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La richesse non taxée des 0,1 % les plus riches dépasse celle de la moitié la plus pauvre

ARCHIVES. Une militante brandit un journal titrant sur les révélations des « Panama Papers » lors d'une réunion de banquiers à Paris, France, avril 2016
ARCHIVES. Un militant montre un journal titrant sur les révélations des « Panama Papers » lors d'une réunion de cadres bancaires à Paris, France, en avril 2016 Tous droits réservés  AP Photo/Francois Mori
Tous droits réservés AP Photo/Francois Mori
Par Quirino Mealha
Publié le
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Les ultra-riches du monde ont caché environ 2 800 milliards de dollars (2 470 milliards d’euros) dans des comptes offshore non imposés, plus que les avoirs de la moitié la plus pauvre de l’humanité, selon un nouveau rapport.

La richesse non imposée dissimulée dans des paradis fiscaux offshore par les 0,1 % les plus riches de la planète dépasse les avoirs cumulés des 4,1 milliards de personnes les plus pauvres, montre une analyse d’Oxfam.

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Le rapport publié jeudi souligne qu’une décennie après la fuite des Panama Papers, les élites mondiales continuent d’exploiter un système financier international complexe pour déplacer d’immenses fortunes hors de portée du regard du public et de la fiscalité.

Interrogé par Euronews, Christian Hallum, responsable de la fiscalité chez Oxfam, a indiqué que les ultra-riches continuent de mettre à l’abri « des océans de richesses » et a averti qu’il ne s’agit pas seulement de comptabilité astucieuse, mais d’une question de « pouvoir et d’impunité ».

Selon cette confédération internationale basée au Royaume-Uni, qui regroupe plus de 20 ONG indépendantes, environ 3 550 milliards de dollars (3 080 milliards d’euros) de patrimoine privé échappaient à l’impôt et à toute déclaration sur des comptes offshore.

Cette somme équivaut presque à l’ensemble de l’économie britannique et représente plus du double du PIB cumulé des 44 pays les moins développés du monde.

La concentration de ces avoirs cachés est particulièrement frappante : les 0,1 % les plus riches détiennent environ 80 % de tous les fonds non imposés offshore, soit quelque 2 840 milliards de dollars (2 470 milliards d’euros).

Au sein de ce groupe, une infime fraction, les 0,01 % du sommet, concentre à elle seule 1 770 milliards de dollars (1 530 milliards d’euros).

Hallum a expliqué à Euronews que le modèle économique des paradis fiscaux reste solide, car « les ultra-riches ont les moyens de s’offrir les services de gérants de fortune et de comptables capables d’imaginer des montages toujours plus sophistiqués pour échapper à l’impôt ».

ARCHIVES. L’Ugland House, siège social de milliers d’entreprises à George Town, sur l’île de Grand Cayman, août 2012
ARCHIVES. L’Ugland House, siège social de milliers d’entreprises à George Town, sur l’île de Grand Cayman, août 2012 AP Photo/David McFadden

Si la richesse financière totale placée offshore a été estimée à 13 250 milliards de dollars (11 510 milliards d’euros) en 2023, soit 12,48 % du PIB mondial, la part non imposée se serait depuis stabilisée autour de 3,2 %.

Oxfam appelle désormais le gouvernement britannique et les autres dirigeants du G7 à instaurer des impôts permanents et progressifs sur la fortune des ultra-riches afin de récupérer ces recettes perdues.

L’organisation soutient que ces ressources sont cruciales pour lutter contre la pauvreté dans le monde, financer la transition vers une économie verte et renforcer des services publics en plein délabrement.

Euronews a demandé à Hallum si un impôt sur la fortune constituait réellement une solution à ce problème, sachant que les ultra-riches recourent précisément aux services offshore pour échapper totalement à l’impôt.

Le responsable de la fiscalité chez Oxfam a répondu qu’« un impôt sur la fortune ne résout pas le problème de l’offshore, mais lorsque les 0,1 % les plus riches détiennent environ 80 % de toutes les richesses non imposées offshore, nous estimons que nos pertes liées aux paradis fiscaux sont indissociables de la question des inégalités extrêmes ».

« Si l’on veut vraiment s’attaquer à ce modèle économique, il faut accroître la transparence financière, mais il faut aussi commencer à traiter l’extrême inégalité qui alimente la demande pour les services offerts par les paradis fiscaux. C’est pourquoi nous avons besoin d’un impôt sur la fortune des ultra-riches », conclut Hallum.

