Europe n’a pas son Nvidia, mais elle abrite des stars de la Bourse de l’IA : ses fournisseurs d’infrastructures ont gagné jusqu’à 2 200 % en 2026
Pour la plupart des investisseurs, Nvidia, aux côtés de Micron, AMD et Broadcom, est devenue le visage de la ruée vers l’intelligence artificielle, mais la chaîne d’approvisionnement de l’IA s’étend bien au-delà de la Silicon Valley.
Partout en Europe, un groupe d’entreprises largement ignorées, qui fournissent du matériel crucial aux centres de données d’IA, s’impose parmi les plus grands gagnants boursiers de 2026.
Le potentiel de l’IA en Europe
L’Europe n’a peut-être pas encore fait émerger un champion de l’IA de l’ampleur de Nvidia, Microsoft ou OpenAI. Elle abrite en revanche un écosystème grandissant d’entreprises qui fournissent les infrastructures rendant l’intelligence artificielle possible : les lasers qui transportent les données entre GPU, les substrats qui relient les puces avancées, les serveurs qui entraînent les modèles et les équipements de test qui valident les processeurs avant leur sortie d’usine.
À mesure que les dépenses dans les centres de données dédiés à l’IA s’envolent, ces sociétés sont, discrètement, devenues parmi les plus grands gagnants boursiers au monde. Plusieurs actions ont grimpé de plusieurs centaines de pour cent cette année, et l’une d’entre elles a même bondi de plus de 2 200 %.
Tous ces gains ne reposent pas sur les résultats actuels. Plusieurs entreprises restent déficitaires, tandis que d’autres se paient sur des anticipations de demande future liée à l’IA plutôt que sur leurs revenus du moment. Les investisseurs parient en réalité sur une poursuite rapide de la montée en puissance des dépenses d’infrastructures d’IA.
Le classement ci-dessous met en lumière les dix valeurs européennes liées à l’IA qui ont enregistré les plus fortes hausses depuis le début de l’année 2026.
Ce classement est établi sur la base de la performance boursière depuis le début de l’année. Les entreprises ont été retenues lorsqu’une part significative de leur thèse d’investissement est liée aux infrastructures d’IA, à la fabrication de semi-conducteurs, à la photonique, aux réseaux, aux serveurs ou à des technologies associées. Les titres insuffisamment liquides ont été exclus.
10. Nokia : le retour par les réseaux pour l’IA
Nokia Oyj gagne 159,51 % depuis le début de l’année. La plupart des gens gardent en tête les téléphones qu’elle a vendus il y a plus de dix ans, mais le groupe finlandais fabrique aujourd’hui des équipements de transport optique et de réseaux IP, devenus un goulot d’étranglement dans les centres de données d’IA, où d’immenses volumes de données circulent entre les racks par fibre optique.
Le tournant est venu avec une validation stratégique : en octobre 2025, Nvidia a pris une participation de 1 milliard de dollars (0,87 milliard d’euros) dans le cadre d’un partenariat développé conjointement.
Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires net de Nokia a augmenté de 4 % pour atteindre 4,5 milliards d’euros, mais les ventes nettes aux clients de l’IA et du cloud ont bondi de 49 % sur un an et représentent désormais environ 8 % du groupe, avec 1 milliard d’euros de nouvelles commandes d’IA et de cloud enregistrées sur le trimestre.
La division Optical Networks a progressé de 20 %, et la direction a relevé son objectif annuel de croissance de l’activité d’infrastructures de réseaux à 12 % à 14 %.
9. ams-OSRAM : un spécialiste de l’éclairage réinventé autour de la photonique pour l’IA
Le groupe austro-allemand ams-OSRAM AG a bondi de 175 % en 2026, les investisseurs saluant son recentrage vers la photonique au service de l’IA.
L’entreprise développe des capteurs avancés, des technologies d’imagerie et des solutions optiques qui permettent aux machines de voir et d’interagir avec le monde physique.
En mai, elle a signé un accord de développement avec un grand client de la photonique pour l’IA afin de commercialiser des interconnexions optiques pour les centres de données d’IA, tout en se développant aussi dans les composants pour lunettes intelligentes dopées à l’IA.
Le redressement commence à porter ses fruits : au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires des semi-conducteurs a progressé de 9 % sur un an, renforçant la confiance dans le rôle croissant de l’entreprise au sein de l’écosystème des infrastructures d’IA.
8. Technoprobe : tester les puces qui font tourner l’IA
Le groupe italien Technoprobe S.p.A. gagne 184,26 % en 2026. L’entreprise est le leader mondial des cartes de test (des interfaces de précision qui contrôlent les puces avant leur expédition) et compte parmi les composants qu’elle vérifie les processeurs du type de ceux produits par Nvidia et AMD.
