Nikol Pachinian veut demander l’adhésion à l’UE et organiser un référendum, défiant l’influence de la Russie dans la région et annonçant un basculement géopolitique historique.
Le Premier ministre Nikol Pachinian a annoncé, ce lundi 24 août, aux députés du pays que l'Arménie allait commencer à préparer une candidature à l'adhésion à l'UE, marquant un tournant géopolitique historique pour un pays longtemps resté dans l'orbite de la Russie.
Dans un discours devant le Parlement et la nation, Nikol Pachinian a indiqué que l'Arménie ne déciderait de son avenir par référendum qu'après avoir officiellement déposé sa demande d'adhésion à l'UE, ce qui sera fait "dans un avenir proche".
Dans une succession de gestes politiques soigneusement calibrés, le chef du gouvernement a précisé que son équipe attendrait la réponse de Bruxelles à cette demande, puis discuterait de la feuille de route des négociations d'adhésion, et qu'alors seulement l'adhésion à l'UE serait soumise à un référendum national.
Membre à l'heure actuelle de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dominée par la Russie, l'Arménie s'est vu adresser il y a quelques mois un ultimatum de la part des autres pays de l'Alliance : choisir entre le maintien de son appartenance ou l'emprunt de sa propre voie vers l'UE, via un référendum national.
À l'époque, Nikol Pachinian avait jugé qu'il était prématuré de prendre une telle décision, alors que la Russie infligeait au pays une série de lourdes restrictions économiques pour avoir osé s'émanciper de son influence. Le président russe Vladimir Poutine menaçait directement Erevan d'un "scénario ukrainien", l'adhésion conjointe à l'UE et à l'OTSC étant, selon le Kremlin, incompatible.
Mais dans son discours historique de lundi, Nikol Pachinian a assuré être "très heureux si l'organisation décidait de retirer la République d'Arménie de l'Organisation du traité de sécurité collective". Et le Premier ministre de rajouter : "Au moins, cela nous libérerait du dilemme de savoir si nous devons en sortir ou non."
Nikol Pachinian a toutefois précisé que l'Arménie resterait pour l'instant au sein de l'OTSC, jusqu'à ce que le choix entre l'alliance menée par la Russie et l'UE "devienne inévitable".
"Depuis deux siècles, les relations arméno-russes se sont construites sur l'idée et la conviction que la Russie est le garant de la sécurité du peuple arménien et de l'État arménien", a-t-il rappelé, esquissant l'évolution de sa vision du rôle de Moscou dans l'avenir de l'Arménie.
"Les événements de 2021, 2022 et 2023 ont montré qu'en raison de ses propres défis en matière de sécurité, la Fédération de Russie peut parfois se heurter à des limitations importantes dans sa capacité à remplir ce rôle", a-t-il ajouté, en référence aux guerres de l'Arménie contre l'Azerbaïdjan autour du Karabakh, qui se sont depuis achevées par un processus de paix historique entre les deux anciens rivaux.
"C'est là que nous nous sommes de nouveau retrouvés face au constat que nous n'avons pas su tirer les leçons de notre histoire", a poursuivi le Premier ministre arménien au sujet de sa vision du rôle de la Russie dans l'avenir du pays, une déclaration qu'il a répétée à plusieurs reprises, accusant le Kremlin d'avoir abandonné l'Arménie lors de sa dernière confrontation avec l'Azerbaïdjan.
Colère de Moscou
Après la signature du processus de paix en août 2025, l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont engagés dans une nouvelle phase de coopération économique et de stabilité, que les deux anciens ennemis construisent conjointement, avec une participation importante de l'UE et des États-Unis.
L'économie arménienne dépend toujours de l'énergie et des infrastructures russes, mais dans un autre geste surprise lundi, Nikol Pachinian a demandé à Moscou d'abandonner sa concession monopolistique sur les chemins de fer arméniens, qui court jusqu'en 2038, afin qu'Erevan puisse intégrer son réseau ferroviaire aux liaisons internationales, avec le Kazakhstan ou les Émirats arabes unis comme investisseurs possibles.
La Russie a rapidement réagi aux déclarations historiques de Pachinian. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a averti que l’alignement de l’Arménie sur les normes de l’UE pourrait entraîner de "profondes contradictions commerciales" qui nuiraient en premier lieu à l’Arménie.
Concernant son départ de l’OTSC, Peskov a déclaré que "si Erevan n’a plus besoin, pour ses intérêts nationaux, d’être membre d’une organisation aussi importante pour la sécurité régionale, il est libre de prendre la décision correspondante et de quitter cette organisation", laissant entendre que le Kremlin s’attend à une période mouvementée avec son ancien allié.