Moscou accentue la pression sur Erevan avant les élections du 7 juin : interdictions commerciales, menaces de suspension de l’UEE et parallèles avec l’Ukraine, attaquée depuis 2022, après le soutien total de Donald Trump au premier ministre sortant Nikol Pachinian.
La Russie a annoncé samedi avoir rappelé son ambassadeur en Arménie « pour consultations » en raison du rapprochement croissant d’Erevan avec l’UE, nouvel épisode d’escalade à l’approche des élections décisives du 7 juin dans le pays.
« L’ambassadeur de la Fédération de Russie en République d’Arménie, Sergueï Kopyrkine, a été rappelé à Moscou pour consultations« en raison des mesures prises par les dirigeants arméniens en vue d'un rapprochement avec l'Union européenne, qui nuisent à la coopération au sein de l'UEE (Union économique eurasiatique - NDLR) », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
La veille, la Russie avait accentué la pression sur le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian avant les élections, annonçant l’instauration de « restrictions temporaires » sur les exportations arméniennes de certains fruits et légumes, qui s’ajoutent aux interdictions récentes visant l’eau minérale, les vins et le cognac arméniens.
Vendredi également, les dirigeants de l’Union économique eurasiatique (UEE) ont publié une déclaration commune avertissant l’Arménie que ses projets d’adhésion à l’UE font peser de « graves risques » sur la sécurité économique de l’ensemble des pays membres de l’UEE.
Réunis en sommet à Astana, les dirigeants de la Russie, du Bélarus, du Kazakhstan et du Kirghizistan ont appelé Erevan à organiser dans les plus brefs délais un référendum national sur le choix de l’Arménie entre l’UE et le bloc conduit par Moscou.
Ils ont mis en garde Erevan : sa démarche vers une adhésion à l’UE pourrait conduire à la suspension du pays de l’organisation, ont-ils prévenu, en lançant un « examen formel » de la participation de l’Arménie en vue d’une possible suspension d’ici décembre.
Le président russe Vladimir Poutine a déjà défendu l’idée d’un référendum sur l’avenir de l’Arménie, estimant qu’il serait « tout à fait logique… de demander aux citoyens arméniens quel serait leur choix ».
« Sur cette base, nous ferions également notre propre choix », avait-il ajouté.
Vendredi, Poutine a également réitéré le parallèle qu’il avait déjà établi entre l’Ukraine et l’Arménie, déclarant devant la presse que « la crise en Ukraine a, à un moment, commencé avec les tentatives de l’Ukraine de rejoindre l’UE ».
Poutine a déjà affirmé qu’une double appartenance aux deux blocs était « impossible ».
Erevan prône une « coopération mutuellement bénéfique »
L’Arménie était représentée au sommet de l’union dirigée par Moscou par le vice-Premier ministre Mher Grigoryan, Nikol Pachinian étant pris par la campagne pour les élections du 7 juin.
Une vidéo du sommet montre Vladimir Poutine serrant la main de Grigoryan en saluant les autres dirigeants.
La déclaration de l’UEE a été remise à Grigoryan, qui a assuré devant le sommet que l’Arménie « reste attachée à une participation constructive au sein de l’UEE, fondée sur le respect mutuel, un partenariat d’égal à égal et la prise en compte des intérêts nationaux de tous les membres », et qu’Erevan soutient une « coopération mutuellement bénéfique ».
Erevan répète qu’il n’envisage pas de se retirer de l’UEE mais qu’il poursuivra sa trajectoire pro-européenne.
Interrogé sur d’éventuelles avancées sur ce dossier au cours du sommet, le vice-Premier ministre russe Alexeï Overtchouk a appelé à la patience, ajoutant que la situation « n’est pas si simple ».
Le Kremlin a multiplié les mises en garde à Erevan au sujet de son orientation pro-occidentale, menaçant de mettre fin à ses livraisons à prix réduit de gaz et de pétrole, vitales pour l’Arménie, et de montrer aux Arméniens les conséquences d’une éventuelle victoire de Pachinian le 7 juin.
« J’ai dit à Pachinian : “Tout ce qui est acceptable et bon pour les Arméniens est acceptable et bon pour la Russie. Faites ce que vous jugez bon pour le peuple arménien” », a déclaré Poutine vendredi au sommet.
« Nos peuples sont liés par des siècles d’amitié et rien ne peut nuire à nos liens humains. Mais il y a des questions qui sont purement économiques. »
« Il est impossible de concilier les normes de l’UE avec celles de l’UEE. C’est pourquoi nous serions contraints de revenir sur l’ensemble de nos activités économiques en Arménie » si le pays se rapprochait du bloc des Vingt-Sept, a prévenu Poutine devant les journalistes à l’issue du sommet d’Astana.
Sur fond d’accusations généralisées d’ingérence russe dans la campagne électorale arménienne et de soutien à l’opposition, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué vendredi que l’Arménie avait fait savoir de manière informelle à Moscou que certains responsables russes n’étaient pas les bienvenus comme observateurs du scrutin.
Les propos de Poutine juste après le soutien de Trump
La déclaration de l’UEE ne mentionnait que la ligne pro-européenne de l’Arménie, mais elle est intervenue au lendemain du « soutien total et complet » accordé par le président américain Donald Trump à la réélection de Pachinian, qu’il a décrit comme « un grand ami et un grand dirigeant » qui rend l’Arménie « forte, prospère et très sûre ».
Plus tôt dans la semaine, le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est rendu à Erevan, où il a signé avec le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, un cadre de partenariat stratégique, un mémorandum d’entente sur les minerais critiques et un accord de coopération sur la Trump Route for International Peace and Prosperity – dite TRIPP –, un corridor de transit reliant l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan en traversant le sud de l’Arménie.
Trump a directement lié son soutien à la visite de Rubio, affirmant que les États-Unis et l’Arménie allaient « bientôt lancer les travaux » du corridor TRIPP, qui selon lui « transformera le Caucase du Sud » et ouvrira un accès énergétique de l’Asie centrale vers les États-Unis.
Aux côtés de Trump à la Maison-Blanche mercredi, Rubio a présenté l’accord sur les minerais critiques comme « un rappel d’une autre guerre que le président Trump a contribué à régler », en référence au traité de paix historique entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan que Pachinian a signé avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev à la Maison-Blanche l’an dernier.
« Nous voyons émerger une nouvelle relation forte avec l’Arménie », a ajouté Rubio.
Pachinian a remercié Trump pour son soutien sur X, en publiant côte à côte les drapeaux américain et arménien.