La demande de tests liés à l’IA a été le principal moteur de cette revalorisation boursière.
Son chiffre d’affaires 2025 a augmenté de 16 % pour atteindre 628 millions d’euros ; le premier semestre 2025 a progressé de 35 %, et la société a annoncé un premier trimestre 2026 record, autour de 187 millions d’euros, en hausse de 19 % sur un an, ce qui lui permet d’atteindre ses objectifs à trois ans avec un an d’avance.
En mai, Bank of America est passée à une recommandation d’achat sur le titre, en mettant en avant la croissance des bénéfices liée aux processeurs graphiques.
7. Raspberry Pi Holdings : chouchou de l’IA en périphérie ou action « mème » ?
Basée à Cambridge, Raspberry Pi Holdings plc a grimpé de 198,63 %. L’entreprise vend des nano-ordinateurs à carte unique bon marché, prisés des bricoleurs et de plus en plus utilisés dans l’industrie et l’edge computing.
Cette envolée tient à un mélange de demande réelle d’IA en périphérie (ses puces semi-conductrices se vendent désormais mieux que ses cartes) et d’emballement sur les réseaux sociaux autour de l’exécution d’agents d’IA sur des machines bon marché et toujours allumées.
En 2025, son chiffre d’affaires a augmenté de 25 % pour atteindre 323,2 millions de dollars (281 millions d’euros), tandis que le bénéfice avant impôts a grimpé de 63 % à 26,5 millions de dollars (23 millions d’euros). Jefferies a relevé sa prévision de chiffre d’affaires 2026 de 42 %, à 511 millions de dollars (445 millions d’euros).
Plusieurs analystes avertissent toutefois que le mouvement présente des caractéristiques de « meme stock », l’action se négociant à près de 50 fois les bénéfices attendus.
6. STMicroelectronics : le géant qui se tourne vers les centres de données
STMicroelectronics gagne 204,28 % en 2026 et est de loin la plus grande entreprise de ce classement. Le groupe de semi-conducteurs, dont le siège est en Suisse, fabrique des puces de puissance, des microcontrôleurs et des capteurs, et se positionne désormais aussi sur les produits optiques qui relient les serveurs d’IA.
Le catalyseur, c’est un virage vers les centres de données. En février, le groupe a signé avec Amazon Web Services un contrat pluriannuel de plusieurs milliards de dollars pour fournir des infrastructures de calcul destinées au cloud et à l’IA. Il vise ainsi des revenus liés aux centres de données bien supérieurs à 500 millions de dollars (435 millions d’euros) en 2026 et au-delà de 1 milliard de dollars (0,87 milliard d’euros) en 2027.
Les analystes se montrent de plus en plus optimistes quant aux perspectives du groupe dans l’IA. UBS a relevé son objectif de cours de 49 à 80 euros tout en conservant sa recommandation d’achat, en citant des perspectives de croissance dans la photonique, les technologies de puissance pour l’IA et les applications satellitaires.
Après une année 2025 difficile, marquée par un recul d’environ 11 % du chiffre d’affaires, à quelque 11,8 milliards de dollars (10,3 milliards d’euros), les revenus nets du premier trimestre 2026 ont progressé de 23 %, à 3,10 milliards de dollars (2,70 milliards d’euros), les activités de communications radiofréquence et optiques gagnant 34 %, et le groupe anticipe une hausse d’environ 25 % de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre sur un an.
5. AIXTRON : le fournisseur d’équipements dont le cours devance les ventes
L’allemand AIXTRON SE a gagné 234,70 %. L’entreprise fabrique les machines de dépôt utilisées pour faire croître les couches de semi-conducteurs composés qui se trouvent derrière les lasers et les composants optiques, des équipements indispensables à la flambée de la photonique.
L’optimisme suscité par les perspectives du fabricant américain de puces Marvell a contribué à porter l’action à son plus haut niveau depuis plus de vingt ans.
Mais il s’agit sans doute d’un cas flagrant où le cours a devancé les fondamentaux : au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires a reculé de 47 % sur un an, les commandes restant faibles, malgré un carnet d’environ 359 millions d’euros et un objectif de revenus autour de 560 millions d’euros pour 2026.
La banque Berenberg a abaissé sa recommandation à « conserver », avec un objectif de cours de 42 euros, estimant que le potentiel de la photonique était déjà intégré dans le prix.
4. AT&S : les substrats qui supportent les puces d’IA
AT&S Austria Technologie & Systemtechnik AG a grimpé de 366,46 %. L’entreprise autrichienne fabrique des circuits imprimés haut de gamme et des substrats de circuits intégrés qui relient les processeurs avancés au reste du système, une couche peu spectaculaire mais essentielle de la pile matérielle de l’IA.
