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Azerbaïdjan interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une tendance mondiale

Un enfant utilise un smartphone pour accéder aux réseaux sociaux
Un enfant utilise un smartphone pour accéder aux réseaux sociaux Tous droits réservés  AP Photo
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Par Saida Rustamova & Nargiz Mammadzada
Publié le Mis à jour
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Addiction aux réseaux sociaux: baisse de l’estime de soi et cyberharcèlement entraînent des conséquences psychologiques durables chez les ados

L'Azerbaïdjan a rejoint la liste croissante des pays qui imposent des restrictions d'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs, en adoptant une loi interdisant les plateformes aux moins de 16 ans, au moment où les gouvernements du monde entier s'interrogent sur la capacité de l'industrie numérique à s'autoréguler.

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L'Australie est devenue le premier pays à instaurer une interdiction nationale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.

La France a durci sa législation sur l'âge du consentement numérique, le Royaume-Uni a adopté l'Online Safety Bill et l'Union européenne accentue sa pression sur les entreprises technologiques.

Bakou a désormais décidé d'emprunter la même voie.

Les addictions aux réseaux sociaux, les problèmes d'estime de soi et le cyberharcèlement entraînent des conséquences psychologiques documentées chez les adolescents. À la différence du harcèlement scolaire, le harcèlement en ligne s'invite au domicile des enfants et il est bien plus difficile d'y échapper.

Narmina Ismayilzada, psychologue pour enfants et adolescents forte de 16 ans d'expérience, explique à Euronews que les adolescents exposés au harcèlement numérique développent fréquemment "un très fort sentiment de honte, une baisse de confiance en eux et de l'anxiété", ce qui les conduit à l'isolement social et à l'évitement scolaire.

Elle soutient les restrictions d'âge fixées au niveau de l'État, mais avertit qu'une interdiction à elle seule ne résoudra pas les problèmes de fond.

"Interdire quelque chose à cet âge peut produire l'effet inverse", souligne Ismayilzada.

"Les enfants s'intéressent davantage à ce qui est prohibé et peuvent chercher à l'utiliser en cachette", fait-elle remarquer.

"Si les parents interdisent quelque chose sans en expliquer les raisons, les enfants se contentent de dissimuler leurs actes. Une approche saine suppose une surveillance associée à une confiance mutuelle et à un dialogue ouvert."

Selon elle, les fils algorithmiques exploitent l'hypersensibilité des adolescents à l'apparence physique et à l'acceptation sociale, ce qui nuit à leur capacité de concentration et à leur motivation scolaire.

"Les problèmes de concentration et l'attention fragmentée comptent aujourd'hui parmi nos difficultés les plus graves. Cela les rend plus agressifs et plus impulsifs", affirme Ismayilzada.

"Quand les enfants se comparent aux images idéalisées qu'ils voient sur les réseaux sociaux, cela conduit naturellement à des problèmes de confiance en soi, à une insatisfaction vis-à-vis de leur corps et, dans les pires cas, à des symptômes dépressifs."

La solution, selon elle, commence à la maison. "La façon dont un parent crée un lien avec son enfant est cruciale. Si une véritable connexion émotionnelle est établie, chaque parole du parent sera reçue normalement par l'adolescent", explique Ismayilzada.

Comment apprendre aux enfants à utiliser Internet en toute sécurité

Le débat entre responsables politiques et psychologues prend une tout autre dimension du point de vue des enseignants. Les VPN et les fausses dates de naissance sont largement utilisés par les enfants, et l'écart reste important entre la loi et sa mise en œuvre technique.

Kamala Dadashova, enseignante en informatique et compétences numériques à l'école no 161, estime que l'interdiction répond à de réels problèmes qu'elle observe chaque jour – comparaison entre pairs, dépendance aux "likes", cyberharcèlement et troubles du sommeil –, mais elle s'interroge sur la pertinence d'aborder la question uniquement sous l'angle de la restriction.

"L'objectif ne devrait pas être d'éloigner les enfants d'Internet, mais de les préparer à l'utiliser de manière sûre", déclare Dadashova à Euronews. "Au XXIe siècle, il est impossible d'échapper à l'environnement numérique ; la priorité est de le rendre plus sûr."

Icônes de réseaux sociaux
Icônes de réseaux sociaux AP Photo/undefined/Copyright 2026 The AP. All rights reserved.

"De plus, il est erroné de faire reposer toute la responsabilité uniquement sur l'enfant ou sur les parents. Les plateformes ont elles-mêmes l'obligation de créer des environnements sûrs pour les mineurs", ajoute Dadashova.

Selon elle, les écoles doivent aller au-delà de la simple restriction d'accès. "Les établissements devraient s'attacher à remplacer le temps d'écran par des activités numériques utiles, comme la programmation, la robotique ou encore des clubs d'éducation aux médias", explique Dadashova.

Toujours selon elle, "même si une interdiction des réseaux sociaux peut avoir des effets positifs, la véritable solution consiste à développer des comportements numériques sains et des compétences de communication dans la vie réelle".

Que font réellement les plateformes numériques ?

Laman Nazarova, analyste géopolitique au Caspian Analytical Centre, estime que cette offensive législative reflète une remise en question plus large de ce que font réellement les plateformes numériques.

"Les plateformes sont devenues l'un des principaux environnements où les enfants acquièrent le langage, les valeurs et les normes sociales", explique Nazarova à Euronews.

Ces fonctions relevaient auparavant des familles et des écoles, poursuit-elle. "Les gouvernements commencent à reconnaître que les plateformes numériques ne se contentent pas de transmettre de l'information. Elles organisent l'expérience sociale, façonnent les habitudes avant les convictions et l'attention avant le jugement."

Enfants azerbaïdjanais brandissant des pancartes
Enfants azerbaïdjanais brandissant des pancartes Copyright 2024 The Associated Press. All rights reserved.

Nazarova décrit ces récentes législations comme une tentative des États de reconstruire les barrières protectrices autour de l'enfance que les flux numériques avaient démantelées.

"Dans cette perspective, la limite d'âge proposée en Azerbaïdjan reflète une transformation de la manière dont les États conçoivent leur rôle", ajoute-t-elle.

Les experts s'accordent à dire que le véritable test de la loi azerbaïdjanaise viendra après son adoption : il s'agira de déterminer si les restrictions peuvent être effectivement appliquées et si elles s'accompagnent des dispositifs éducatifs et de soutien nécessaires pour changer les comportements au lieu de les reléguer dans la clandestinité.

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