La Ligue des droits de l'Homme et la CGT Spectacle dénoncent le "choix inacceptable et brutal" de Canal+, consistant à "discriminer en raison d'une expression politique et syndicale", après l'annonce par Maxime Saada de son refus de financer les signataires de la tribune anti-Bolloré.
La riposte qui ne passe pas. La Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé samedi engager une action au civil auprès du tribunal judiciaire de Nanterre contre Canal+. Les deux organisations dénoncent une "discrimination" visant les signataires d'une tribune anti-Bolloré, après la décision du groupe de ne plus travailler avec eux.
"Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi", affirment la CGT Spectacle et la LDH dans un communiqué intitulé "Aucune discrimination n’a sa place dans le cinéma".
Dans le texte, consulté par Euronews, elles évoquent le "choix inacceptable et brutal" de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, accusé de "discriminer en raison d’une expression politique et syndicale pour museler les voix qui s’élèvent dans la profession contre l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur l'ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma".
"Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “crypto-fasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux", avait déclaré dimanche dernier le patron de Canal+, groupe majeur du financement du cinéma français appartenant à l'empire du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Pour la LDH et la CGT Spectacle, il ne s'agit pas d'une "réaction à chaud" de Maxime Saada face aux critiques de quelque 600 signataires de la tribune. Il "connaît le caractère incontournable du groupe dans le financement des films en France et la dépendance des différents acteurs de la filière", poursuit le communiqué.
L'action au civil, portée par Me Arié Alimi, vise deux objectifs : obtenir l'annulation "sous astreinte" de la décision de Maxime Saada et la désignation d'un mandataire chargé de constater d'éventuelles discriminations au sein du groupe Canal+.
Contactée par Euronews, la présidente de la LDH, Nathalie Tehio, précise qu'il s'agirait d'une mission de "vigilance", pouvant être confiée à un salarié du groupe ou à un intervenant externe : "C'est au tribunal d'en décider", ajoute-t-elle.
Une action devant la Commission européenne est également envisagée, sans calendrier précis, afin de sanctionner un "abus de dépendance économique" de Canal+, inscrit selon les organisations dans un mouvement plus large de concentration des industries culturelles autour de Vincent Bolloré.
Le milliardaire breton contrôle un vaste groupe de médias et d'industries culturelles, qui comprend des chaînes de télévision et de radio, des maisons d'édition, ainsi que des activités de production et de distribution dans l'audiovisuel et le cinéma.
Des personnalités internationales, dont Javier Bardem et Ken Loach, ont rejoint la mobilisation du collectif "Zapper Bolloré".
Selon Nathalie Tehio, le fait que l'annonce de la LDH et de la CGT intervienne à quelques heures de la Palme d'Or 2026 n'est pas anodin, la riposte de Canal+ étant intervenue pendant le festival de Cannes.
"C'est une menace sur l'ensemble de la profession", conclut-elle.