Les gouvernements européens consacrent la plus grande part de leurs dépenses à la protection sociale, tandis que la deuxième catégorie varie entre les pays. Euronews Business examine de plus près comment les États dépensent l'argent public pour les services.
Les citoyens paient des impôts, et les recettes fiscales représentent une part importante des revenus publics en Europe. Elles sont essentielles pour permettre aux gouvernements de financer les services publics comme l'éducation, la santé et la protection sociale.
Mais à quoi sert concrètement la dépense publique en Europe ? Dans quels domaines les gouvernements consacrent-ils leur argent ? Et comment les dépenses publiques sont-elles réparties ?
En 2024, les recettes fiscales représentaient 40,3 % du produit intérieur brut (PIB) de l'Union européenne (UE), selon Eurostat. Les dépenses totales des administrations publiques ont dépassé ce niveau dans l'UE, pour atteindre 49,6 % du PIB cette année-là.
Deux euros sur cinq vont à la protection sociale
Comme la part des dépenses publiques dans le PIB varie fortement d'un pays européen à l'autre, observer la façon dont la dépense totale est répartie permet une comparaison plus claire.
Par exemple, dans l'UE, 19,6 % du PIB ont été consacrés à la protection sociale, soit 40 % de l'ensemble des dépenses publiques. Autrement dit, deux euros sur cinq de la dépense des administrations publiques dans l'UE vont à la protection sociale.
La protection sociale vise à couvrir les personnes contre les risques liés au chômage, aux charges de famille, à la maladie et au handicap, à la perte d'un conjoint ou d'un parent, à la vieillesse, au logement et à l'exclusion sociale.
Les pensions constituent le principal poste des prestations de protection sociale, près de la moitié du total. La protection sociale comprend aussi les indemnités de maladie, d'invalidité et de chômage.
Dans 31 pays, dont l'UE, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse et l'Islande, la protection sociale représente la plus grande part de la dépense publique dans chaque pays, allant de 26 % en Hongrie à 45,9 % en Finlande.
La part de la protection sociale est supérieure à la moyenne de l'UE, donc au-dessus de 40 %, au Luxembourg (42,5 %), en Italie (42,2 %), au Danemark (41,5 %), en France (41,5 %), en Autriche (41,3 %), en Allemagne (41,3 %), en Espagne (41 %) et au Portugal (40,4 %).
Les quatre grandes économies de l'UE sont toutes au-dessus de 40 %, tandis que la part atteint 34,5 % au Royaume-Uni. Ce chiffre pour le Royaume-Uni provient de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Un rapport de la Banque centrale européenne (BCE), préparé par Marta Rodríguez-Vives et Linda Kezbere, souligne qu'il n'existe pas "un niveau unique de dépenses sociales optimal" en proportion de l'économie.
"L'organisation des systèmes de retraite varie fortement d'un pays de la zone euro à l'autre", indique le rapport.
Les classements par part de dépense et par montants peuvent diverger
Ces écarts importants entre pays montrent comment les gouvernements hiérarchisent leurs politiques et leurs dépenses. Mais comme le PIB et le niveau des dépenses publiques en valeur nominale varient fortement, la part des dépenses et les montants effectivement dépensés peuvent être très différents.
Ainsi, examiner les dépenses de protection sociale par habitant, en euros et en termes de pouvoir d'achat, permet une comparaison plus pertinente entre pays.
La santé est le deuxième poste, mais pas partout
La santé est en moyenne le deuxième poste de dépense dans l'UE, avec une part de 15 %. C'est aussi le cas dans la majorité des pays, mais d'autres catégories occupent la deuxième place dans neuf pays, parmi lesquels l'Italie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, Malte, le Luxembourg, la Lettonie et la Suisse.
La part des dépenses de santé va de 6,7 % en Suisse et 10 % en Hongrie à 24,3 % en Irlande.
Le Royaume-Uni consacre une part relativement plus importante de ses dépenses publiques à la santé, 19 %, que les grandes économies de l'UE comme la France (15,6 %) et l'Allemagne (15,4 %).
Le rapport de la BCE souligne que les différences de modèles de financement des systèmes de santé influent sur les dépenses de santé publiques, les coûts de santé étant répartis entre les pouvoirs publics et les ménages dans des proportions différentes.
La protection sociale et la santé représentent plus de la moitié
La part cumulée de la protection sociale et de la santé dépasse 50 % dans les deux tiers des pays, et atteint 55 % des dépenses publiques dans l'UE.
Les quatre grandes économies de l'UE se situent toutes au-dessus de la moyenne européenne, et les cinq pays nordiques dépassent eux aussi 50 %.
La Hongrie (36 %) et Malte (39,5 %) font figure d'exception, avec des parts inférieures à 40 %, tandis que l'Irlande et la Finlande dépassent 59 %.
Les parts de trois catégories — services publics généraux (12,4 %), affaires économiques (10,8 %) et éducation (9,7 %) — sont proches, autour de 10 % dans l'UE. Mais les différences sont importantes d'un pays à l'autre.
Les services publics généraux recouvrent le fonctionnement de base de l'État, notamment l'administration, le parlement, les finances publiques, les affaires étrangères, la dette publique et les transferts entre les différents niveaux de gouvernement.
Leur part varie fortement d'un pays à l'autre, de 7,5 % en Bulgarie à 21,2 % en Hongrie.
Les services publics généraux représentent aussi le deuxième poste de dépense publique, après la protection sociale, en Hongrie, en Grèce (17,1 %) et en Italie (15,4 %).
Les affaires économiques constituent le deuxième poste de dépense à Malte, en Lettonie, en Roumanie, en Bulgarie et au Luxembourg. Leur part va de 6,5 % au Danemark à 20,3 % à Malte.
Cette catégorie regroupe les dépenses publiques liées à l'économie, notamment l'emploi et les entreprises, l'agriculture, l'énergie, l'industrie, les transports, les communications et la recherche économique.
Éducation : la Suisse affiche la part de dépense la plus élevée
L'éducation n'arrive en deuxième position des dépenses publiques qu'en Suisse, avec une part de 16,3 %. Fait notable, la part des dépenses d'éducation est inférieure à la moyenne de l'UE dans les quatre plus grandes économies de l'Union, l'Italie affichant la proportion la plus basse, 8 %.
Ces cinq catégories représentent entre 80 et 92 % des dépenses publiques selon les pays, la moyenne de l'UE s'établissant à 87,9 %.
La défense constitue le sixième poste de dépense dans l'UE, avec 3,5 %. Le Royaume-Uni consacre une part relativement plus élevée de ses dépenses publiques à la défense, 4,9 %, que certaines des plus grandes économies de l'UE, comme la France (3,2 %) et l'Allemagne (2,7 %).
Les dépenses publiques consacrées aux loisirs, à la culture et à la religion, à la protection de l'environnement et au logement et aux équipements collectifs restent très limitées. Ensemble, ces trois catégories ne représentent que 5,6 % du total des dépenses publiques dans l'UE.