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Réchauffement climatique: les El Niño deviennent-ils plus puissants ?

ARCHIVES - Un poisson nage dans un récif corallien aux Dutch Cays, dans la région de Guna Yala, sur la côte caraïbe du Panama, le 25 août 2026.
Photo d'archives - Un poisson nage parmi les coraux dans les îlots néerlandais de Guna Yala, sur la côte caraïbe du Panama, le 25 août 2026. Tous droits réservés  AP Photo/Matias Delacroix, File
Tous droits réservés AP Photo/Matias Delacroix, File
Par Angela Symons avec AP
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El Niño peut amplifier les effets du réchauffement climatique. Mais la combustion d’énergies fossiles pourrait aussi renforcer ce phénomène climatique destructeur.

Une nouvelle étude indique que les épisodes El Niño – cet agent naturel de chaos climatique qui survient périodiquement et fait grimper les températures mondiales – gagnent en intensité sous l'effet du changement climatique causé par l'homme.

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Les épisodes El Niño sont aujourd'hui plus de 36 % plus intenses qu'avant le début de l'ère industrielle au milieu du XIXe siècle, avec une hausse de 16 % au cours des quarante dernières années seulement, ce qui montre que l'augmentation s'accélère, selon une étude publiée le 27 août dans la revue Science (source en anglais).

Ces conclusions interviennent alors qu'un puissant épisode El Niño formé il y a quelques mois devrait devenir, dans les prochains mois, le plus intense jamais enregistré. Les épisodes El Niño, qui correspondent à un réchauffement temporaire de certaines parties du Pacifique équatorial, perturbent le climat à l'échelle mondiale et accentuent les phénomènes extrêmes, comme les vagues de chaleur, des inondations dans certaines régions et des sécheresses dans d'autres. Ils peuvent coûter des milliers de milliards en dégâts.

"C'est important car les forts épisodes El Niño ont des impacts bien plus marqués sur les aléas climatiques et les extrêmes partout dans le monde", explique l'autrice principale de l'étude, Julia Cole, paléoclimatologue à l'université du Michigan, aux États-Unis.

"Quand nous avons voulu comprendre pourquoi cela se produisait, nous avons comparé nos données à un enregistrement des températures mondiales, et nous avons constaté que l'augmentation de l'intensité des épisodes El Niño suit de très près la hausse de la température globale due à des causes humaines comme la combustion de combustibles fossiles."

Son étude remonte sur environ 900 ans d'épisodes El Niño.

ARCHIVES - Le réservoir de Woodhead est visible au milieu de la sécheresse près de Manchester, en Angleterre, jeudi 13 août 2026.
ARCHIVES - Le réservoir de Woodhead est visible au milieu de la sécheresse près de Manchester, en Angleterre, jeudi 13 août 2026. AP Photo/Jon Super, File

Des épisodes El Niño déjà redoutables aggravés

"El Niño est l'aspect le plus violent de la variabilité climatique mondiale, avec des effets allant de l'effondrement de pêcheries locales à des épisodes massifs de mort des coraux, en passant par de graves sécheresses et des pénuries alimentaires dans le monde entier", souligne le spécialiste des sciences marines Boris Worm, de l'université Dalhousie, qui n'a pas participé à l'étude.

Worm cite le climatologue Wallace Broecker, aujourd'hui décédé, qui avertissait que "le système climatique est une bête en colère et nous la piquons avec des bâtons". Il ajoute ensuite : "Les émissions humaines sont ce bâton, et El Niño est l'une des 'colères' qui peuvent menacer sérieusement notre sécurité collective."

L'intensité d'un épisode El Niño est déterminée en mesurant la température de l'eau dans une région du Pacifique central autour de l'équateur et en la comparant à la normale sur une moyenne de trois mois. Si la température est supérieure de 0,5 degré Celsius à la normale, on parle d'un épisode El Niño. Le haut de l'échelle se situe à 2 degrés Celsius et correspond à un épisode dit "très fort".

La valeur hebdomadaire la plus récente d'El Niño est de 2,7 degrés et devrait continuer à augmenter pendant encore deux à quatre mois, selon le suivi d'El Niño de l'université Columbia.

Les scientifiques avancent depuis longtemps que, avec le réchauffement de la planète, les épisodes El Niño devraient devenir plus forts, puisqu'ils sont déterminés par les différences de température de l'océan par rapport à la moyenne. Mais les séries d'observations ne remontent qu'à environ 75 ans, et les scientifiques estimaient jusqu'ici que les données étaient trop lacunaires pour dégager une tendance.

Ils ont donc cherché des indices permettant de repérer un épisode El Niño sans mesurer directement la température de l'eau. Les chercheurs se sont par exemple penchés sur des archives historiques de changements météorologiques dans le monde et ont identifié d'anciens épisodes El Niño – comme celui, gigantesque, de 1877 – à partir des bouleversements qu'ils ont provoqués à l'échelle du globe.

