pour le Dr Anupam Sen, coauteur de l’étude, l’idée selon laquelle « vider » la mer du Nord renforcerait la sécurité énergétique du Royaume-Uni et réduirait fortement les factures des ménages relève de la « pure fiction ».

« Nous montrons que, quelle que soit la durée de vie restante du pétrole et du gaz de la mer du Nord, une approche fondée sur le “drill baby drill” se traduirait en réalité par des coûts plus élevés pour les ménages que la poursuite de notre transition vers les énergies propres. »

Les économies permises par les énergies renouvelables dépendent toutefois du degré d’électrification du logement.

« Pour y parvenir, il faut consentir des investissements initiaux – notamment pour les pompes à chaleur et l’isolation – et cela suppose donc des mécanismes de subventions et de financement efficaces, en particulier pour les ménages à faibles revenus », explique la coauteure Cassandra Etter-Wenzel.

L’analyse s’appuie sur les prix du pétrole et du gaz de janvier 2026, avant les fluctuations liées à la guerre en Iran. Les chercheurs estiment qu’ils reflètent des niveaux réalistes à moyen et long terme.

« Notre analyse décrit un scénario conservateur, dans lequel les énergies renouvelables sont en concurrence avec des combustibles fossiles bon marché », indique la coauteure Nadia Schroeder.

« Même dans ce “pire des cas”, les renouvelables apparaissent nettement plus compétitives sur le plan des coûts. »

Les auteurs soulignent en outre que les économies générées par la transition vers les énergies propres correspondent à des réductions annuelles récurrentes des factures, qui se poursuivraient indéfiniment, alors que le pétrole et le gaz de la mer du Nord sont des ressources finies qui devraient être épuisées vers 2040.

De nombreux experts rappellent aussi que les prix du pétrole et du gaz sont fixés par les marchés mondiaux, sans rabais spécifique pour les consommateurs britanniques, et que le gaz extrait des eaux britanniques peut être exporté au plus offrant. En conséquence, une augmentation de la production nationale ne ferait pas baisser de manière significative les coûts pour les ménages.

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