Elle augmente ses capacités dédiées aux substrats en Chine dans le cadre de contrats de long terme avec ses clients.
Son chiffre d’affaires a progressé de 21 %, à 1,8 milliard d’euros, sur l’exercice 2025/26 clos en mars, et le groupe vise une croissance de 30 % à 35 % à mesure que les commandes liées à l’IA montent en puissance.
En revanche, il a suspendu son dividende et s’appuie sur une nouvelle dette pour financer cette expansion.
3. 2CRSi : le fabricant français de serveurs qui bâtit des « usines d’IA »
Basé à Strasbourg, 2CRSi S.A. a bondi de 410,03 %. L’entreprise conçoit des serveurs économes en énergie et des systèmes de refroidissement, notamment par immersion et par liquide direct, destinés à l’IA et au calcul haute performance.
Une série de gros contrats dans l’IA l’a profondément transformée. Elle livre une « usine d’IA » remplie de milliers de processeurs Nvidia Blackwell dans le cadre d’un contrat-cadre pluriannuel aux États-Unis pouvant atteindre 610 millions de dollars (531 millions d’euros).
C’est là que la croissance du chiffre d’affaires est la plus spectaculaire : sur l’exercice 2024/25, les revenus ont augmenté de 31 %, à 220,8 millions d’euros ; puis, au premier semestre 2025/26, ils ont bondi à 204,7 millions d’euros, soit près de dix fois le niveau d’un an plus tôt. La société a relevé son objectif annuel à plus de 400 millions d’euros, avec l’ambition d’approcher 1 milliard d’euros l’année suivante.
2. Soitec : payer pour la part IA, pas pour l’ensemble en repli
Le français Soitec SA gagne 559,98 %. L’entreprise fabrique des plaques de semi-conducteurs de spécialité, dont des substrats silicium sur isolant et des matériaux photoniques qui servent de base aux puces optiques, après des années où son action avait perdu l’essentiel de sa valeur.
Ce rebond repose sur la photonique pour les centres de données d’IA.
Le contraste dans les comptes est frappant : son chiffre d’affaires total a en réalité reculé de 34 %, à 592 millions d’euros sur l’exercice 2026, la correction touchant ses anciennes activités dans le mobile et l’automobile. Dans le même temps, les revenus liés à l’Edge et au cloud pour l’IA ont atteint 214 millions d’euros, et la ligne Photonics-SOI a dépassé pour la première fois la barre des 100 millions de dollars (87 millions d’euros), plus tôt que prévu.
Les investisseurs paient donc pour la partie IA en forte croissance, pas pour le total en diminution.
1. Sivers Semiconductors : le fabricant de lasers devenu la meilleure valeur IA d’Europe
Le suédois Sivers Semiconductors AB affiche une hausse de 2 245,93 %, ce qui en fait la meilleure performance boursière d’Europe cette année. L’entreprise produit de minuscules réseaux de lasers et des moteurs optiques qui transportent les données sous forme de lumière à l’intérieur des centres de données d’IA, ainsi que des puces sans fil.
L’envolée décisive est survenue le 2 juin, lorsqu’elle a accepté d’intégrer ses lasers à la plate-forme de photonique sur silicium de GlobalFoundries, destinée aux solutions optiques co-intégrées qui relient les grands clusters d’IA. Le titre a alors gagné 60 % en une seule séance.
L’écart entre le cours et les fondamentaux est ici particulièrement marqué. Sur l’exercice 2025, le chiffre d’affaires s’est établi à environ 361 millions de couronnes suédoises, en hausse de 33 %, mais l’entreprise reste déficitaire, avec une perte nette d’environ 187 millions de couronnes, et le chiffre d’affaires du premier trimestre 2026 a même reculé d’environ 22 %.
Ce que les gagnants européens de l’IA ont en commun
Ce que les investisseurs achètent, c’est avant tout le carnet de commandes. Sivers affirme que celui-ci a augmenté de 77 %, pour dépasser 530 millions de dollars (461 millions d’euros), ainsi que la promesse d’une montée en puissance de la photonique qui reste à venir.
Le point commun entre les plus grands gagnants européens de l’IA, c’est qu’aucun n’est une marque grand public. Au lieu d’affronter directement Nvidia, Microsoft ou Amazon, ces acteurs occupent des niches spécialisées au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA.
La pérennité de ces gains dépendra de la vitesse à laquelle les dépenses d’infrastructures d’IA se transformeront en chiffre d’affaires et en profits. Pour l’heure, toutefois, les valeurs européennes de l’IA les plus performantes ne sont pas celles qui développent l’intelligence artificielle, mais celles qui la rendent possible.
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