La prise de fonctions d'Aurélien Lechevallier, actuel directeur de cabinet de Jean-Noël Barrot, avait été retardée en raison d'une querelle diplomatique entre Paris et Washington. Fin juillet, la France avait critiqué sur X un vote américain à l'ONU.
Fin de la brouille diplomatique entre Paris et Washington ? Le nouvel ambassadeur de France aux États-Unis va pouvoir prendre ses fonctions, a indiqué mardi à l'AFP un responsable du département d'État américain, mettant fin à plusieurs semaines de blocage.
Depuis fin juillet, Washington retenait son agrément à la nomination d'Aurélien Lechevallier, choisi par Emmanuel Macron pour devenir le prochain ambassadeur de France à Washington, en remplacement de Laurent Bili.
Actuellement directeur de cabinet du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, Aurélien Lechevallier devrait désormais rejoindre Washington dans les prochaines semaines.
L'agrément d'un ambassadeur constitue généralement une simple formalité entre pays alliés. La procédure était toutefois restée en suspens après la publication par la France d'un message critiquant un vote américain à l'Assemblée générale des Nations unies contre le renouvellement, pour quatre ans, du mandat de Volker Türk à la tête du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l’Homme.
La France en colère après un vote à l'ONU
Le différend avait commencé le 24 juillet, lorsque la Mission permanente de la France auprès des Nations unies à Genève avait posté un message sur X affirmant que "les États-Unis étaient autrefois un phare en matière de droits de l'homme", avant d'ajouter : "ce n’est plus le cas".
La réaction française faisait suite au vote des États-Unis contre la prolongation du mandat de Volker Türk à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Washington figurait parmi les dix pays à s'y être opposés, aux côtés notamment de la Corée du Nord, de la Russie et du Nicaragua.
Washington avait de son côté vivement critiqué un Haut-Commissariat, estimant qu'il "perd sa crédibilité depuis des décennies" et que Volker Türk l'avait "conduit au bord du gouffre".
"Sous la direction de M. Türk, le Haut-Commissariat n’est rien de plus qu’un mégaphone politique. Il passe son temps à faire la leçon à des démocraties libres et souveraines comme les États-Unis sur l’application de leurs lois et la sécurisation de leurs frontières, (...) alors que des dictatures brutales agissent en toute impunité", avait notamment affirmé le représentant américain.
Par 144 voix pour, 10 contre et 13 abstentions, l'Assemblée générale avait néanmoins approuvé le renouvellement du mandat de Volker Türk pour quatre ans à compter du 12 octobre 2026, conformément à la proposition du secrétaire général António Guterres.
Le tweet français à l'origine de la "discorde" est, lui, toujours en ligne.
Un mea culpa et un satisfecit
Cette critique de Paris avait suscité une réaction immédiate de Washington. Quelques jours plus tard, le représentant américain avait quitté une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU au moment où son homologue français prenait la parole, en signe de protestation contre les commentaires jugés "hypocrites" de la France.
Il aura fallu attendre le 11 septembre, pour que Paris rétropédale. Dans un communiqué publié uniquement en anglais sur le site de la mission française à Genève, et qui n'a pas été relayé sur X, la diplomatie française a exprimé ses "regrets".
"La Mission permanente de la France auprès de l’ONU à Genève regrette le message publié le 25 juillet 2026 sur X, qui mettait en cause l’engagement des États-Unis en faveur des droits humains", indique le texte.
"La France et les États-Unis ont récemment adopté des positions différentes lors d'un vote à l'Assemblée générale des Nations unies", poursuite le communiqué, soulignant que "cette divergence portait sur un vote, et non sur la défense des droits humains".
"Des désaccords publics sur un vote ne font pas obstacle à un dialogue étroit avec les États-Unis et ne remettent en cause ni notre alliance historique, ni notre capacité à travailler ensemble pour faire progresser la paix, la stabilité et la prospérité, notamment dans les enceintes multilatérales", ajoute-t-il.
Un mea culpa accueilli avec satisfaction par les Etats-Unis, qui ont "pris note" de la déclaration française, selon un responsable de la diplomatie américaine cité par l'AFP, se disant "heureux de collaborer avec [la France] pour promouvoir nos valeurs et nos intérêts communs".
Laurent Bili, l'ambassadeur sur le départ, en poste depuis 2023, doit rester en fonction jusqu'à l'arrivée, dans les semaines à venir, d'Aurélien Lechevallier, un proche d'Emmanuel Macron. Ancien conseiller diplomatique adjoint à la présidence de la République, ce dernier a également été ambassadeur en Afrique du Sud, au Lesotho et au Malawi.