L'Agence internationale de l'énergie a appelé les gouvernements à prendre des mesures pour réduire la demande de pétrole en favorisant le travail à distance, en réduisant les limitations de vitesse et en encourageant le recours aux transports publics.
L'Agence internationale de l'énergie a publié, ce vendredi 20 mars, dix mesures concrètes à destination des ménages, des entreprises et des gouvernements visant à alléger la pression que fait peser la guerre au Moyen-Orient sur les prix et les stocks d'hydrocarbures.
L'AIE, qui est chargée d'assurer la sécurité de l'approvisionnement en énergie, appelle les gouvernements à encourager le télétravail, le covoiturage ou les transports en commun et à réduire les limitations de vitesse sur les autoroutes de 10 km/h.
L'Agence requiert également l'instauration de la circulation alternée dans les grandes villes censée "réduire la congestion et la conduite gourmande en carburant" et l'adoption d'une conduite plus souple pour les véhicules routiers et de livraison.
Le transport routier représente environ 45 % de la demande mondiale de pétrole, mais sa part varie considérablement, allant d'un tiers en Corée du Sud à deux tiers dans certaines régions d'Europe et d'Amérique latine. Dans les économies les plus riches, les voitures particulières sont le principal moteur, représentant environ 60 % de la consommation d'énergie sur les routes.
Autre piste donnée par l'AIE : éviter les trajets en avion lorsque des options alternatives existent, car "la réduction de vols d'affaires peut rapidement soulager la pression sur les marchés du kérosène". À court terme, selon l'AIE, les seuls vols d'affaires pourraient être réduits d'environ 40 %, ce qui pourrait faire baisser la demande de carburéacteur de 7 % à 15 %.
L'Agence, basée à Paris, appelle également à passer, lorsque cela est possible, à des modes de cuisson plus modernes.
De nombreux pays ont d'ores et déjà appliqués certaines de ces mesures. Les Philippines et le Pakistan ont développé le télétravail et instauré des semaines de travail de quatre jours pour les fonctionnaires, tandis que le Sri Lanka a fermé les bureaux publics le mercredi. Le Laos, la Thaïlande et le Viêt Nam encouragent également activement le télétravail.
Des mesures similaires ont été prises en Europe pendant la crise énergétique de 2022-2023, lorsque les gouvernements ont également incité les employés à rester chez eux pour réduire la demande de pétrole.
"Plus grand choc d'approvisionnement de l'histoire moderne"
L'AIE publie ces pistes alors que la guerre au Moyen-Orient va entrer dans sa quatrième semaine et que la navigation dans le détroit d'Ormuz, où transit 20 % du pétrole mondial, est toujours compliquée.
Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l'Iran le samedi 28 février, les prix du pétrole ont dépassé les 100 dollars le baril, ébranlant les économies et révélant la fragilité des marchés de l'énergie. Les analystes estiment même que le prix pourrait atteindre 200 dollars le baril, car il n'y a aucun signe de désescalade malgré les discussions sur une éventuelle mission navale pour escorter les navires à travers l'Ormuz.
L'AIE décrit l'interruption actuelle comme le "plus grand choc d'approvisionnement de l'histoire moderne", provoqué par l'escalade des tensions au Moyen-Orient. "La reprise du transit par le détroit d'Ormuz est l'action la plus importante pour rétablir la stabilité des flux de pétrole et de gaz et réduire les tensions sur les marchés et les prix", prévient le rapport de l'AIE.
Les risques d'approvisionnement sont imminents
Malgré le déblocage de plus de 400 millions de barils des réserves d'urgence, les responsables soulignent que le monde ne peut pas compter uniquement sur cet approvisionnement pour stabiliser les marchés. Dans un marché volatil et incertain, l'AIE prévient que le monde doit s'adapter à une consommation plus faible.
C'est la sixième fois que les pays membres de l'AIE coordonnent une action d'urgence pour stabiliser les marchés pétroliers depuis la création de l'agence en 1974. Des interventions collectives similaires ont eu lieu en 1991, 2005, 2011 et deux fois en 2022.
Johannes Rauball, analyste principal du pétrole brut auprès de la société de renseignement Kpler, a déclaré que si le détroit d'Ormuz restait fermé pendant deux mois supplémentaires, les risques d'approvisionnement "augmenteraient fortement". "Les derniers barils du Moyen-Orient en route vers l'Europe sont encore en train d'arriver, donc l'impact immédiat de la baisse des flux en provenance du Moyen-Orient ne s'est pas encore totalement matérialisé", a déclaré Johannes Rauball à Euronews.
Ces coûts élevés pourraient mettre les raffineurs européens à rude épreuve dans le pire des scénarios, a déclaré l'analyste, déclenchant probablement une destruction de la demande et des réductions forcées dans les raffineries, car les matières premières deviennent prohibitives.
"La crise actuelle s'annonce comme la plus grande perturbation de l'approvisionnement en brut dans l'histoire du marché mondial du pétrole. La perte potentielle d'environ 10 millions de barils de brut et de condensat en provenance du Moyen-Orient, soit environ 10 % de la consommation mondiale, représente un choc brutal à court terme", a conclu Johannes Rauball.
Au-delà de la demande de pétrole
Selon l'AIE, la crise actuelle va bien au-delà du pétrole et englobe les perturbations des flux de gaz naturel, avec des répercussions sur la sécurité et les prix de l'électricité.
L'AIE a également mis en garde contre la hausse des coûts de l'énergie qui risque de frapper le plus durement les ménages les plus pauvres, appelant les gouvernements à fournir une aide financière ciblée pour amortir le choc.
Dans l'Union européenne, les dirigeants se sont réunis lors d'un sommet important, jeudi, pour discuter des mesures à court terme visant à alléger les factures d'électricité des consommateurs, notamment les taxes nationales, les redevances de réseau et les coûts du carbone. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reconnu que la guerre contre l'Iran avait un "impact immédiat" sur l'énergie.
Jusqu'à présent, les dirigeants européens ont répété que l'UE était surtout confrontée à une crise des prix de l'énergie. Mais pour la première fois, Ursula von der Leyen a déclaré que la crise actuelle "soulève des questions sur les risques futurs en matière d'approvisionnement", ajoutant que "nous devons prendre des mesures", sans fournir plus de détails.