ARCHIVES - Une femme utilise un éventail pour se rafraîchir dans un bus lors d'une journée de forte chaleur à Bucarest, en Roumanie, le 6 août 2026.
ARCHIVES - Une femme utilise un éventail pour se rafraîchir dans un bus lors d'une journée de forte chaleur à Bucarest, en Roumanie, le 6 août 2026. AP Photo/Vadim Ghirda

Des fossiles de corail pour reconstituer les températures

L'équipe de Cole a adopté une approche inédite en examinant ce qui est arrivé aux coraux au fil des siècles, afin d'en faire "une machine à remonter le temps pour regarder dans le passé", explique-t-elle. Selon elle, la mesure du rapport entre le calcium et le strontium dans les squelettes de coraux, ainsi que celle de différents isotopes de l'oxygène, fournissent deux lectures indépendantes de l'eau de mer dans laquelle le corail s'est formé. Une autre mesure, portant sur l'uranium et le thorium, permet de dater la formation de ces squelettes.

Cole a étudié 29 fossiles de corail aux îles Galápagos – 14 datant d'avant l'ère industrielle, 14 de la période moderne et un autre environ au moment où l'ère industrielle a débuté. Le plus ancien remonte aux environs de l'an 1100.

Les températures qu'elle a reconstituées à partir de ces fossiles sur plus de 900 ans sont parcellaires, avec des trous, mais lorsqu'on les trace sur un graphique, "elles ressemblent à une crosse de hockey", dit-elle, reprenant l'expression utilisée pour une étude emblématique des années 1990 sur l'évolution passée des températures mondiales.

Elle et d'autres scientifiques estiment que la situation ne peut que s'aggraver.

"Cela fait planer la menace d'un avenir où des épisodes plus marqués d'El Niño et de La Niña accéléreraient le rythme et la gravité des extrêmes météorologiques et climatiques", avertit Kim Cobb, spécialiste des coraux et du climat à l'université Brown, qui n'a pas participé à l'étude.

ARCHIVES - Des Somaliens déplacés par la sécheresse font la queue au centre de nutrition Feynuus, en périphérie de la capitale Mogadiscio, en Somalie, le 19 août 2026.
ARCHIVES - Des Somaliens déplacés par la sécheresse font la queue au centre de nutrition Feynuus, en périphérie de la capitale Mogadiscio, en Somalie, le 19 août 2026. AP Photo/Farah Abdi Warsameh, File

La communauté scientifique divisée sur l'étude

Les scientifiques extérieurs sont divisés sur ces travaux : certains les saluent comme importants et fiables, d'autres restent sceptiques car les résultats contredisent certaines observations récentes.

"Les coraux sont la référence absolue pour reconstituer les épisodes El Niño, et cette étude met sur la table une mine d'or de nouvelles données", estime Cobb. "Nous pouvons soit attendre de très nombreuses décennies que les séries d'observations instrumentales soient assez longues pour détecter un changement dans les caractéristiques d'El Niño, soit utiliser les reconstitutions d'El Niño sur plusieurs siècles fournies par les archives paléoclimatiques. Pris ensemble, les jeux de données paléoclimatiques dont nous disposons pour l'ensemble du Pacifique convergent assez nettement vers un renforcement des épisodes El Niño avec le réchauffement global."

Michael Mann, climatologue à l'université de Pennsylvanie – à l'origine de la courbe en crosse de hockey pour les températures – et John Bruno, spécialiste des sciences marines à l'université de Caroline du Nord, affirment tous deux que les données issues des coraux sont en contradiction avec des observations récentes de la température de l'eau aux Galápagos. Les données montrent "une baisse substantielle ces dernières décennies" des variations liées à El Niño près des Galápagos, à une période où les gaz à effet de serre ont pourtant le plus fait grimper les températures, souligne Mann.

Ce que reflètent les coraux, ce n'est pas tant une modification d'El Niño qu'un simple réchauffement dû aux gaz à effet de serre, avance Bruno.

Cole estime que l'énorme épisode El Niño de 1997-1998, puis la succession de petits événements jusqu'en 2023-24, ont donné l'impression que les épisodes El Niño ne se renforçaient pas, car les mesures sont basées sur une période de 20 ans et que plusieurs années tombant entre des super épisodes El Niño ont faussé les données. Elle souligne que la force d'El Niño varie énormément et que cette alternance de hauts et de bas ne disparaît pas pour autant lorsqu'il réagit à un climat plus chaud.

Mais tous les scientifiques s'accordent à dire que le changement climatique constitue un problème, que les épisodes El Niño s'aggravent ou non.

"Il est important de rappeler que c'est une raison de plus pour sortir des combustibles fossiles", conclut Cole. "Il n'y a pas de solution miracle qui permettra de ralentir les épisodes El Niño."

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