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Notre film de la semaine est "Close", une éloge de l'amour et de la fraternité

Eden Dambrine et Gustav De Waele dans "Close" de Lukas Dhont
Eden Dambrine et Gustav De Waele dans "Close" de Lukas Dhont   -   Tous droits réservés  Diaphana Distribution   -  
Par Frédéric Ponsard

Close de Lukas Dhont (Belgique/France/Pays-Bas, 1h45)

Avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne, Léa Drucker

Si loin, si proches…

Une amitié entre deux jeunes garçons, la fin de l’innocence, le passage à l’adolescence, la cruauté des sentiments et l'acceptation des différences… autant de thèmes convenus que le second film de Likas Dhont embrassent, dépassent et magnifient avec justesse, tendresse et délicatesse.

On attendait avec impatience le nouveau film du jeune réalisateur belge qui avait signé en 2018, Girl, sur un jeune homme qui se rêve, et devient, danseuse de ballet. Une exploration de la psyché adolescente en pleine construction et transformation, abordant sans complexe la question du genre et d’une société difficilement inclusive. Close, malgré un sujet apparemment éloigné, se rapproche et prolonge Girl, avec la même pudeur, évitant tout voyeurisme et complaisance.

Soit Léo et Rémi, 13 ans, les deux meilleurs amis du monde, qui vivent leur dernier été d’insouciance. Le film s’ouvre sur un long travelling où la caméra précède les deux garçons qui courent dans les champs en fleur avant qu’ils ne la rattrapent pour mieux s’éloigner au loin, épris de liberté. On sent dans ce plan tout le romantisme du cinéaste que d’aucuns pourraient taxer de démonstratif et naïf. Pourtant Lukas Dhont ne joue pas des codes cinématographiques avec son spectateur. Il ne rajoute ni violon ni ralenti à cette scène introductive que l’on aurait certainement retrouvé dans n’importe quel mélo lacrymal mal fagoté. Au contraire, il capte ici simplement, avec maestria et sans effet, un moment de bonheur suspendu, et l’indicible sentiment qu’il durera pour l’éternité. L'essence du cinéma.

La suite de l’histoire est bien plus sombre, mais le traitement restera aussi sobre et sensible que la scène introductive. L’amitié fusionnelle et fraternelle entre les deux garçons va prendre une tournure équivoque au collège qu’ils viennent d’intégrer ensemble. La curiosité fait place à la moquerie de cette amitié hors du commun qui n’a rien de sexuel mais qui se traduit par des gestes de tendresse et de complicité naturelle. Les adolescents sont souvent sans concession, et les questions "Est-ce que vous êtes ensemble ? Vous êtes en couple ? Ce n’est peut-être pas assumé ?" commencent à fuser. Léo va très mal prendre ces questions insidieuses, à un âge où le regard des autres est fondamental, et s’éloigner de Rémi pour qu’il n’y ait aucune équivoque sur leur relation. Ce dernier va très mal vivre ce rejet et cette trahison jusqu’à commettre l’irréparable.

Le choix de Lukas Dhont est de ne rajouter aucun pathos au drame qui va se jouer. Il se contente de constater les dégâts que peuvent faire la non-acceptation de la différence. On doit se souvenir que le contraire de l’inclusion est l’exclusion, et celui du refus de l’altérité est la préférence du conformisme. Il y aussi chez le cinéaste la volonté de montrer comment on peut surmonter un drame et y faire face. A ce titre, le choix du casting est exemplaire, avec en tête de la distribution le jeune Eden Dambrine qui interprète un jeune garçon d’abord insouciant et qui va être confronté à l’irrémédiable. A ces côtés, deux actrices de talent, Léa Drucker en mère aimante, qui est juste comme d’habitude et Emilie Dequenne, en mère éprouvée et en qui Léo va trouver le salut.

Close est un éloge de la douceur et de la bonté. Enoncé ainsi, cela peut sembler mièvre et dégoulinant de bons sentiments et de clichés mais le final est surtout un savant dosage de réalisme et de lyrisme contenus, un message d'apaisement dans un monde qui en manque cruellement, et une ode pudique mais sans concession à l’amour, qu’il soit filial, amical ou amoureux.