Faute de réformes structurelles visant à combler les failles restantes et d’une stratégie de coopération mondiale véritablement inclusive, les défenseurs des réformes avertissent que le système offshore continuera de fonctionner comme une soupape de sécurité pour les plus riches de la planète, au détriment de la majorité.

Vers un cadre fiscal mondial

L’un des principaux obstacles dans la lutte contre l’évasion fiscale tient à la mise en œuvre inégale du système d’échange automatique d’informations (EAI).

Bien que 126 juridictions aient adhéré l’an dernier à la norme commune de déclaration (CRS), dont des centres majeurs comme Singapour et les Îles Vierges britanniques, de nombreux pays du Sud global restent exclus.

Hallum a indiqué à Euronews que l’exigence de « réciprocité » constitue un obstacle majeur pour les pays en développement, car ils doivent mettre en place des systèmes complexes pour identifier les bénéficiaires effectifs et transmettre des données à d’autres pays avant de pouvoir recevoir des informations sur les avoirs offshore de leurs propres citoyens.

« Mettre au point les mécanismes nécessaires pour transférer ces informations des institutions financières vers les autorités compétentes est une tâche très exigeante, même pour les pays les plus avancés sur le plan financier, et pour de nombreux pays en développement, cela représente un défi hors de portée », a expliqué l’expert.

Hallum a également cité l’exemple du Ghana, qui a signé la CRS en 2014 mais n’a commencé à recevoir des informations qu’en 2022, après avoir dépensé environ 1 million de dollars (862 800 euros) pour développer les capacités nécessaires.

Ce fardeau technique et financier empêche souvent des administrations à court de moyens d’accéder à des données essentielles qui pourraient les aider à récupérer des recettes fiscales perdues.

Un cultivateur de cacao traverse une partie de sa plantation qui a été consacrée à l’extraction de sable à Kona, au Ghana, le 6 mars 2026
Un cultivateur de cacao traverse une partie de sa plantation qui a été consacrée à l’extraction de sable à Kona, au Ghana, le 6 mars 2026 AP Photo/Tsraha Yaw

L’ampleur persistante de l’évasion fiscale offshore a accéléré une évolution de la gouvernance fiscale mondiale.

En novembre 2024, les États membres des Nations unies ont approuvé les termes de référence d’une Convention-cadre de l’ONU sur la coopération fiscale internationale.

Les négociations formelles ont débuté début 2025 et doivent se poursuivre jusqu’en 2027, avec l’objectif de bâtir un système plus inclusif que le dispositif actuel piloté par l’OCDE.

Hallum a souligné que de nombreux gouvernements du Sud global se montrent plus offensifs que leurs homologues du Nord pour réclamer davantage de transparence, en partie parce que les richesses dissimulées offshore ont tendance à affluer vers les pays les plus riches.

Outre un impôt sur la fortune, Hallum a expliqué qu’Oxfam réclame la création d’un registre mondial des actifs pour cartographier les bénéficiaires effectifs entre les juridictions, ainsi que l’ouverture de registres publics afin de « lever le voile sur les sociétés écrans et les trusts » qui dissimulent des biens immobiliers et d’autres actifs.

Hallum a déclaré à Euronews que ces mesures, combinées à un investissement accru dans les administrations fiscales, permettraient de construire l’« infrastructure informationnelle » nécessaire pour rendre l’évasion fiscale structurellement plus difficile et garantir que les ultra-riches contribuent équitablement aux sociétés dans lesquelles ils opèrent.

Les chiffres européens

Si l’analyse d’Oxfam se concentre sur des données mondiales, l’Atlas du monde offshore propose un autre regard sur l’ensemble des richesses placées offshore, et pas seulement sur les fonds non imposés, et permet de situer le contexte européen.

Cette initiative de l’Observatoire européen de la fiscalité et du Centre norvégien de recherche sur la fiscalité s’appuie sur des données de l’économiste Gabriel Zucman et d’autres chercheurs.

Les estimations suggèrent que la richesse offshore reste élevée sur l’ensemble du continent, la Grèce affichant, parmi les membres de l’UE, le volume le plus important rapporté à la taille de son économie, à environ 80 % de son PIB.

En outre, la Grèce perd 47 % de ses recettes d’impôt sur les sociétés, le niveau le plus élevé d’Europe, suivie de l’Allemagne (29 %) et de l’Estonie (24 %).

La France et le Royaume-Uni complètent le top 5, avec chacun environ 16 % de pertes estimées.

La majeure partie des avoirs grecs serait détenue en Suisse, qui reste l’un des principaux centres d’accueil de fortunes offshore, aux côtés du Luxembourg, de Chypre et des îles Anglo-Normandes.

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