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"Guerre", le roman longtemps disparu de Céline publié chez Gallimard

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Guerre de Louis-Ferdinand Céline
Guerre de Louis-Ferdinand Céline   -   Tous droits réservés  AFP
Par Frédéric Ponsard

C'est un événement rare en littérature : la publication d'un inédit de l'un des grands écrivains français et européens du XXème siècle, Céline. Guerre vient d'être publié chez la prestigieuse maison d'édition Gallimard cette semaine qui expose pour l'occasion des parties des manuscrits retrouvés.

Il est rare que l'histoire de la publication d'un livre soit aussi fascinante que l'intrigue du roman lui-même.

C'est le cas de "Guerre" de Louis-Ferdinand Céline, l'une des figures littéraires les plus célèbres et les plus controversées de France, qui arrive jeudi en librairie, 78 ans après la disparition de son manuscrit.

Génie littéraire, mais antisémite convaincu

La réputation de Céline a en quelque sorte survécu au fait qu'il fut l'un des collaborateurs les plus empressés de la France avec les nazis.

Déjà une superstar grâce à son premier roman "Voyage au bout de la nuit" (1932) - qui est toujours enseigné dans les écoles - Céline est devenu l'un des plus ardents propagandistes antisémites avant même l'occupation de la France.

En juin 1944, alors que les Alliés avancent sur Paris, l'écrivain est contraint d'abandonner une pile de ses manuscrits dans son appartement de Montmartre.

Céline s'attendait à être traité durement, ayant passé la guerre à fréquenter la Gestapo, à dénoncer les Juifs et les étrangers aux autorités et à publier des pamphlets racistes sur les conspirations juives dans le monde.

Pendant des décennies, personne n'a su ce qu'il était advenu de ses papiers, et il accusait rageusement les résistants de les avoir brûlés.

Mais à un moment donné dans les années 2000, ils ont atterri chez le journaliste à la retraite Jean-Pierre Thibaudat, qui les a transmis - de façon totalement inattendue - aux héritiers de Céline l'été dernier.

"Cette exposition est là pour montrer justement une partie de ce qui a été retrouvé et en particulier les manuscrits inédits qui vont faire l'objet de publications par les éditions Gallimard. C'est jamais arrivé quelque chose d'aussi considérable. Il y a eu les 75 feuillets de (Marcel) Proust qui ont été retrouvés il y a quelques années. Là, c'est quelques milliers de feuillets de Céline".
Pascal Fouché
historien

Malgré cette histoire troublante, les critiques du roman de 150 pages qui en résulte, publié par Gallimard, ont été unanimes dans leurs éloges.

"La fin d'un mystère, la découverte d'un grand texte", écrit Le Point ; un "miracle", dit Le Monde ; "époustouflant", jubile Le Journal du Dimanche.

Gallimard s'attend à des ventes massives : 80 000 exemplaires ont été imprimés pour la sortie de jeudi.

La maison d'édition n'a pas encore précisé s'il y aura des traductions.

Comme une grande partie de l'œuvre de Céline, "Guerre" est profondément autobiographique, racontant ses terribles expériences pendant la Première Guerre mondiale.

"On sent que c'est écrit très vite, au fil de la plume, il laisse des blancs, il y a des répétitions, il y a des maladresses qu'il aurait forcément corrigées à la relecture. Il n'y a pas de ponctuation ou très peu. Il n'y a pas de paragraphes et on sent que c'est écrit... il faut que ça sorte. "Le premier jet, c'est fait pour raconter l'histo. Après, on peaufine et on rend ça publiable"
Pascal Fouché
historien

"J'ai pris la guerre dans ma tête"

L'exposition sur la découverte des manuscrits s'est ouverte jusqu'en juillet à la galerie Gallimard et comprend les feuilles originales, écrites à la main, de "Guerre".

Elles se terminent par une phrase typique de Céline : "J'ai pris la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête."

Dans les dernières années avant sa mort en 1961, Céline n'a cessé de déplorer la perte de ses manuscrits.

Dans l'exposition, une citation de lui est affichée au mur : "Ils les ont brûlés, presque trois manuscrits, les justiciers purgeurs de parasites !".

C'est une occasion - pas la seule - où il a eu tort.

Video editor • Frédéric Ponsard